Le mythe de la voiture individuelle

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

Montebourg, pas bon en histoire

Hier, dimanche 26 août, Arnaud Montebourg – le ministre du redressement productif de la France – a fait quelques déclarations relatives à la politique énergétique française.

En résumé, le fond de son discours c’est la France ne sort pas du nucléaire. Citons le directement :

le nucléaire est une filière d’avenir.

Certains se félicitent d’un tel discours, d’autres pas. Pour ma part, je me suis arrêté sur une phrase de Montebourg :

Grâce au nucléaire, l’industrie française a pu passer les épreuves, y compris les chocs pétroliers, la crise…, a-t-il ajouté, c’est une énergie abordable.

Hum, je crois que monsieur Montebourg a besoin de quelques cours d’histoire. Le premier choc pétrolier a lieu en 1973, le prix du barril de brut quadruple entre octobre 1973 et janvier 1974. Le second a lieu en 1979, le prix du barril triplant quasiment entre mi 1978 et 1981. Pour rappel, la part du nucléaire dans la production d’électricité en France se montait à 8,2% en 1973 et 16,7% en 1979.

J’ai quand même du mal à concevoir que le nucléaire ait pu avoir une influence sur la gestion des chocs pétroliers vu l’importance faible qu’il avait ces années là. Il ne faut pas non oublier qu’il s’agit de la part sur la production d’électricité et non sur l’ensemble d’énergie consommée en France ces années. L’influence du nucléaire y est donc encore plus négligeable.

Alors effectivement, le nucléaire a été présenté comme une solution à la montée du prix du pétrole. C’est notamment pour cela que cette filière a été développé en France, mais il ne faut pas dire qu’elle avait une influence en 1973 ou 1979.

Abonnement électrique 100% renouvelable ?

Il y a un ou deux ans un ami genevois m’évoquait que son fournisseur d’électricité lui proposait un abonnement fournissant 100% d’électricité renouvelable. J’avais bien rigolé. Lui me rétorquait que c’est bien ce que les plaquettes de communication évoquaient. Très récemment un autre ami genevois me taquinait sur le même sujet en me montrant l’image ci-dessous.

Oh le joli texte mensonger.

On va être clair, ce texte est mensonger.

Explications

Il y a un fait, un principe physique même, les électrons dans un circuit électrique ne se trient pas. Le réseau électrique genevois est connecté au reste du réseau électrique de la Suisse, et à celui de l’Europe qui plus est. On ne peut pas mettre des flics sur les files électriques à Bardonnex pour empêcher tel ou tel type d’électrons d’entrer dans le canton de Genève. Les électrons produits par une centrale nucléaire rentrent à Genève, comme les autres.

Quand on vous dit que 55% de l’électricité suisse est d’origine hydraulique, il faut y comprendre qu’en Suisse on produit un volume d’électricité correspond à 55% de ce qui y est produit. Cela ne signifie pas forcément que 55% de ce qui y est consommé est hydraulique.

Un réseau électrique c’est un savant équilibre ; la puissance produite sur le réseau doit correspondre à tout moment à ce qui y est consommé. Le volume de consommation est très loin d’être stable. Il y a des variations d’un moment à l’autre de la journée, d’un moment à l’autre de l’année. Grossièrement, on utilise le nucléaire et les barrages au fil de l’eau pour faire une production de fond. Ensuite, pour fournir les pics de consommation ; on utilise les barrages à chute d’eau ou les diesels. Ce sont des centrales qui peuvent passer de 0 à 100% de la production en un laps de temps très court ; idéal quand 2 millions de cafetières s’allument en même temps.

Ainsi, nous sommes dans un système que l’on peut schématiser en : la France nucléarisée fournit une grosse production de fond sur le marché européen. La Suisse et ses très nombreux barrages d’accumulation joue un role important pour étaler les pics de consommation.

Et donc, Genève ?

Genève est totalement présente dans ce système. Elle est connectée à ce vaste réseau électrique et possède assez peu de sites de production sur son sol. À moins de 100 kilomètres de Genève, on trouve notamment la centrale nucléaire du Bugey. Le Bugey c’est 3 724 MW, soit onze fois la puissance de Mühleberg ; c’est à peu près la capacité totale des installations hydroélectriques de Suisse. Sur un réseau électrique, on est globalement plus dépendant des producteurs proches que de ceux qui sont éloignés. Donc Genève est totalement arrosée par l’électricité du Bugey.

Et toi, consommateur particulier ?

Et bien toi, quelque soit  la nature de ton abonnement électrique, si tu es connecté au réseau des SIG tu consommes de l’électricité en partie nucléaire.

Prenons un beau dimanche de février, les industries et les services sont en partie à l’arrêt de part le congé dominical, la demande est donc plus faible que 3 jours avant. Il fait froid depuis quelques semaines, les centrales nucléaires sont donc au taquet en production.  C’est l’hiver, les barrages commencent à manquer d’eau. Tu habites Genève, tu allumes ton ordinateur pour lire ce blog, ton mix énergétique (la provenance de ton électricité) n’a surement rien à envier au 75% de nucléaire français.

Mais alors ?

Ben oui, tu payes plus cher pour avoir la même électricité que les autres… En fait, ce type d’abonnement électrique fonctionne notamment avec des label type Nature made. On met un label type 100% renouvelable à des sites des entités produisant de l’électricité.

Du coup, les SIG achètent le volume d’électricité ayant un label correspondant aux abonnements qu’il a avec ses clients. Mais en aucun cas, les SIG ont des fils spéciaux pour amener l’électricité depuis ce site de production renouvelable jusqu’au client final.

Finalité

La finalité de ce type d’abonnement est bonne. Par sa généralisation, si effet de masse il y a, on peut pousser le marché des producteurs à aller dans un sens particulier. Mais que l’on cesse de faire croire au consommateur lambda qu’il ne consomme pas d’électricité nucléaire.

L’Atome !

L’Atome, c’est souvent ce mot qui est utilisé par les opposants à l’utilisation de l’énergie nucléaire pour désigner celle-ci. Je dois avouer, je n’aime pas. Je n’aime pas parce que je trouve cela imprécis et faux.

J’ai plusieurs fois été taxé de promoteur de l’atome. Moi, l’atome, il ne m’a rien fait, je n’ai rien contre lui. J’en suis même constitué de … beaucoup ; un quadrilliard (10^27) parait-il. Des isotopes radioactifs, j’en ai aussi pas mal dans mon corps. C’est grâce au carbone 14 – isotope radioactif – présent dans mon corps que des archéologues pourront dater ma mort lorsqu’ils trouveront mon corps dans 2 ou 3000 ans.

Bref, pour moi l’atome c’est une particule à la base de tout dans l’univers, pas un process industriel pour produire de l’énergie. Je conçois que ce terme soit passé dans le langage courant pour cette désignation. J’accepte, mais je dis pourquoi je trouve l’usage mauvais.

Je n’aime pas être un qualifié de partisan de l’atome. Je n’aime pas non plus être qualifié d’antinuk ; pour des raisons très similaires en fait.

C’était la réflexion totalement inconsistante du lundi midi.

 

Japon, sortie du nucléaire

Avec l’anniversaire du tremblement de terre au Japon et les conséquences de ce dernier sur les installations nucléaires de Fukushima, on parle beaucoup de la situation énergétique du Japon. De nombreux médias se font l’écho du fait qu’un an après ces événements, seuls deux réacteurs nucléaires sont encore en fonctionnement sur un total de 54 présents dans le pays. Une conclusion est parfois tirée ; on peut sortir du nucléaire en un an.

Je vais me permettre de légèrement nuancer ces propos et de donner quelques chiffres supplémentaires.

Préambule sur les données

Je cherchais des chiffres sur l’énergie, la population et l’économie du Japon. J’ai trouvé un très bon outil web présent sur le site de l’université canadienne de Sherbrooke. Il permet de sortir un paquet de chiffres et de graphiques pour différents pays. Selon ce site web, ces chiffres viennent de différents rapports des Nations-Unis ou d’agences telles que l’Energy Information Administration (agence américaine de l’énergie).

Préambule sur la situation très atypique du réseau électrique japonais.

Il est assez aisé de changer la tension de l’électricité, beaucoup moins d’en changer la fréquence. En Europe, on tend à transporter l’électricité sur un réseau à 400 000 volt, elle est consommée à 200 volt. En revanche, elle est toujours à une fréquence de 50 Hz.

Le Japon a en fait deux réseaux électriques différents : l’un à 50Hz, l’autre à 60Hz. Le nord-est du Japon (Tokyo, Kawasaki, Sapporo, Yokohama et le Sendai notamment) est à 50Hz, le sud-ouest (Okinawa, Osaka, Kyoto, Kobe, Nagoya, Hiroshima) est à 60Hz. Entre les deux, quelques transformateurs de fréquence mais les échanges ne peuvent pas être importants. La délicatesse de cette situation a été mis en exergue dans les premières semaines qui ont suivi le tremblement de terre. Toutes les centrales du nord-est étaient à l’arrêt, les solutions de rechange pas encore en route, mais le sud-ouest était dans la quasi impossibilité de fournir le nord-est.

Pour la petite histoire, la partie sud-ouest a été développée en collaboration avec la société américaine General Electric, qui a en quelque sorte imposé sa fréquence de 60 Hz (celle du réseau US). Le nord-est l’a été avec la société allemande AEG, qui est venu avec son 50Hz (celui du réseau européen).

Enfin, la situation insulaire du Japon ne permet pas les échanges d’électricité avec ces voisins.

Situation antérieure à mars 2011

Avant Fukushima, l’électricité nucléaire au Japon c’est 30 à 31 % du total de la production ; part en légère augmentation depuis 5 ans.

Part du nucléaire dans la production d'électricité.

Ce graphique montre que la part du nucléaire a fortement augmenté dans les années septante et a atteint un pic à la fin des années nonante. Entre 1997 et 2010, elle a connu différentes phases d’augmentation et de baisse autour d’une valeur médiane à 26%. En 2009, le Japon produit donc 26% de son électricité avec la filière nucléaire. Comment est ventilée, à cette date, la production totale :

  • 28% de gaz ;
  • 27% de nucléaire ;
  • 27% de charbon ;
  • 9% pétrole ;
  • 8 % d’hydroélectricité ;
  • 2% pour le reste.

Intéressons-nous maintenant à la consommation d’électricité et à son évolution avant 2011.

Consommation d'électricité totale et par habitant.

Première chose, tout-à-fait classique, une forte augmentation de la consommation au cours des années 1960, 1970, 1980, 1990 : croissance économique, augmentation de la population. Tous les pays dits industrialisés ont connu ça. En revanche, ce graphique montre quelque chose de particulier et de très intéressant : une baisse significative de la consommation électrique du pays depuis 2006. La baisse est significative et tendancielle, on la retrouve plusieurs années de suite avant 2011. Au cours de cette période, la population est en très légère baisse mais dans des proportions nettement plus basses que cette baisse de la consommation électrique.

En fait, en 2006 le gouvernement japonais a sorti un plan stratégique sur l’énergie. L’objectif principal de ce plan était de réduire la part du pétrole dans le mix énergétique du pays. Le Japon a une très forte dépendance au pétrole et importe ce dernier à plus de 75% depuis le Moyen-Orient. La volonté était en 2006 de diminuer les impacts de cette région, politiquement pas toujours stable. Ce plan de réduction de la dépendance au pétrole est passé par des actions sur le secteur des transports, évidement, mais aussi sur celui de l’électricité.

Il est intéressant de noter qu’une réduction de consommation d’électricité dans ce pays n’a pas entrainé de baisse du PIB. Celui-ci a toujours été croissant entre 2006 et 2011, il a juste diminué en 2009 mais les causes ne sont pas propres au Japon (crise économique globale). Ainsi, on peut en conclure qu’un pays qui souhaite se donner les moyens de baisser sa consommation électrique ne bride pas forcément son économie.

Voilà pour un état des lieux pré-Fukushima.

Depuis Fukushima :

Depuis le mois de mars 2011, chaque fois qu’un réacteur nucléaire est arrêté pour maintenance il se voit refuser son autorisation de remise en exploitation. Ainsi, en mai prochain, il n’y aura plus un seul réacteur en service au Japon. Comment aura été gérée la disparition des 27 à 30 % de production nucléaire dans l’électricité japonaise ?

Le gouvernement japonais a fixé des objectifs de réduction de la consommation d’électricité, 15% sur un an. À la lecture de différents articles il semblerait que ces objectifs soient bien suivis par la population. Cette dernière semble émettre la volonté de vouloir grandement réduire sa consommation d’électricité.

Enfin, le reste de l’électricité manquante est produite par une augmentation de la production thermique fossile : en important massivement du gaz et du charbon depuis la Russie notamment.

Le Japon est-il sorti du nucléaire en 14 mois ?

Les mécanismes et la volonté étatique de réduire la consommation d’électricité étaient en place bien avant mars 2011. Cette consommation était en baisse depuis quelques années. Le Japon n’a donc pas démarré sa course réellement en mars 2011. Un évènement majeur et traumatisant a touché le peuple japonais, cela doit jouer dans les esprits et les motivations pour les économies d’énergies et d’électricité. Les japonais ont une motivation assez inimaginable pour parvenir à cet objectif ; se passer du nucléaire. Le Japon fait un recours assez important à des énergies fossiles (gaz, charbon). Les problématiques de rejets de CO2 (protocole de Kyoto) sont passées à un second plan.

Bref, il ne faut pas dire que le Japon est sorti du nucléaire en l’espace de 14 mois, c’est un peu plus compliqué. Mais cela montre que pour y arriver les possibilités d’économies d’énergies sont réellement possibles. Si on souhaite transposer cette situation à la Suisse, il ne faut pas oublier que la part du nucléaire y est plus importante (44%) qu’au Japon pré-Fukushima.

On notera aussi qu’une solution pour se sortir très rapidement du nucléaire est de passer par un usage important des énergies fossiles.

Attaque de centrale nucléaire

Lundi matin des militants de Greenpeace France se sont introduits dans une centrale nucléaire exploitée par EDF. Les médias nous disent que 9 personnes se sont introduites dans le périmètre de la centrale et que parmi eux deux sont parvenus à monter sur le toit du bâtiment hébergeant le réacteur nucléaire.

Greenpeace France nous annonce que leur action montre que le nucléaire sûr n’existe pas. Pour ma part, je suis un peu dubitatif quant à l’action et à la conclusion tirée.

Le séisme au Japon en mars dernier, le tsunami qui l’a suivi et leurs conséquences sur les installations nucléaires de Fukushima ont montré au grand public que le point faible d’une centrale nucléaire n’est pas le réacteur mais son système de refroidissement. Il semble en effet que les bâtiments dans lesquels se trouvent les réacteurs n’ont pas trop mal supporté la secousse et le raz-de-marée. Le gros problème est en fait venu des installations garantissant le refroidissement des réacteurs : pompes et circuit notamment. En rendant inopérant le système de refroidissement, l’événement (séisme + tsunami) a provoqué un accident allant jusqu’à la fusion des réacteurs. On en connait maintenant une partie des conséquences.

J’en reviens à Greenpeace et à son action sur la centrale de Nogent. Ils se sont introduits dans la centrale et sont montés sur le toit d’un réacteur. Et ? J’ai du mal à concevoir que deux personnes sur le toit d’un bâtiment abritant un réacteur nucléaire puissent parvenir à faire plus de dégâts qu’un tremblement de terre de magnitude 9. Même deux types avec des ceintures d’explosifs ne parviendraient pas à faire une brèche dans un mur comme ça.

Là où Greenpeace France a raté le coche, à mon avis, c’est qu’ils auraient du montrer qu’ils pouvaient (?) – en pénétrant dans la centrale – paralyser le système de refroidissement des réacteurs. Le grand public a découvert les conséquences d’une paralysie de refroidissement d’un réacteur. Il aurait été tellement parlant de lui montrer qu’en France on pouvait atteindre ces points sensibles …

Bref, je crois que Greenpeace France a préféré faire dans la pure démagogie plutôt que dans le vraiment instructif. Dommage.

Mon POV sur le nucléaire (2)

Comme annoncé, ce billet est la suite du précédent. Dans le billet en question, j’essayais de présenter mon sentiment actuel quant à l’utilisation de cette énergie. Finalement je pense avoir un point de vue ni radicalement pour, ni radicalement contre.

Le but du présent billet est plus de regarder un peu les articles nucléaires sur Wikipédia. Je pars d’un premier constat qu’avait fait Alainr il y a de cela quelques temps. Ces articles sont, en règle générale, très tournés vers l’homme et les applications qu’il peut faire de cette forme d’énergie.

Prenons l’exemple de l’article [[Énergie nucléaire]]. Dans ce domaine, je dirai que c’est l’article chapeau, celui qui doit aborder tous les aspects du domaine et renvoyer le lecteur vers d’éventuels articles plus détaillés. L’article s’articule autour de 5 grandes partie :

  • Les réactions nucléaires
  • Applications
  • L’industrie du nucléaire
  • Le débat sur l’énergie nucléaire
  • La recherche dans le domaine de l’énergie nucléaire

La première partie, Les réactions nucléaires , évoque brièvement la fission, la fusion et la radioactivité. Ensuite on passe tout de suite aux applications humaines, découpées en deux grandes parties : les réactions controlées et les réactions nucléaires explosives. Petit truc très dôle on trouve une partie emploi civil dans réactions nucléaires explosives, du terrassement à la bombe H ? Ensuite viennent les parties sur l’industrie, le débat et la recherche.

L’article tourne totalement autour de l’aspect humain de la chose. Il y a un fait assez marrant, le mot Soleil est présent une fois dans l’article. Le mot Soleil est présent dans une phrase pour parler des sondes spatiales utilisant une forme de radiocativité pour se déplacer. Les réactions thermonucléaires sont le combustile du Soleil, mais on n’en parle pas. On ne va pas détailler, ici, point par point cet article. Allez le lire vous même, vous constaterez un déséquilibre criant. Ca c’est le premier constat. On peut en faire un second. Au sein même des applications humaines, il y a un déséquilibre. La médecine nucléaire n’a le droit qu’à un petit bout de phrase, la propulsion navale plusieurs paragraphes.

 Bref, à la lecture de tout ça on a l’impression que l’énergie nucléaire se résume à fournir de l’électricité, déplacer des navires militaires et faire des armes. Le fait que l’énergie nucléaire fournit la chaleur solaire, soit le moteur du climat sur Terre, ou même soit utiliser pour tenter de soigner des gens, tout ça ne semble pas exister. C’est dommage.

Dans mon premier billet sur le sujet, je disais que l’utilisation humaine de l’énergie générait des craintes, des peurs. La lecture des commentaires montrent que ces sentiments sont assez généralisés. La population globale a une certaine peur de cette énergie et ça ce ressent sur les articles de Wikipédia. Les contributions dans les articles sur le sujet sont le plus souvent tournées dans le sens de cette peur. Au cours de l’été 2006, le contributeur Calmos a créé toute une série d’articles sur des centrales nucléaires, principalement en France. Quelques exemples des pages, lors de leurs créations :

  • celle de Fessenheim, l’article ne contient quasi que le paragraphe sur le risque sismique ;
  • celle de Paluel, l’article contient juste une intro et des liens externes pour parler d’incidents ;
  • celle de Civaux, l’article est monopolisé par un paragraphe incident.

Je ne vais toutes les faire, ça ne sert à rien. Ca montre juste que les contributions sur le nucléaire sont souvent induites d’un biais pour montrer que c’est mal. Je crois qu’aucune autre industrie ne souffre d’un tel déséquilibre. Fait-on un article sur chaque raffinerie pétrolière en détaillant le nombre de foyers vivant sous les fumées des dites raffineries ? J’ai écrit l’article sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, déséquilibre-t-on le contenu en centrant l’article sur l’usage intensif de l’amiante durant plusieurs décenies et sur la polution aux métaux lourds générée par les peintures des navires ? Je ne crois pas. Dans ces exemples, les dégats sanitaires et environnementaux sont palpables et réels.

Cette peur du nucléaire est communément admise, du coup elle induit qu’il est normal pour la plupart d’entre nous de tolérer ce flagrant déséquilibre dans ce thème précis. On accorde une place à nos peurs en déséquilibrant les articles. Un militant extrémiste a donc tout loisir de venir faire son travail sur Wikipédia, parce que la majorité des contributeurs a une certaine sympathie pour les idéaux défendus. Inconsciement d’opposer à cette personne, c’est s’opposer à ses idées et promouvoir l’inverse.

En résumé, nos articles sur le nucléaire souffrent d’un déséquilibre thématique sur l’homme, mais aussi d’un second déséquilibre visant à donner une image négative de la chose.

Voilà pour la deuxième mouture. Je n’en suis pas trop satisfait, du coup j’en ferai peut-être une troisième. 😉

Ludo