COP 21

Le problème avec les politiques c’est que leur contrainte première est de se faire élire de nouveau aux prochaines élections. Du coup, quand ils sont au pouvoir ils doivent trouver un truc fun à faire, un truc garantissant une réélection. Ca donne un regard sur les évènements qui ne va pas au delà de 5 ans, vous pouvez introduire une petite variation selon les pays.

Et donc à ces gaziers là on leur présente un problème en leur disant : il faut que vous preniez, aujourd’hui, des décisions dont les premiers impacts ne seront probablement pas mesurables avant 10 ou 20 ans. 

Et vous pensez vraiment qu’ils vont faire quelque chose ?

Le corollaire à cela, c’est que les seuls systèmes politiques qui pourraient se soucier du climat, ce sont les dictatures. Kim Jong Un, si tu me lis…

La solution serait d’accélérer le temps, ou de faire comme tel. On les pose tous sur une île submersible à marée basse. On vient vous chercher quand vous aurez de vraies solutions. Il faut six heures pour que la mer monte. À eux de bosser.

ECOPOP

Le 30 novembre prochain, les Suisses disposant du droit de vote, enfin plutôt ceux daignant s’en servir, devront notamment se prononcer sur une initiative populaire dite Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles.

Une initiative populaire c’est proposer de modifier la constitution en y modifiant des articles ou en rajoutant. La modification de la constitution proposée est consultable ici sur le site de l’administration fédérale.

Dès la première phrase, je tique :

La Confédération s’attache à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles.

Les ressources naturelles sont un capital dont on dispose. Pour raisonner de manière mathématique, deux paramètres jouent dessus :

  • le nombre de personne à taper dedans
  • la consommation par personne

Si la consommation par personne augmente, mais que je diminue le nombre de personne, mon capital peut être constant. De même, si j’augmente ma population tout en diminuant la consommation par personne, mon capital ne bouge pas.

Dès le début, le texte de cette initiative, qui se veut écologiste, postule que la seule voie possible aux problématiques environnementales c’est de diminuer le nombre de consommateur. Cette initiative ne présente même pas la réduction de la consommation individuelle dans le champ des possibles. Dès lors, je peine à considérer cette initiative comme écologiste. La suite de ce premier point est un encouragement, par la coopération internationale au développement, à faire de même dans d’autres pays.

Je passe au second point de cette initiative :

La part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans.

Ici, on met des objectifs pour stabiliser l’accroissement de la population du pays. Toujours rien au sujet d’une rationalisation de la consommation…

Le troisième point nous dit :

Sur l’ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10 % au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire.

Dans le premier point, on veut inciter d’autres pays à prendre les mêmes décisions que la Suisse. Du coup, on les aide. Faisons du contrôle des naissances, évitons qu’ils se reproduisent trop. Ben oui, ils pourraient consommer les ressources présentes dans leurs pays et dont nous avons besoin chez nous pour satisfaire notre mode de vie.

C’est en effet ce que cette initiative dit. Aujourd’hui, environ 45% de l’électricité consommée en Suisse est d’origine nucléaire. L’uranium consommé pour cette électricité provient, notamment, en partie du Niger ou du Kazakstan. Le schéma de réflexion d’ECOPOP c’est donc en quelque sorte : Vous les petits nigériens, foutez des capotes, évitez de vous reproduire comme des lapins, sinon vous allez consommer l’uranium dont on a besoin.

La France et le Royaume-Uni, notamment, sont sortis du colonialisme au milieu du XXème siècle. La Suisse désire y entrer au début du XXIème. On est toujours un peu plus lent en Suisse.

Le quatrième point de cette initiative ne fait que protéger le contenu de cette initiative par rapport aux traités internationaux.

Cette initiative repose sur une association : ECOPOP, association pour l’environnement et la population. J’ai été lire le site web qui dispose d’une page appelée Arguments. Je vous invite à la parcourir. Ici non plus on ne considère pas une rationalisation de la consommation comme un voie envisageable. Pourquoi ? Le seul truc qui fait penser écolo sur ce site web, c’est l’usage de la couleur verte. J’ai bien dit le seul…

Dans les arguments, on nous dit que les pays les plus exposés à l’accroissement de la population sont des pays pauvres, avec une petite liste. Le premier cité est, je vous le donne en mille, le Niger, un de nos gros fournisseurs d’uranium. On apprend que dans ces pays les femmes ont entre 5 à 7 enfants et que Bon nombre de ces grossesses ne sont pas désirées. C’est tellement plus simple de se donner bon conscience en se persuadant que personne ne voulait de ces petits nègres.

J’ai aussi noté cette phrase Bien que les personnes vivant dans ces pays pauvres aient une très faible empreinte écologique. Le seul moment où l’on commence à considérer l’empreinte écologique d’une population, c’est celle des petits africains dont on veut limiter les naissances. La notre, on va éviter de se poser la question de la réduire.

Plus bas, on nous dit que l’immigration est responsable de l’accroissement de la mobilité en Suisse. La solution que l’on propose est donc d’interdire aux travailleurs de résider sur sol suisse, sans se poser la question de la demande en main d’oeuvre. Donc plutôt que de tenter de loger les travailleurs à proximité de leurs emplois, on va repousser encore plus loin les logements des travailleurs genevois dans l’Ain et en Haute-Savoie, des lausannois vers le Haut-Doubs des tessinois vers Milan, etc. Bravo pour l’impact écologique.

Je pourrais surement trouver encore d’autres exemples, d’autres incohérences, mais je vais m’arrêter là.

Pour résumer, ce texte : 

* n’est absolument pas écologiste : on omet ce paramètre dès le début de la réflexion ;

* est purement égoïste : y’a un problème mais ne touchons pas à notre Swiss way of life, l’effort doit être consenti par les autres ;

* est xénophobe : les étrangers, leurs places c’est dehors ;

* est colonialiste : on a besoin des ressources des autres pays mais faut pas que leurs habitants en aient besoin.

 

Le mythe de la voiture individuelle

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

Erika. Totalement jugé, finalement coupable.

Ce mardi 25 septembre Total a donc été condamné dans l’affaire concernant le naufrage de l’Erika. C’est marrant mais j’ai entendu l’information sans que cela me touche plus que ça.

Exxon Valdez

Mon premier souvenir de marée noire concerne celle de l’Exxon Valdez, échoué en mars 1989 en Alaska. J’avais un peu moins de dix ans. J’ai suivi cela par la télé. J’ai encore ces souvenirs d’images très contrastées entre le blanc de la neige (ou de la glace) et le noir du pétrole. C’était loin sur un autre continent, on sent que c’est grave. Je pense que j’ai surement un peu développé une certaine conscience de l’environnement à ce moment là.

Pour l’anecdote, l’Exxon Valdez a continué à naviguer jusqu’en 2012, il a été posé sur une plage d’Alang en Inde le 2 août dernier pour y être découpé. Paix à son âme.

Erika

L’Erika, j’avais 20 ans, j’étais étudiant. Je me souviens me lever un dimanche matin, le 12 décembre, lendemain d’un samedi soir étudiant, je vais prendre mon petit déjeuner assez tard, j’écoute la radio des parents. J’entends qu’un pétrolier est en deux au large de Penmarc’h. Merde. Dans les heures qui suivent, on est tous attentif aux informations. Puis les choses s’enchainent assez vite. La partie avant coule, la partie arrière est remorquée par l’Abeille Flandres. Elle coule aussi peu après.

Dans les jours qui suivent, les médias nous disent qu’une partie de la cargaison se balade en mer. Différents bateaux de lutte anti-pollution sont envoyés sur place pour tenter de pomper le pétrole. On commence à apprendre qu’en fait ce n’est pas du pétrole mais un résidu de distillation ; donc très visqueux, donc très difficile à pomper. On attend. Puis arrive Lothar, la fameuse tempête de fin 1999. Le coup de vent ayant été annoncé, tous les navires de lutte anti-pollution viennent se mettre à l’abri dans le port de Saint-Nazaire. Je pars les voir avec mon père. Là on a vraiment compris ce qu’on allait se prendre sur la figure. Ces bateaux, de gros remorqueurs en quelque sorte, sont tous mis en quarantaine dans un coin du port, avec cordons de bouée autour d’eux, histoire qu’ils ne polluent pas trop le reste du port. Et puis je me rappelle voir un membre d’équipage d’un bateau espagnol nettoyer au Karcher la proue de son navire. En fait, il ne faisait que décoller le pétrole afin qu’on puisse tout de même lire le nom de son bateau. Ces bateaux étaient tous recouverts de fioul, bien collé sur la coque, au point que les noms étaient illisibles. Drôle d’ambiance.

Dans le même temps, les premières galettes commencent à arriver sur la côte. On commence à avoir des images à la télé des cotes – que l’on connait – souillées. À l’arrivée de ces premières galettes, il y aura ce très bon mot de Dominique Voynet, alors ministre de l’environnement :

Ce n’est pas la catastrophe écologique du siècle.

Sacré Dominique, et tu étais élue écologiste… Que ce ne soit pas la catastrophe écologiste du siècle possiblement, mais j’ai comme un doute que les sinistrés locaux aient besoin d’entendre ça à ce moment là. Être ministre de l’environnement et tirer vers le bas la gravité d’un évènement comme celui-ci, on a vu mieux comme message pour rassurer la population.

À ce moment, les médias t’abreuvent d’images de cotes souillées, cherchent des responsables, etc. Très vite Total est montré du doigt. Tout le monde veut boycotter total. Et puis tu réfléchis. Et tu te rends compte que tu si veux vraiment boycotter Total, tu ne peux même pas mettre d’essence dans ta voiture pour aller nettoyer les plages. Ben oui, les carburants que tu achètes au supermarché, ils viennent de la raffinerie pétrolière la plus proche, raffinerie qui appartient à … Total.  Bref, tu vas faire le plein et tu continues à engraisser Total pour aller nettoyer ses cochonneries sur tes plages. Ironique, n’est-ce pas ?

Nettoyage des plages ?

Ben oui, il a fallu nettoyer. Ce travail a été assuré en très grosse partie par des bénévoles. En fait, on a tous un peu nettoyé la plage en bas de chez soi. Le sentiment de révolte face à l’évènement en cours fait que rapidement tu trouves la motivation pour participer à la tache. Tu te renseignes dans le journal pour savoir comment s’est organisé. Et te voilà parti, rendez-vous en début de marée descendante.

À l’arrivée sur la plage, des personnes t’attendent pour te donner une fine combinaison et des gants. Et effectivement, pour 1 kg de pétrole retiré de la plage, il faut balancer 10 kg de déchets à la benne à ordure ; le sable collé, les algues, les déchets divers qui se promenaient en mer (ben oui faut pas déconner c’est quand même pas Total qui a inventé la pollution), les oiseaux morts, etc.

Après avoir bossé un bon moment, on finit par te dire d’arrêter. Tu es assez content du job réalisé, la plage est quand même beaucoup plus propre qu’avant d’arriver. Grosse satisfaction. En fait, on te demande d’arrêter parce qu’on arrive à l’étale de basse mer. La marée est en train de remonter. Tu restes trainer un peu et tu vois pourquoi il fallait s’arrêter de bosser. En remontant, la mer ramène au moins autant de merde que ce que tu as précédemment retiré. Ce mécanisme est un éternel recommencement à chaque marée, tant que la mer a encore de la merde à vomir.

La révolte fait place à la lassitude. Oui, les plages sont dégueulasses, mais j’ai autre chose à faire cette après-midi. Du coup, tu n’y vas plus quand tu peux. Faut quand même être con pour se peler le cul sur la plage en plein mois de janvier. Je me rappelle d’un truc marrant. Le campus dans lequel je faisais mes études était grossomodo à 2 ou 3 kilomètres de la cote. Le jeudi après-midi était normalement réservé au sport. Pendant les mois de janvier et février, l’université offrait le repas de midi au restaurant universitaire pour ceux qui allaient ensuite nettoyer les plages. C’était l’occupation sport de l’époque.

Ievoli Sun

Le Ievoli Sun est un chimiquier qui a fait naufrage fin octobre 2000 au nord de la Bretagne. Là encore je me souviens bien des circonstances dans lesquelles j’ai appris ça. Gros sentiment de révolte. 9 ou 10 mois auparavant tu nettoyais les plages de l’Erika et là un chimiquier qui coule avec notamment du styrène. Tu te dis que ce n’est qu’un éternel recommencement. Les médias passent à autre chose, toi aussi.

Prestige

En 2002, il y a eu le naufrage du Prestige. Là aussi désastre écologique, principalement sur les cotes portugaises et espagnoles. En Bretagne on a eu un peu de pétrole aussi, mais pas beaucoup ; quelques petites boulettes sur les plages, juste un truc à se salir les chaussures en allant marcher sur la plage. Oui mais nous on avait eu l’Erika. Du coup, je savais nettoyer des chaussures souillées au pétrole, ou dérivés. Un peu de gasoil – oui le gasoil est très bon pour détacher du pétrole – un chiffon sec et hop, les chaussures sont comme neuves. En Bretagne on a du pétrole et des idées. Hein !

Procès de l’Erika

Le procès a débuté en février 2007, sept années après le naufrage. Bien sûr, ils sont tous innocents, ils n’y peuvent rien, etc. J’ai suivi de très loin ce procès, lisant quelques articles de synthèse et voilà. Une première fois jugé coupable Total a bien sûr fait appel. Aujourd’hui l’appel a été cassé. 13 ans après le naufrage Total se voit donc obligé de payer une amende de 375 000 euros au motif de pollution maritime.

Je crois que depuis 13 ans, je me suis totalement blasé de ce genre d’évènement. Il en est arrivé tant, il en arrivera encore d’autres (Hein Deepwater Horizon…). C’est la vie.

Ah oui et puis 375 000 euros d’amende, ça ne fait jamais que 0,0002 % du chiffre d’affaire annuel de Total. Et pour 20 000 tonnes de produits pétroliers en mer, ça ne fait que 2% de la quantité d’hydrocarbure qu’il resterait au large de la Bretagne dans diverses épaves non nettoyées. (Chiffre que je tiens d’une étude publiée dans le magazine Science & Vie à l’époque)

Mais pourquoi on en parle tant en fait ?

(Désolé, c’était mon billet cynique de l’année)

Abonnement électrique 100% renouvelable ?

Il y a un ou deux ans un ami genevois m’évoquait que son fournisseur d’électricité lui proposait un abonnement fournissant 100% d’électricité renouvelable. J’avais bien rigolé. Lui me rétorquait que c’est bien ce que les plaquettes de communication évoquaient. Très récemment un autre ami genevois me taquinait sur le même sujet en me montrant l’image ci-dessous.

Oh le joli texte mensonger.

On va être clair, ce texte est mensonger.

Explications

Il y a un fait, un principe physique même, les électrons dans un circuit électrique ne se trient pas. Le réseau électrique genevois est connecté au reste du réseau électrique de la Suisse, et à celui de l’Europe qui plus est. On ne peut pas mettre des flics sur les files électriques à Bardonnex pour empêcher tel ou tel type d’électrons d’entrer dans le canton de Genève. Les électrons produits par une centrale nucléaire rentrent à Genève, comme les autres.

Quand on vous dit que 55% de l’électricité suisse est d’origine hydraulique, il faut y comprendre qu’en Suisse on produit un volume d’électricité correspond à 55% de ce qui y est produit. Cela ne signifie pas forcément que 55% de ce qui y est consommé est hydraulique.

Un réseau électrique c’est un savant équilibre ; la puissance produite sur le réseau doit correspondre à tout moment à ce qui y est consommé. Le volume de consommation est très loin d’être stable. Il y a des variations d’un moment à l’autre de la journée, d’un moment à l’autre de l’année. Grossièrement, on utilise le nucléaire et les barrages au fil de l’eau pour faire une production de fond. Ensuite, pour fournir les pics de consommation ; on utilise les barrages à chute d’eau ou les diesels. Ce sont des centrales qui peuvent passer de 0 à 100% de la production en un laps de temps très court ; idéal quand 2 millions de cafetières s’allument en même temps.

Ainsi, nous sommes dans un système que l’on peut schématiser en : la France nucléarisée fournit une grosse production de fond sur le marché européen. La Suisse et ses très nombreux barrages d’accumulation joue un role important pour étaler les pics de consommation.

Et donc, Genève ?

Genève est totalement présente dans ce système. Elle est connectée à ce vaste réseau électrique et possède assez peu de sites de production sur son sol. À moins de 100 kilomètres de Genève, on trouve notamment la centrale nucléaire du Bugey. Le Bugey c’est 3 724 MW, soit onze fois la puissance de Mühleberg ; c’est à peu près la capacité totale des installations hydroélectriques de Suisse. Sur un réseau électrique, on est globalement plus dépendant des producteurs proches que de ceux qui sont éloignés. Donc Genève est totalement arrosée par l’électricité du Bugey.

Et toi, consommateur particulier ?

Et bien toi, quelque soit  la nature de ton abonnement électrique, si tu es connecté au réseau des SIG tu consommes de l’électricité en partie nucléaire.

Prenons un beau dimanche de février, les industries et les services sont en partie à l’arrêt de part le congé dominical, la demande est donc plus faible que 3 jours avant. Il fait froid depuis quelques semaines, les centrales nucléaires sont donc au taquet en production.  C’est l’hiver, les barrages commencent à manquer d’eau. Tu habites Genève, tu allumes ton ordinateur pour lire ce blog, ton mix énergétique (la provenance de ton électricité) n’a surement rien à envier au 75% de nucléaire français.

Mais alors ?

Ben oui, tu payes plus cher pour avoir la même électricité que les autres… En fait, ce type d’abonnement électrique fonctionne notamment avec des label type Nature made. On met un label type 100% renouvelable à des sites des entités produisant de l’électricité.

Du coup, les SIG achètent le volume d’électricité ayant un label correspondant aux abonnements qu’il a avec ses clients. Mais en aucun cas, les SIG ont des fils spéciaux pour amener l’électricité depuis ce site de production renouvelable jusqu’au client final.

Finalité

La finalité de ce type d’abonnement est bonne. Par sa généralisation, si effet de masse il y a, on peut pousser le marché des producteurs à aller dans un sens particulier. Mais que l’on cesse de faire croire au consommateur lambda qu’il ne consomme pas d’électricité nucléaire.

Elections

Dans 10 jours, dimanche 6 mai, je dois aller voter pour le second tour des élections présidentielles françaises. J’ai le choix entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le vote blanc étant considéré comme un vote non-valide, ça revient à ne pas aller voter. Je ne le considère pas comme un choix.

J’ai beaucoup de contacts avec des personnes vivants en France, notamment parce que j’y ai vécu 28 ans. Via Facebook ou le téléphone (vous savez le truc avec lequel on gardait contact quand FB n’existait pas), je vois comment certains français vont voter à cette élection. J’ai l’impression qu’on est pas du tout dans un débat d’idées ou d’opinions, mais plus dans une démarche : voter contre le petit nerveux aux talonnettes ou contre flamby. Ca me désole un peu.

Au premier tour, je n’avais voté ni pour l’un ni pour l’autre de ces deux candidats. Hier soir, j’ai pris soin de lire les programmes de ces deux candidats ; ce que j’ai reçu par la poste mais aussi les programmes détaillés présents sur les sites webs. Je me suis attardé sur une problématique que – pour ma part – je juge importante voire fondamentale : je parle de l’énergie. Je vais ici détailler la lecture que j’en ai eu.

Le programme de François Hollande est découpé en 60 points, les considérations énergétiques occupent les points 41, 42 et 43. Je note que c’est déjà bien relegué au fond. Il axe son programme énergétique sur trois idées principales :

  • la fourniture d’électricité : préserver l’indépendance énergétique de la France, passer le nucléaire de 75 à 50% (horizon 2025), soutien au développement des énergies renouvelables, modernisation de l’outil nucléaire ; tout cela avec Kyoto en toile de fond ;
  • tarification progressive de l’eau, l’électricité et le gaz, pour inciter à faire des économies et pour sortir de la précarité énergétique des foyers français ;
  • rénovation des bâtiments pour en réduire la consommation de chauffage, avec l’idée de créer des emplois pour cela et d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages.

Dès le premier point – préserver l’indépendance énergétique de la France – je me suis étranglé. Le minerai d’uranium a effectivement peu de valeur énergétique quand il est extrait d’une mine. C’est son enrichissement qui lui donne une plus-value considérable. Tout l’uranium utilisé en France est importé, il est ensuite enrichi en France. Sous le prétexte que l’enrichissement soit fait en France, on comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie dite indigène, donc non-importée. C’est oublier que l’uranium est importé d’Australie, du Canada, du Gabon et du Niger, principalement. Bref, en termes d’électricité la France n’est pas et n’a jamais été indépendante. Et de façon globale sur l’énergie, la dépendance aux produits pétroliers – quasi intégralement importés – fait que la France n’a aucune indépendance énergétique. Ici ce programme me donne l’impression de vouloir se mettre personne à dos, on joue sur les deux tableaux : nucléaire et énergies renouvelables.

Le second point est intéressant, il s’agit d’inciter par le porte-monnaie à réduire la consommation énergétique. Il faut néanmoins faire attention, tous les français n’ont pas la maitrise des biens qu’ils utilisent. Je pense notamment à des locataires dans un appartement mal isolé. Le propriétaire ne paye pas les charges, il n’a aucune pression pour rénover son bien. L’idée est très bonne, mais elle nécessite surement quelques adaptations.

Le troisième point est très bon. Ceci dit, ce n’est pas François Hollande qui a la paternité de l’idée. Cela fait des années que tout le monde dit qu’il faudrait un vaste programme de rénovation thermique des locaux en France. La différence entre ce que les bâtiments consomment aujourd’hui et ce qu’il est possible de faire est colossale.

Le programme de Nicolas Sarkozy est découpé en 18 grands thèmes, la partie relative à l’énergie est la … dernière. Même remarque que pour François Hollande, c’est mis bien au fond. Dans ce thème, quatre parties distinctes sont évoquées :

  • confirmer le choix du nucléaire pour éviter toute augmentation de la facture d’électricité des ménages, on y vante le fait que cette énergie est la moins émettrice de CO2 et qu’elle fournit du travail à 400 000 personnes en France ;
  • création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, avec pour finalité de mobiliser la communauté internationale
    autour des enjeux du développement durable ;
  • tenir l’objectif de 23%  de notre consommation finale en énergies renouvelables en 2020 ;
  • développement des filières industrielles en lien avec le développement durable.
Pareil que pour François Hollande, je me suis étranglé dès le premier point. Les centrales nucléaires françaises commencent toutes à avoir de l’âge, il va falloir les remplacer. En Normandie, il se construit l’EPR (une centrale nucléaire de nouvelle génération). La puissance électrique de l’EPR n’est pas sensiblement très supérieure à celle des derniers réacteurs de génération précédente mise en service. La quantité d’électricité fournie par un EPR ne sera donc pas beaucoup supérieure à ce qu’il se fait aujourd’hui. En revanche, le coup unitaire de construction est très supérieur. Il faudrait donc arrêter de mentir. L’EPR va augmenter le prix de l’électricité  ; ce qui est aussi le cas des énergies renouvelables, je suis d’accord. En ce qui concerne les emplois, certes le nucléaire fournit des emplois, mais quand la SNCF a passé ses locomotives du pétrole et l’électricité, je crois qu’elle a laissé des conducteurs dedans. Changer de vecteur énergétique signifie aussi migrer les emplois de l’un à l’autre.
Une Organisation Mondiale de l’Environnement est une belle idée, qui n’a pas attendu la campagne présidentielle pour être proposée. Peut-être faudrait-il pousser un projet qui existe déjà plutôt que de vouloir réinventer la roue.
L’objectif de 23% de la consommation finale en énergies renouvelables en 2020, ça sent bon le chiffre balancé comme ça. On ne donne pas cette part aujourd’hui, afin de juger où est l’objectif par rapport à notre situation actuelle. On donne donc un objectif dans donner le point de départ et sans même évoquer un embryon de moyen pour y parvenir. Ca donne l’impression qu’il fallait une phrase de plus où placer énergie renouvelable.
En dernier lieu, on nous parle de Développer toutes les filières industrielles en lien avec le développement durable. Chez François Hollande, il y avait un message similaire : Je favoriserai la montée en puissance des énergies renouvelables en soutenant la création et le développement de filières industrielles dans ce secteur. Ca donne l’impression qu’en fait le message est le même. Le programme qu’il soit de l’UMP ou du PS est – pour ce domaine – le même. C’est aussi intéressant de noter que les deux évoquent l’industrie, personne n’évoque les petites entreprises. Le futur de l’énergie ce n’est pas un ou deux gros poles de production pour toute la France, c’est plutôt un éclatement des sites de production, on le voit avec les énergies renouvelables. Il me semble donc qu’il serait intéressant aussi d’aider les petites entreprises locales ; que ce soit par rapport à la problématique énergétique, mais aussi en termes d’emplois locaux.
Conclusion
Les deux programmes m’ont l’air en fait très creux. Ils proposent de vagues idées générales, sans réels objectifs innovants ou percutants. J’ai comme l’impression qu’en 2017, la France sera pour ce secteur dans la même situation qu’aujourd’hui, avec rien de fait.

Compensation carbone de son blog

Ce matin, une amie blogueuse lausannoise, Funambuline, me questionne sur Twitter à propos d’une démarche dont elle vient de prendre connaissance ; il s’agirait de compenser la consommation en CO2 de son blog. Démarche très intéressante. Si je me lance dans de la sociologie au doigt mouillé, j’ai tout de même l’impression que le blogueur moyen – pour celui que je côtoie – est légèrement bobo et est soucieux de l’environnement. Lui proposer de continuer ses facéties sur le net, tout en atténuant son impact sur l’environnement : du bonheur.

Funambuline étant curieuse, elle me questionne sur le sérieux de la chose. Je vais donc parcourir ce site web. Les explications scientifiques y sont claires et pertinentes. Il y a des chiffres, que je n’ai pas vérifiés dans les détails mais qui semblent justes. Ces chiffres se basent sur des valeurs moyennes de consommation électriques. Chose très intéressante, il n’est pas seulement compté votre consommation pour surfer, il est compté la consommation des serveurs hébergeant votre blog, sur une base (moyenne) de 15 000 vues par mois.

Cette démarche propose donc de planter un arbre dans la région de Rennes en France afin de compenser ce que l’électricité nécessaire au fonctionnement de votre blog va rejeter comme quantité de CO2. L’essence et le lieu de plantation sont tels que l’arbre planté assimilera plus de CO2 que ce rejet de CO2 moyen par blog. Bien !

Oui, mais…

Les arbres, il faut les payer ; les pépiniéristes qui vont les planter, aussi. J’ai parcouru le site internet, mais je n’ai trouvé au sujet du financement. Il y a seulement cette phrase

Nous avons d’ores et déjà décidé de planter jusqu’à 1000 arbres, pour les premiers 1000 blogs qui accepteront de participer à l’opération Blog zéro Carbone.

Cela sous-entend que la plantation serait offerte (?) pour les 1000 premières demandes. Quid, après ? D’un naturel curieux je suis, mon téléphone j’ai pris. J’ai téléphoné au numéro mis dans les contacts, histoire d’en savoir plus sur le financement. Je tombe sur une société de placement financier à Paris, société qui ne connait même pas le nom de Bonial ; société promotrice de ce projet. La mise en confiance commence à tendre vers 0. De fait, il y a aussi une adresse mail en contact. Je n’ai pas fait de mail, quand on triche sur le téléphone, il n’est pas trop compliqué de tricher sur le mail.

Voulant tout de même en savoir plus, j’ai continué à creuser. Bonial fait planter les arbres en question par une société pépiniériste. J’ai été voir le site web de la société ; aucune implantation apparente en Bretagne. J’ai fini par avoir un échange téléphonique avec un responsable de cette société pépiniériste, au cours duquel on m’a bien confirmé que des arbres allaient être plantés en région rennaise pour Bonial. Ouf !

Il semble donc que des arbres soient réellement plantés dans le cadre de ce projet. La démarche n’est donc pas inutile. En revanche, le promoteur du projet gagnerait très surement à être beaucoup plus clair sur le financement de la chose. Je veux bien mettre un joli badge sur mon blog pour un idéal écologique, mais j’ai aussi besoin de savoir qui se cache derrière.