Le mythe de la voiture individuelle

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

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Se déplacer

C’est devenu de plus en plus à la mode de parler de ce que nous consommons en termes d’énergie et de l’impact de tout ça sur l’environnement.  Les transports sont souvent montrés du doigt de part leurs dépendances aux produits pétroliers et la pollution générée par la combustion des produits en question. Alors on entend plein de choses à ce sujet : les voitures électriques, les piles à combustibles … Comment faire pour se passer de nos moteurs thermiques polluants ?

Je me suis amusé à faire une petite réflexion avec les chiffres que j’avais à portée de main, ceux relatifs à la Suisse. 34.7% de l’énergie consommée dans le pays l’est par les transports, c’est le plus gros poste dépenseur d’énergie dans le pays, rien d’étonnant,  et c’est probablement la même chose chez les voisins.

D’où vient l’énergie pour les transports ?

Même si plus de 99% du réseau ferré suisse est électrifié 96% de l’énergie pour les transports vient des produits pétroliers. L’électricité ne subvient qu’à 3.7% des besoins des transports, même si le suisse est la personne parcourant le plus de kilomètre en train dans l’année.

Que devrions-nous faire pour se passer des produits pétroliers dans les transports ?

On reste tous avec nos voitures et avec plein de camions sur la route, mais tout ça avec des moteurs électriques. En prenant la consommation annuelle de produits pétroliers dans les transports, un rendement des transports automobiles thermiques d’environ 15%, un rendement du transport automobile électrique d’environ 85%, on arrive à la nécessité de produire 14 154 GWh d’électricité par an. Le chiffre est gigantesque, mais ne vous parle surement pas beaucoup. Alors on va donner une échelle. La Suisse, qui est autosuffisante en électricité, produit 63 812 GWh d’électricité par an. Ainsi remplacer les moteurs thermiques de nos voitures et camions par des moteurs électriques,  cela signifie augmenter de plus de 20% la production d’électricité du pays.

Est-ce possible ?

En Suisse l’électricité vient à 55% des barrages hydroélectriques, 40% du nucléaire et 5% du thermique. Bon on ne va pas créer de l’électricité en brulant du pétrole pour ensuite déplacer des voitures avec, c’est ridicule. Il reste donc l’hydroélectrique et le nucléaire. Du côté de l’hydroélectrique, les Alpes sont quasi saturées. En fait si on veut augmenter massivement la production d’électricité, il reste le nucléaire. La production d’électricité nucléaire en Suisse se monte à 26 344 kWh par an, il faut produire 14 154 GWh d’électricité pour nos transports, ça signifie installer la moitié du parc nucléaire en surplus de ce qu’il y existe aujourd’hui. Ce qui ne va plaire à personne.

Et les autres énergies renouvelables ?

Pour ressituer ; une centrale nucléaire c’est une production d’environ 80 000 kWh d’électricité par an et par mètre carré occupé au sol. Les meilleurs sites éoliens sont à environ 1000/1500 kWh, pour le solaire photovoltaïque Greenpeace parle de 100 kWh. Ainsi pour la production d’électricité une ferme éolienne prend 80 fois plus de place qu’une centrale nucléaire, avec le solaire photovoltaique on est à 800. Ces deux énergies sont en plein dévelopement mais ne pourront pas produire le même volume d’électricité qu’une centrale nucléaire, à moins de recouvrir le pays.

Conclusion

Il va falloir se passer du pétrole, soit très rapidement par conscience écologique, soit d’ici 40 ans parce que la pompe sera vide. Et sans ce pétrole, l’approvisionnement énergétique de nos transports doit être revu de A à Z. A mon avis il y a deux possibilités :

  • la première : on ne change pas nos habitudes. Alors il va falloir accepter de mettre quelques centrales nucléaires de plus et de voir se planter des éoliennes et des panneaux solaires sur le moindre carré de verdure du pays.
  • la seconde : sévèrement changer nos habitudes. Se déplacer moins tout en prenant le vélo ou le train. Arrêter d’acheter des fruits du fruits ou des légumes d’Espagne parce que c’est cool d’en avoir plus tôt…

Pas facile, vous optez pour laquelle ?

Bilan carbone de Tryo

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas Tryo, je vous invite à lire l’article dédié à ce groupe sur Wikipédia.

Tryo a une démarche écologiquement interessante. En effet ils ont réalisés un bilan carbone de leur dernière tournée, avec comme objectifs déclarés :

  • réduire les émissions de GES
  • sensibilisation du public et des salles de concerts
  • initier une démarche citoyenne dans le monde du spectable

Vous pouvez consulter cette étude ici.

J’ai jeté un rapide coup d’œil sur le contenu de l’étude, ça m’a l’air assez juste. J’ai cependant noté un gros manque. Les dégagements de gaz à effet de serre dus à la combustion de tabac et d’herbe n’a pas été prise en compte. Il me semble que pour ce groupe en particulier cet aspect ne peut être négligé. A intégrer dans le prochain bilan carbone.

Les mauvaises langues pourront dire que c’est marketing et que c’est bien ciblé vis-àvis du public et de la mouvance de celui-ci. En fait moi je trouve la démarche super interessante. Personne ne leur à demander de se plier à cet exercice. Ils se donnent des objejctifs et des clés de réflexions à peu tout le monde.  La prochaine tournée nous montrera ce qu’il en est en termes d’utilité et de retombées concrètes.