Plus il fait froid, moins il fait froid en fait.

Récemment quelqu’un me faisait la remarque qu’il faisait moins froid chez lui malgré le froid dehors et la neige. Paradoxal, mais complètement juste.

En moyenne, un bâtiment perd un tiers de sa chaleur par la toiture.

Les pertes thermiques d'un bâtiment. Coyau - CC By SA
Les pertes thermiques d’un bâtiment. Coyau – CC By SA

Les toits sont constitués d’une charpente, d’une couverture et d’isolant. L’un des meilleurs isolants qui soit, c’est l’air. L’une des manières de caractériser la capacité isolante d’un matériau est de considérer ce qu’on appelle sa conductivité thermique, c’est sa capacité à transmettre la chaleur. Plus cette valeur est grande plus le matériau transmet la chaleur, plus petite est cette valeur meilleur isolant est le matériau. Quelques exemples :

  • Aluminium : 237 W/m/K (transmet très bien la chaleur) ;
  •  Titane : 20 W/m/K (un des métaux la transmettant le moins bien) ;
  • Bois : entre 0.4 et 0.1 W/m/K (selon les essences) ;
  • Béton : 0.92 W/m/K ;
  • Laine de verre : 0.04 W/m/K ;
  • Air : 0,0262 W/m/K.

A la lecture de ces quelques valeurs vous comprendrez que le béton n’est pas présent dans les murs de nos maisons pour ses qualités isolantes. A épaisseur équivalente, la capacité isolante de la laine de verre est environ 20 fois supérieure à celle du béton. On voit que l’air est celui qui a la conductivité thermique la plus basse, donc le meilleur isolant qui soit. Cependant le gros problème de l’air est qu’il bouge, pas commode pour isoler.  Ainsi, l’idée de beaucoup d’isolants thermiques est de piéger de l’air, de le rendre immobile pour profiter de ses qualités isolantes. C’est ce que l’on fait très bien avec la laine de verre.

Mais pourquoi dire que l’hiver il fait moins froid ?

La neige fraiche est gorgée d’air, c’est un très bon isolant. Quand elle vieillit, elle a tendance à s’appauvrir en air, elle perd un peu de cette qualité. Une neige fraiche peut avoir une conductivité thermique proche de 0.03 W/m/K. Ainsi, après un bon coup de neige, les 3o cm de neige sur le toit de votre maison se comportent environ comme 40 cm de laine de verre supplémentaire. Voilà pourquoi vous avez moins froid.

Un peu d'isolant en plus sur mon toit.
Un peu d’isolant en plus sur mon toit.

ECOPOP

Le 30 novembre prochain, les Suisses disposant du droit de vote, enfin plutôt ceux daignant s’en servir, devront notamment se prononcer sur une initiative populaire dite Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles.

Une initiative populaire c’est proposer de modifier la constitution en y modifiant des articles ou en rajoutant. La modification de la constitution proposée est consultable ici sur le site de l’administration fédérale.

Dès la première phrase, je tique :

La Confédération s’attache à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles.

Les ressources naturelles sont un capital dont on dispose. Pour raisonner de manière mathématique, deux paramètres jouent dessus :

  • le nombre de personne à taper dedans
  • la consommation par personne

Si la consommation par personne augmente, mais que je diminue le nombre de personne, mon capital peut être constant. De même, si j’augmente ma population tout en diminuant la consommation par personne, mon capital ne bouge pas.

Dès le début, le texte de cette initiative, qui se veut écologiste, postule que la seule voie possible aux problématiques environnementales c’est de diminuer le nombre de consommateur. Cette initiative ne présente même pas la réduction de la consommation individuelle dans le champ des possibles. Dès lors, je peine à considérer cette initiative comme écologiste. La suite de ce premier point est un encouragement, par la coopération internationale au développement, à faire de même dans d’autres pays.

Je passe au second point de cette initiative :

La part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans.

Ici, on met des objectifs pour stabiliser l’accroissement de la population du pays. Toujours rien au sujet d’une rationalisation de la consommation…

Le troisième point nous dit :

Sur l’ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10 % au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire.

Dans le premier point, on veut inciter d’autres pays à prendre les mêmes décisions que la Suisse. Du coup, on les aide. Faisons du contrôle des naissances, évitons qu’ils se reproduisent trop. Ben oui, ils pourraient consommer les ressources présentes dans leurs pays et dont nous avons besoin chez nous pour satisfaire notre mode de vie.

C’est en effet ce que cette initiative dit. Aujourd’hui, environ 45% de l’électricité consommée en Suisse est d’origine nucléaire. L’uranium consommé pour cette électricité provient, notamment, en partie du Niger ou du Kazakstan. Le schéma de réflexion d’ECOPOP c’est donc en quelque sorte : Vous les petits nigériens, foutez des capotes, évitez de vous reproduire comme des lapins, sinon vous allez consommer l’uranium dont on a besoin.

La France et le Royaume-Uni, notamment, sont sortis du colonialisme au milieu du XXème siècle. La Suisse désire y entrer au début du XXIème. On est toujours un peu plus lent en Suisse.

Le quatrième point de cette initiative ne fait que protéger le contenu de cette initiative par rapport aux traités internationaux.

Cette initiative repose sur une association : ECOPOP, association pour l’environnement et la population. J’ai été lire le site web qui dispose d’une page appelée Arguments. Je vous invite à la parcourir. Ici non plus on ne considère pas une rationalisation de la consommation comme un voie envisageable. Pourquoi ? Le seul truc qui fait penser écolo sur ce site web, c’est l’usage de la couleur verte. J’ai bien dit le seul…

Dans les arguments, on nous dit que les pays les plus exposés à l’accroissement de la population sont des pays pauvres, avec une petite liste. Le premier cité est, je vous le donne en mille, le Niger, un de nos gros fournisseurs d’uranium. On apprend que dans ces pays les femmes ont entre 5 à 7 enfants et que Bon nombre de ces grossesses ne sont pas désirées. C’est tellement plus simple de se donner bon conscience en se persuadant que personne ne voulait de ces petits nègres.

J’ai aussi noté cette phrase Bien que les personnes vivant dans ces pays pauvres aient une très faible empreinte écologique. Le seul moment où l’on commence à considérer l’empreinte écologique d’une population, c’est celle des petits africains dont on veut limiter les naissances. La notre, on va éviter de se poser la question de la réduire.

Plus bas, on nous dit que l’immigration est responsable de l’accroissement de la mobilité en Suisse. La solution que l’on propose est donc d’interdire aux travailleurs de résider sur sol suisse, sans se poser la question de la demande en main d’oeuvre. Donc plutôt que de tenter de loger les travailleurs à proximité de leurs emplois, on va repousser encore plus loin les logements des travailleurs genevois dans l’Ain et en Haute-Savoie, des lausannois vers le Haut-Doubs des tessinois vers Milan, etc. Bravo pour l’impact écologique.

Je pourrais surement trouver encore d’autres exemples, d’autres incohérences, mais je vais m’arrêter là.

Pour résumer, ce texte : 

* n’est absolument pas écologiste : on omet ce paramètre dès le début de la réflexion ;

* est purement égoïste : y’a un problème mais ne touchons pas à notre Swiss way of life, l’effort doit être consenti par les autres ;

* est xénophobe : les étrangers, leurs places c’est dehors ;

* est colonialiste : on a besoin des ressources des autres pays mais faut pas que leurs habitants en aient besoin.

 

Prises électriques suisses, françaises ou belges

J’ai une amie belge, je sais personne n’est parfait. Cette dernière est arrivée assez récemment en Suisse, elle se heurta à un problème courant à son arrivée :

Quelle prise de tête.
Comment faire rentrer la prise de gauche dans celle de droite ?

Belle prise de tête en perspective, n’est-ce pas ?

Dans le commerce, il existe des adapteurs internationaux de prises électriques. Ceux-ci sont très pratiques quand vous voyagez beaucoup, en un petit objet vous disposez des prises électriques de l’Union Européenne, de la Suisse, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, etc. En revanche, pas forcément très adapté à l’utilisation quotidienne d’appareils ménagers achetés en France ou Belgique avec des prises murales suisses.

Mon amie belge m’interloque à ce propos hier soir sur Twitter. Vous pouvez consulter la conversation par ce lien. Elle casse ses adaptateurs et cherche une solution. Je vais donc vous proposer la mienne.

En arrivant en Suisse, j’ai rencontré ce problème avec mon ordinateur (tour et écran) et différents appareils ménagers. J’ai donc été acheter une prise mâle suisse, une prise femelle française et deux mètres de fils électriques trois brins. Après assemblage du tout vous obtenez l’objet présenté en photo ci-dessous :

Tadam
Tadam

Par rapport aux adaptateurs vendus dans les aéroports, il y a nettement moins de pièces mécaniques qui risquent de céder. Les prises mâle et femelle sont conçues pour bien serrer les fils. Ca sert aussi de rallonge, du coup.

Maintenant, passons aux avertissements. Il est absolument nécessaire de faire très attention au choix du câble électrique. Il est possible que vous branchiez une multi-prise derrière en aval de cet adaptateur afin d’y brancher plusieurs appareils étrangers. Les fils doivent donc supporter cette consommation. Un diamètre de brin rigide de 1,5 mmest une sécurité suffisante.

Il faut aussi faire attention à connecter correctement les trois brins de votre fil électrique. Le fil bicolore jaune et vert, c’est la prise de terre, dans les deux cas il va au milieu. Ensuite, les deux câbles mono-couleur (généralement un bleu et un rouge), l’un pour la phase l’autre pour le neutre. Veuillez à bien mettre la phase (et du coup le neutre aussi) du même coté à chaque fois.

Caroline, mes adaptateurs tiennent depuis sept ans…

Le mythe de la voiture individuelle

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

Montebourg, pas bon en histoire

Hier, dimanche 26 août, Arnaud Montebourg – le ministre du redressement productif de la France – a fait quelques déclarations relatives à la politique énergétique française.

En résumé, le fond de son discours c’est la France ne sort pas du nucléaire. Citons le directement :

le nucléaire est une filière d’avenir.

Certains se félicitent d’un tel discours, d’autres pas. Pour ma part, je me suis arrêté sur une phrase de Montebourg :

Grâce au nucléaire, l’industrie française a pu passer les épreuves, y compris les chocs pétroliers, la crise…, a-t-il ajouté, c’est une énergie abordable.

Hum, je crois que monsieur Montebourg a besoin de quelques cours d’histoire. Le premier choc pétrolier a lieu en 1973, le prix du barril de brut quadruple entre octobre 1973 et janvier 1974. Le second a lieu en 1979, le prix du barril triplant quasiment entre mi 1978 et 1981. Pour rappel, la part du nucléaire dans la production d’électricité en France se montait à 8,2% en 1973 et 16,7% en 1979.

J’ai quand même du mal à concevoir que le nucléaire ait pu avoir une influence sur la gestion des chocs pétroliers vu l’importance faible qu’il avait ces années là. Il ne faut pas non oublier qu’il s’agit de la part sur la production d’électricité et non sur l’ensemble d’énergie consommée en France ces années. L’influence du nucléaire y est donc encore plus négligeable.

Alors effectivement, le nucléaire a été présenté comme une solution à la montée du prix du pétrole. C’est notamment pour cela que cette filière a été développé en France, mais il ne faut pas dire qu’elle avait une influence en 1973 ou 1979.

Abonnement électrique 100% renouvelable ?

Il y a un ou deux ans un ami genevois m’évoquait que son fournisseur d’électricité lui proposait un abonnement fournissant 100% d’électricité renouvelable. J’avais bien rigolé. Lui me rétorquait que c’est bien ce que les plaquettes de communication évoquaient. Très récemment un autre ami genevois me taquinait sur le même sujet en me montrant l’image ci-dessous.

Oh le joli texte mensonger.

On va être clair, ce texte est mensonger.

Explications

Il y a un fait, un principe physique même, les électrons dans un circuit électrique ne se trient pas. Le réseau électrique genevois est connecté au reste du réseau électrique de la Suisse, et à celui de l’Europe qui plus est. On ne peut pas mettre des flics sur les files électriques à Bardonnex pour empêcher tel ou tel type d’électrons d’entrer dans le canton de Genève. Les électrons produits par une centrale nucléaire rentrent à Genève, comme les autres.

Quand on vous dit que 55% de l’électricité suisse est d’origine hydraulique, il faut y comprendre qu’en Suisse on produit un volume d’électricité correspond à 55% de ce qui y est produit. Cela ne signifie pas forcément que 55% de ce qui y est consommé est hydraulique.

Un réseau électrique c’est un savant équilibre ; la puissance produite sur le réseau doit correspondre à tout moment à ce qui y est consommé. Le volume de consommation est très loin d’être stable. Il y a des variations d’un moment à l’autre de la journée, d’un moment à l’autre de l’année. Grossièrement, on utilise le nucléaire et les barrages au fil de l’eau pour faire une production de fond. Ensuite, pour fournir les pics de consommation ; on utilise les barrages à chute d’eau ou les diesels. Ce sont des centrales qui peuvent passer de 0 à 100% de la production en un laps de temps très court ; idéal quand 2 millions de cafetières s’allument en même temps.

Ainsi, nous sommes dans un système que l’on peut schématiser en : la France nucléarisée fournit une grosse production de fond sur le marché européen. La Suisse et ses très nombreux barrages d’accumulation joue un role important pour étaler les pics de consommation.

Et donc, Genève ?

Genève est totalement présente dans ce système. Elle est connectée à ce vaste réseau électrique et possède assez peu de sites de production sur son sol. À moins de 100 kilomètres de Genève, on trouve notamment la centrale nucléaire du Bugey. Le Bugey c’est 3 724 MW, soit onze fois la puissance de Mühleberg ; c’est à peu près la capacité totale des installations hydroélectriques de Suisse. Sur un réseau électrique, on est globalement plus dépendant des producteurs proches que de ceux qui sont éloignés. Donc Genève est totalement arrosée par l’électricité du Bugey.

Et toi, consommateur particulier ?

Et bien toi, quelque soit  la nature de ton abonnement électrique, si tu es connecté au réseau des SIG tu consommes de l’électricité en partie nucléaire.

Prenons un beau dimanche de février, les industries et les services sont en partie à l’arrêt de part le congé dominical, la demande est donc plus faible que 3 jours avant. Il fait froid depuis quelques semaines, les centrales nucléaires sont donc au taquet en production.  C’est l’hiver, les barrages commencent à manquer d’eau. Tu habites Genève, tu allumes ton ordinateur pour lire ce blog, ton mix énergétique (la provenance de ton électricité) n’a surement rien à envier au 75% de nucléaire français.

Mais alors ?

Ben oui, tu payes plus cher pour avoir la même électricité que les autres… En fait, ce type d’abonnement électrique fonctionne notamment avec des label type Nature made. On met un label type 100% renouvelable à des sites des entités produisant de l’électricité.

Du coup, les SIG achètent le volume d’électricité ayant un label correspondant aux abonnements qu’il a avec ses clients. Mais en aucun cas, les SIG ont des fils spéciaux pour amener l’électricité depuis ce site de production renouvelable jusqu’au client final.

Finalité

La finalité de ce type d’abonnement est bonne. Par sa généralisation, si effet de masse il y a, on peut pousser le marché des producteurs à aller dans un sens particulier. Mais que l’on cesse de faire croire au consommateur lambda qu’il ne consomme pas d’électricité nucléaire.

Débat politique dans la sixième circonscription des Français établis hors de France

Fait nouveau cette année, les français établis hors de France vont pouvoir voter pour élire des représentants à l’assemblée nationale. Ainsi, le reste du monde a été découpé en onze circonscriptions législatives parmi lesquelles on trouve la sixième qui regroupe la Suisse et le Liechtenstein.

Le parti des Verts Libéraux du canton de Vaud a eu la bonne idée de proposer hier soir un débat entre tous les candidats à cette circonscription ; deux sujets pour le débat :

  • la libre circulation ;
  • la politique énergétique.

Tous les candidats ne sont pas venus, il manquait notamment les représentantes de l’UMP et du PS ; la première excusée, la seconde avait dépêché son suppléant. La soirée a été découpée en deux discussions de une heure avec un lot de candidats différents.

Libre circulation, espace Schengen :

Dans un premier temps, Pierre-Jean Duvivier (indépendant), Laïla Barki (Parti Radical de Gauche), Joseph Kuszli (Parti Social Démocrate pour la Grande-Europe), Micheline Spoerri (droite indépendante) et Louis Lepioufle (suppléant de la candidate du Parti socialiste) ont débattu sur la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen. En fait, assez rapidement, le débat m’a semblé partir sur Y’a-t-il trop d’étrangers en France. Plusieurs fois, il a été tenté de recentrer le débat sur ce qui peut aussi concerner les français établis hors de France : Qu’est-ce que nous apporte Schengen et comment ferait-on sans ? Cette partie de la soirée ne m’a pas franchement passionnée ; entre la candidate de la droite indépendante que j’ai trouvé ultra-agressive dans ses propos envers les autres candidats et le public, entre la candidate du Parti Radical de Gauche qui ne sait pas parler assez en fort en public (du coup, je n’ai pas entendu un traitre mot de sa part), entre le suppléant de la candidate PS que j’ai trouvé sans charisme (Je suis venu parce que ma cheffe m’a dit, hein, mais je ne sais pas pourquoi je suis là), etc, ce fut un grand moment de politique.

J’ai néanmoins noté deux échanges qui m’ont plus. À un moment, le candidat indépendant relève des propos et dit :

C’est tout le problème de la politique, les candidats en campagne font des promesses qu’ils sont incapables de tenir et naturellement ne les tiennent pas.

Réponse d’un autre candidat :

Ah mais c’est normal monsieur, c’est de la politique.

Donc mentir dans sa campagne pour tenter d’être élu est quelque chose de normal. J’aime la politique …

L’autre échange que j’ai relevé est croustillant. Les candidats parlent des résidants étrangers en France, une personne évoque le chiffre de 5% d’étrangers en France. Sur quoi mon voisin de derrière rebondit par un :

Ah, mais 5% c’est déjà trop !

Ce cher monsieur est français et il vit en Suisse. Les débats avaient lieu à Lausanne, dans le canton de Vaud. Le pourcentage de résidants permanents du canton de Vaud de nationalité étrangère est de … 30%. 5% d’étrangers dans un pays dans lequel il ne vit pas c’est trop, 30% dans celui dans lequel il vit – en étant étranger – ne le gène pas. On mesurera tous l’ironie de la situation.

Politique énergétique : pour ou contre le nucléaire

La seconde partie de la soirée m’intéressait beaucoup plus, en fait. Didier Salavert (Indépendant libéral), Marie-Françoise d’Anglemont de Tassigny (Parti Radical de droite), Magali Orsini (Front de Gauche), Ximena Kaiser-Morris (Europe Ecologie – Les Verts) et Odile Mojon (Solidarité et Progrès) ont donc débattu de la politique énergétique. On notera la malice du plan de table d’avoir placé la candidate des Verts à coté de celle de Solidarité et Progrès, ce dernier est le parti qui milite ouvertement pour un renforcement du nucléaire ; vous savez le parti de Jacques Cheminade.

Ce débat a été totalement phagocyté par la question du nucléaire : pour ou contre. Je ne vais pas refaire ici le match, on connait tous les arguments des uns et des autres. Je relève juste le discours de la candidate de Solidarité et Progrès qui de son coté nous a gratifié d’un :

Ah, mais il n’y a pas eu de morts à Fukushima !

Je salue l’exploit sportif de l’acte. Le tollé suscité dans la salle par cette phrase fut l’évènement de la soirée.

Plus sérieusement, j’ai été un peu déçu que de vraies questions viennent en fait très tard, ou pas du tout. La question des économies d’énergie est arrivée en tout fin de débat, la mobilité et donc les transports n’ont pas été évoqués, pas un mot sur la rénovation du parc immobilier en France (chauffage), Kyoto et le CO2 pas plus. Pour ou contre le nucléaire a été omniprésent dans le débat, avec des discussions sur comment produire autrement de l’électricité.

Dans ce cadre, il y a eu un échange très intéressant entre M. Salavert (Indépendant libéral) et Mme Orsini (Front de Gauche). M. Salavert nous explique qu’actuellement nous sommes dans une situation verticale entre la production et la consommation d’électricité : une entité productrice, peu de sites de productions qui distribuent en bas à des consommateurs. Il y a donc le niveau supérieur : société productrice, le niveau inférieur : consommateur. Le système actuel ne permet pas à un privé de produire de l’électricité et de la revendre à son voisin. Il nous explique que son idéal serait une situation horizontale dans laquelle chaque consommateur pourrait être producteur, ainsi un particulier pourrait produire de l’électricité dans sa propriété (éolien, solaire, hydro, etc) et revendre cette dernière à ces voisins, sans devoir passer par l’entité centrale. Une situation à reproduire sur l’ensemble du territoire ; à ce titre je vous invite à lire ce billet que j’avais écrit. La candidate du front de gauche s’est vivement opposée à cette idée. Elle conçoit l’idée de son concurrent visiblement comme de l’ultralibéralisme économique et non comme une réponse aux problèmes de distribution et de polarisation du réseau électrique français ; on peut tenter d’éclater le réseau de production et de distribution tout en y mettant des verrous en termes de prix. Ainsi elle se positionne ouvertement pour un système ultra centralisateur, et fait – à mon avis – complètement le jeu du tout nucléaire.

Conclusion 

J’ai donc découvert une partie des candidats aux législatives dans ma circonscription. La candidate qui visiblement emportera le lot final n’était pas là (Mme Schmid, UMP). Bref, entre les candidats qui disent devant leurs électeurs que oui ils mentent dans leurs campagnes, entre ceux qui ne connaissent visiblement pas les sujets de débat de la soirée, etc, ça me donne une très piètre image de la politique de mon pays.

Ca donne plus envie de m’investir dans celle du pays qui m’accueille.