ECOPOP

Le 30 novembre prochain, les Suisses disposant du droit de vote, enfin plutôt ceux daignant s’en servir, devront notamment se prononcer sur une initiative populaire dite Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles.

Une initiative populaire c’est proposer de modifier la constitution en y modifiant des articles ou en rajoutant. La modification de la constitution proposée est consultable ici sur le site de l’administration fédérale.

Dès la première phrase, je tique :

La Confédération s’attache à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles.

Les ressources naturelles sont un capital dont on dispose. Pour raisonner de manière mathématique, deux paramètres jouent dessus :

  • le nombre de personne à taper dedans
  • la consommation par personne

Si la consommation par personne augmente, mais que je diminue le nombre de personne, mon capital peut être constant. De même, si j’augmente ma population tout en diminuant la consommation par personne, mon capital ne bouge pas.

Dès le début, le texte de cette initiative, qui se veut écologiste, postule que la seule voie possible aux problématiques environnementales c’est de diminuer le nombre de consommateur. Cette initiative ne présente même pas la réduction de la consommation individuelle dans le champ des possibles. Dès lors, je peine à considérer cette initiative comme écologiste. La suite de ce premier point est un encouragement, par la coopération internationale au développement, à faire de même dans d’autres pays.

Je passe au second point de cette initiative :

La part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans.

Ici, on met des objectifs pour stabiliser l’accroissement de la population du pays. Toujours rien au sujet d’une rationalisation de la consommation…

Le troisième point nous dit :

Sur l’ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10 % au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire.

Dans le premier point, on veut inciter d’autres pays à prendre les mêmes décisions que la Suisse. Du coup, on les aide. Faisons du contrôle des naissances, évitons qu’ils se reproduisent trop. Ben oui, ils pourraient consommer les ressources présentes dans leurs pays et dont nous avons besoin chez nous pour satisfaire notre mode de vie.

C’est en effet ce que cette initiative dit. Aujourd’hui, environ 45% de l’électricité consommée en Suisse est d’origine nucléaire. L’uranium consommé pour cette électricité provient, notamment, en partie du Niger ou du Kazakstan. Le schéma de réflexion d’ECOPOP c’est donc en quelque sorte : Vous les petits nigériens, foutez des capotes, évitez de vous reproduire comme des lapins, sinon vous allez consommer l’uranium dont on a besoin.

La France et le Royaume-Uni, notamment, sont sortis du colonialisme au milieu du XXème siècle. La Suisse désire y entrer au début du XXIème. On est toujours un peu plus lent en Suisse.

Le quatrième point de cette initiative ne fait que protéger le contenu de cette initiative par rapport aux traités internationaux.

Cette initiative repose sur une association : ECOPOP, association pour l’environnement et la population. J’ai été lire le site web qui dispose d’une page appelée Arguments. Je vous invite à la parcourir. Ici non plus on ne considère pas une rationalisation de la consommation comme un voie envisageable. Pourquoi ? Le seul truc qui fait penser écolo sur ce site web, c’est l’usage de la couleur verte. J’ai bien dit le seul…

Dans les arguments, on nous dit que les pays les plus exposés à l’accroissement de la population sont des pays pauvres, avec une petite liste. Le premier cité est, je vous le donne en mille, le Niger, un de nos gros fournisseurs d’uranium. On apprend que dans ces pays les femmes ont entre 5 à 7 enfants et que Bon nombre de ces grossesses ne sont pas désirées. C’est tellement plus simple de se donner bon conscience en se persuadant que personne ne voulait de ces petits nègres.

J’ai aussi noté cette phrase Bien que les personnes vivant dans ces pays pauvres aient une très faible empreinte écologique. Le seul moment où l’on commence à considérer l’empreinte écologique d’une population, c’est celle des petits africains dont on veut limiter les naissances. La notre, on va éviter de se poser la question de la réduire.

Plus bas, on nous dit que l’immigration est responsable de l’accroissement de la mobilité en Suisse. La solution que l’on propose est donc d’interdire aux travailleurs de résider sur sol suisse, sans se poser la question de la demande en main d’oeuvre. Donc plutôt que de tenter de loger les travailleurs à proximité de leurs emplois, on va repousser encore plus loin les logements des travailleurs genevois dans l’Ain et en Haute-Savoie, des lausannois vers le Haut-Doubs des tessinois vers Milan, etc. Bravo pour l’impact écologique.

Je pourrais surement trouver encore d’autres exemples, d’autres incohérences, mais je vais m’arrêter là.

Pour résumer, ce texte : 

* n’est absolument pas écologiste : on omet ce paramètre dès le début de la réflexion ;

* est purement égoïste : y’a un problème mais ne touchons pas à notre Swiss way of life, l’effort doit être consenti par les autres ;

* est xénophobe : les étrangers, leurs places c’est dehors ;

* est colonialiste : on a besoin des ressources des autres pays mais faut pas que leurs habitants en aient besoin.