Le Ventoux

km 21 : Bédoin, le départ. Un signe pour remercier mon père de me déposer là en voiture et me voilà sur les premières pentes. Trois routes possibles pour monter au Ventoux. Par le nord, Malaucène, 25 km de montée. Sault et Bédoin par le sud. Ces deux routes se rejoignent au Chalet Reynard. Entre cet endroit et le sommet, il y a les fameux six kilomètres lunaires. Bédoin est la plus mythique, celle que le Tour de France a emprunté le plus souvent. C’est par là que j’ai choisi de monter. Ce matin le sommet est sous une belle coiffe de nuages. On verra bien en haut.

Il est là, sous son chapeau.
Il est là, sous son chapeau.

km 20 : J’ai trouvé un auxerrois avec qui rouler un peu. Il est tôt, pas encore 8h30, les paysages de Provence sont magnifiques avec ce soleil matinal. On passe quelques petits villages, il y a de la vigne un peu partout. La pente est plutôt faible, entre 3 et 6%. Début de montée très agréable.

km 18 : Avec mon auxerrois, on discute un peu ; on profite de la faible pente. Pour chacun de nous deux c’est notre première fois sur le Ventoux. On échange un peu sur les cols déjà montés.

km 16 : Sainte-Colombe : a priori, c’est le dernier point d’eau avant le Chalet Reynard, 12 kilomètres plus haut. Je n’ai quasi rien bu, je ne m’arrête pas pour refaire le plein. Ca devrait passer.

km 15 : Epingle de Saint-Estève. On se regarde tous les deux, d’un coup la pente monte assez sensiblement. On entre dans le vif du sujet. Les 10 prochains kilomètres sont entre 8 et 11% de pente.

km 14 : Je laisse partir devant mon auxerrois. Il va un peu plus vite et je ne veux pas me mettre dans le rouge pour le moment.

Cette longue pinède.
Cette longue pinède.

km 12: Je suis bien dans la pinède du Ventoux. Je double quelques vélos, d’autres me doublent. Mais ne je trouve personne à mon rythme, tant pis. Il y a beaucoup de vélos, en dépit de l’heure plutôt matinale. Les quelques voitures qui nous doublent sont en fait les épouses, amies ou enfants de quelques cyclos autour de moi. Ces voitures s’arrêtent régulièrement pour encourager les proches.

km 10 : Je roule seul depuis un moment. En étant seul, je me remémore les quelques passages sur le Ventoux que j’ai pu voir à la télé. Pour moi, l’un des plus mémorables est celui d’Eros Poli. Eros Poli, c’est un géant (1,94 m, 90 kg), un physique pas du tout taillé pour la montagne. Champion olympique et Champion du monde en contre-la-montre par équipes, ce n’est pas un grimpeur. Le Tour de France 1994 proposait une étape de 231 km entre Montpelier et Carpentras, avec le Ventoux juste sur la fin. 60 km après le départ, il attaque… seul. Il va faire ce qu’il sait faire : un contre-la-montre. Il arrive au pied du Ventoux avec 23’45 d’avance sur la meute. Au sommet, il en reste 4’35. Pratiquement 20 minutes de perdues dans la montée. Il gagne à Carpentras.

km 9 : Toujours dans la pinède, la route porte des inscriptions un peu partout. Dans les autres cols que j’ai pu monter, les inscriptions portent les noms de coureurs connus. C’est marrant de pouvoir se dire qu’on passe aux mêmes endroits qu’untel ou untel. Concernant le Ventoux, il y a, je trouve, nettement plus d’inscriptions. Bien sûr, on y encourage Froome ou Contador, mais il y a aussi plein de mots pour des anonymes : Courage Didier, Allez François, etc. Le plus souvent encouragé sur cette route reste tout de même Papa. Son nom a lui est partout. Malgré la féminisation sensible du cyclisme, je reste déçu ne pas avoir vu un seul Maman.

Les bornes routières indiquent le kilométrage restant et la pente du prochain kilomètre.
Les bornes routières indiquent le kilométrage restant et la pente du prochain kilomètre.

km 7 : On approche de la fin de la pinède. Je reconnais ici le virage que Christopher Froome avait passé, assis, à bloc en juillet 2013. Tellement à bloc qu’on voyait le vélo se pencher dans le virage, tel un motard… On n’est pas dans le même monde.

km 6 : J’arrive au Chalet Reynard, haut lieu du Ventoux. C’est ici qu’on récupère la route de Sault sur la droite. C’est aussi à partir d’ici qu’il n’y a plus de végétation, à partir de maintenant on roule sur la Lune. J’ai vidé un bidon d’eau et bien entamé le second, je décide donc de m’arrêter pour faire le plein. Je demande à d’autres cyclos où trouver une fontaine, on m’invite à me servir dans la camionnette leur servant d’assistance, c’est un petit groupe d’une dizaine de parisiens. Grand merci, je repars.

Le Chalet Reynard est en vue !
Le Chalet Reynard.

km 5 : Les trois kilomètres suivant le Chalet Reynard sont moins pentus : 6 ou 7 %. C’est agréable, cependant le vent commence à se sentir. Je trouve la roue de deux suisses pour quelques kilomètres, ça va aider contre le vent.

Une petite escorte suisse pour m'aider.
Une petite escorte suisse pour m’aider.

km 3 : Avec l’altitude et les nuages approchant, le froid commence à se faire sentir. Je m’arrête pour me couvrir un peu. Les trois prochains kilomètres sont de nouveau plus raides : entre 8 et 10 %.

km 2 : Je suis complètement dans les nuages, il fait un peu froid et les paysages sont lunaires. Quand tu commences à monter un col, tu ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Tu espères arriver là-haut sans prétendre y parvenir. Au bout d’un moment dans la montée, tu dis que c’est dans la poche. Même si je crève, je terminerai, à pied. J’en suis là !

Bienvenue sur la Lune.
Bienvenue sur la Lune.

km 1 : C’est ici qu’on continue de monter sans Tom Simpson.

km 0 : C’est fait ! La dernière épingle juste avant l’observatoire est juste atroce. Elle se monte sur le coté gauche de la route. 2h14 pour monter, plutôt content de moi, j’ai moins souffert que je ne l’imaginais. En haut, je profite quelques instants de l’endroit. Je me fais prendre en photo devant le panneau d’indication du col, mais la température 4 ou 5°C, le vent et l’absence de visibilité ne m’incitent pas à rester longtemps. Place à quelques minutes d’adrénaline dans la descente.

La récompense !
La récompense !
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Une réflexion sur “Le Ventoux

  1. Félicitations à toi et à tous les valeureux qui affrontent le Ventoux. En revanche aucune raison de complexer face à Froome : avec une puissance développée de 416 watts, il a fait mieux sur les pentes de cette montagne mythique que Pantani et Armstrong. Voilà qui situe le bonhomme. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’on ne sache ce qu’il avait (et a sûrement encore) dans les veines.

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