« Mais pour bien comprendre ça tu vois, faut être né ici »

En préambule, j’adresse un merci à Ludo qui m’héberge, maintenant que le cabot s’est tu (merci aussi à lui pour l’accueil passé) et que je n’ai toujours pas assez de matière pour ouvrir un blog à moi. Il se peut que dans un futur plus ou moins proche, je rapatrie mes anciens posts d’ailleurs.

Un peu plus sur moi ? Non, je ne suis pas breton, je ne fais pas dans la voile ou la pédale, je suis un photographe du dimanche et cherche rarement des géocaches (mais quand ça m’arrive, c’est souvent dans le froid, la nuit, sous la pluie ou la neige car je suis mal entouré on dirait). En revanche, oui, je réside en Suisse et contribue à Wikipédia.

Pour la fin d’année, je suis parti à l’étranger (en France) et bien entendu, nous avons évoqué des sujets suisses et cela m’a permis de voir l’étendue des différences de perceptions (que j’avais, il y a encore un peu de temps) et je crois que c’est grâce à mon expatriation et aussi à mon investissement dans Wikipédia que je me rends compte que « tout n’est pas pareil partout  ». Tout le monde dira que cela va de soi, mais dans les faits, on l’oublie souvent. Rien de neuf depuis «Comment peut-on être persan ?  ».

Tant que c’est « C’est bizarre qu’ils fassent comme ça  », je ne dis trop rien car j’ai remarqué que « bizarre  » signifie souvent « différent de ce que je fais ou de ce que je connais », bref c’est super relatif. En ce qui concerne la Suisse, on peut trouver par exemple les scrutins à répétition, l’armée, ou encore pour trouver quelque chose de plus exotique et de moins connu, le lieu d’origine, ce concept assez fumeux (puisqu’on l’hérite de son père ou on le « prend » à son mari et cela n’a rien à voir a priori avec le lieu de naissance) à une époque où on déménage plus loin, on a des naissances hors mariage, voire on divorce et se remarie. Bref le bonheur quand il faut écrire à la maire (syndic, etc) d’un bled où on n’a jamais mis les pieds pour avoir des papiers officiels. Bonheur redoublé quand il faut écrire en allemand, bien entendu (mes amis romands sont en général nuls en allemand).

En revanche, quand mon père, en parlant d’une conséquence liée au fédéralisme (navré j’ai oublié le détail) et  me dit « Y a qu’en Suisse qu’on…  », là je réponds « Mais tu n’en sais rien !  » (il n’aurait pas compris « Refnec »). Puis j’ajoute « En France, c’est différent, d’accord mais si on prend d’autres États fédéraux comme l’Allemagne ou les États-Unis, si cela se trouve c’est comme en Suisse. Voire il est possible qu’on puisse dire « Y a qu’en France qu’on… »  ».

Je râle sur le travers de mon père et de bien d’autres personnes mais j’avoue que j’ai encore plus de mal quand je croise ce genre de remarques sur Wikipédia francophone, même en dehors de l’espace Articles (« Main  »). Je suis persuadé que cela est dû à la concentration de personnes vivant grosso modo au même endroit et dans le même pays. Dans les exemples de ce dont on pourrait se passer

  • Je commence par citer le guide d’internationalisation qui recense les erreurs les plus fréquentes dans les articles. J’ajoute, toujours dans l’espace Articles, le syndrome « Le bon français c’est celui que j’cause, d’abord  », par exemple (récent) « Department en Anglais, ne signifie pas « departement ».  », hum faut voir. Par exemple, dans la capitale d’un pays en partie francophone….
  • Ensuite on a toujours, les éternels « Wikipédia France  »
  • « 21 juin, c’est l’été !!  » sauf pour ceux qui ne vivent pas dans la zone tempérée de l’hémisphère nord (ça marche aussi pour le 20 ou 22 juin et bien entendu pour les autres saisons). Variante (bistrotière, toujours) « profitons du froid de l’hiver pour rédiger des articles  », « profitons de ce bel été pour prendre des photos !  »
  • « Faut pas lancer ce vote pendant les vacances d’été !!  », sauf que ce n’est pas l’été partout (voir plus haut) et tout le monde n’est pas en vacances et quand bien même, il existe des gens qui contribuent de manière plus intensive pendant leurs vacances, chacun fait ce qu’il veut après tout. Bref, c’est une manière de dire que « ça ne m‘arrange pas  ». Surtout qu’après, il faut éviter la rentrée, les vacances d’automne, d’hiver, de printemps, les périodes de partiels, les fêtes religieuses… bref ce n’est jamais le bon moment, y a jamais tout le monde !!
  • « Il a fait ça toute la nuit / On en reparle ce soir  », suivant le fuseau horaire ce n’est pas évident
  • Tous ceux que j’ai oublié (il doit y en avoir plein)

J’imagine sans problème que c’est fait souvent sans penser à mal (ni réfléchir) et que ce genre de réflexions ce n’est pas si grave. Mais j’avoue avoir du mal à ne pas un peu m’énerver quand je vois qu’un contributeur ne puisse pas imaginer que tout le monde n’est pas forcément comme lui. En effet, on peut être Philippin noctambule vivant en Australie écrivant en été (janvier, février) des articles en français sur la cuisine équatorienne. C’est toute la beauté et la richesse des projets collaboratifs et on a un peu trop tendance à l’oublier.

Wikipédia est une tour de Babel dont la construction ne s’est pas arrêtée

La Tour de Babel est souvent utilisée sur Wikipédia pour évoquer le fait que les projets Wikipédia sont réalisés par toute une communauté d’internautes parlant plus de 200 langues.  Néanmoins la version biblique de la Tour de Babel n’est jamais achevée, les diversités de langues étant le frein à cette construction.

Il est en fait étonnant d’avoir choisi cette représentation pour Wikipédia. Pour évoquer les problématiques de langues dans Wikipédia on a choisi une allégorie qui se finit mal. Le but n’est jamais atteint. Il est même arrêté.

Je parle de cela parce qu’hier j’avais une petite réunion dans le cadre d’un projet avec Wikimedia CH. Nous avions rendez-vous à Neuchâtel, avec une chercheuse de l’université de Berne. Nous avons parlé d’un projet essentiellement germanophone, nous l’avons fait en discutant tantôt en anglais tantôt en français. Karen, notre interlocutrice, belge de son état prenait ses notes en flamand.

On récapitule :

  • un projet porté par des germanophones, beaucoup de réunions en allemand ;
  • nous, francophones, y participons (atelier en français en Suisse-romande) ;
  • meeting en anglais/français ;
  • prise de notes de notre contact en flamand.

Ouep, et pourtant ça marche. Ca me fait penser à l’accroche du blog du canidé :

Réflexions aléatoires sur un projet qui tourne très bien alors qu’il prouve tous les jours qu’il ne devrait logiquement pas fonctionner.