Question de nationalité

Cette semaine le Conseil national (la chambre basse du parlement) discutait des conditions nécessaires à l’obtention de la nationalité suisse. La tendance est de durcir un peu les conditions, cela doit encore passer aux Conseil des États (la chambre haute). À l’heure actuelle les conditions sont globalement les suivantes :

  • 12 ans de résidence ;
  • intégration ;
  • être accoutumé aux usages ;
  • respect de l’ordre juridique ;
  • absence de menace pour la sûreté intérieure ou extérieure.

Je dis bien globalement parce que comme toute question relative à la Suisse ; ça dépend du canton. Ici ça dépend même des communes. Vous pouvez voir ces subtilités en détail ici.

Pourquoi évoquer ça ? Parce qu’en fait, je me pose la question. J’ai été ouvrir mon Petit Larousse illustré, selon lui la nationalité est :

Appartenance juridique d’une personne à la population d’un Etat.

Votre encyclopédie favorite nous dit à peu près la même chose.

Je possède un permis d’établissement, celui-ci me permet de vivre en Suisse. J’y vis depuis six ans, j’y travaille, j’y paye des impôts. Sans être juriste, de fait d’avoir un permis d’établissement, il me semble avoir une  appartenance à la population de l’Etat. Je n’ai pas plus de difficultés qu’un vrai suisse à mener ma vie dans ce pays. Je suis plutôt bien intégré : j’ai mon club de hockey favori, je trolle mes amis vaudois sur le bailli bernois, je sais faire de la fondue (la vraie hein, la moitié-moitié), je rédige des articles sur Wikipédia sur la Suisse, etc.

Mais alors pourquoi aller plus loin ? J’ai déjà un passeport Schengen qui me permet de voyager à peu près partout dans le monde sans emmerdes. En fait, ce qu’il me manque c’est de pouvoir voter sur les questions qui me concernent.

Vous me direz peut-être que le droit de vote est ouvert aux étrangers ? Certes, mais là encore c’est un sacré bordel. Le droit de vote n’est pas ouvert de la même façon à tous les étrangers, en fait ça dépend du canton. De surcroit, depuis mon arrivée en Suisse je suis à mon second canton, un troisième se profile à l’horizon. Il est donc hautement probable que j’arrive aux conditions suffisantes pour demander la nationalité suisse avant d’obtenir le droit de vote des étrangers.

Pourquoi vouloir voter en Suisse ?

À l’automne 2011 se déroulaient les élections fédérales ; renouvellement des deux chambres. Au printemps suivant, il y a eu les élections au Conseil d’Etat (exécutif de mon canton) et les élections françaises (présidentielles et législatives). Au cours de cette période, je me suis senti dans une situation paradoxale : avoir le droit de vote pour des élections mais me sentir peu concerné par celles-ci, me sentir très concerné par des élections sans y avoir le droit de vote.

J’ai rempli mes devoirs électoraux français consciencieusement ; j’ai lu les programmes, je me suis déplacé à des manifestations publiques pour rencontrer les candidats de ma circonscription. J’ai voté ; sans pour autant me sentir très impacté par les résultats.

En revanche, du fait d’habiter en Suisse, d’y travailler et d’y payer des impôts comme tout le monde, j’estime être autant concerné par les décisions politiques qu’un vrai suisse dans une situation professionnelle et personnelle équivalente à la mienne.

Proximité avec les acteurs de la politique

J’ai aussi le sentiment d’avoir une toute autre proximité avec les acteurs politiques en Suisse qu’en France. Et ça joue beaucoup de voir que les élus ne se croient pas dans un star-system. Mais je pense que ce sentiment est en partie du à une coïncidence d’évènements.

J’ai quitté la France un peu au moment où ce qu’on appelle les médias sociaux ont émergé. L’arrivée de Twitter a fait que l’on peut avoir réellement des interactions avec une partie de la classe politique. On peut leur poser des questions, et obtenir des réponses publiques. Les médias sociaux ont sûrement changé la donne, mais je pense qu’il n’y a pas que cela non plus. En Suisse, il est courant de croiser les politiques dans leurs vies de tous les jours. En France, je croise un ministre ; je suis en voiture dans les embouteillages, il est 300 mètres au dessus de moi dans un hélicoptère avec 3 gardes du corps. En Suisse, je prends le train de Lausanne à Berne et croise un conseiller fédéral dans la gare, sans une armée de sbires autour.

Perte de nationalité ?

L’autre jour j’avais un peu cette conversation en 140 caractères avec Nadine. Elle a fini par me demander si je devais choisir entre l’une ou l’autre des nationalités. La réponse est a priori non. La Suisse comme la France acceptent le principe de double nationalité. Néanmoins la question est intéressante. J’y ai réfléchi et j’ai tenté d’y répondre.

Mes origines bretonnes et mon attachement à la Bretagne m’ont souvent fait cracher sur la France, parfois à l’excès (pas toujours, donc). Je me rends compte avoir un détachement énorme vis-à-vis des journalistes sportifs quand ceux-ci présentent une nouvelle victoire d’un sportif français comme un mètre de plus sur la hampe de l’étendard national. Remarque tout aussi vraie pour la Suisse. Bref, pour moi la France c’est le pays dans lequel j’ai grandi, sans que je puisse avoir un attachement sanguin à celui-ci.

Il me semble donc que perdre l’usage du passeport français ne me dérangerait par outre mesure. Ça ne m’empêcherait pas de me promener en France et d’aller en Bretagne.

Résumé

Oui, il faut faire une synthèse de toute cette réflexion. Je pense effectivement résumer la nationalité au droit de vote. Certains peuvent trouver cela réducteur. Mais en fait si je désire voter dans un pays c’est aussi sûrement parce que je me sens concerné par les questions posées et que j’ai acquis la culture et la connaissance nécessaires à la compréhension des enjeux. Enfin, c’est comme ça que je le vois.

Les discussions actuelles au parlement tendent à changer quelque peu les conditions d’obtention du passeport suisse. On se dirige non plus vers une durée de 10 ans de résidence et un permis d’établissement de type C (que j’ai). Peut-être qu’on reparlera de tout ça dans 4 ans.

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Pour vous, j’ai testé le snowscoot

Pour ceux qui l’ignorent mes pieds ne me permettent pas de faire du ski. Quoi qu’on fasse, ils ne rentrent pas dans les chaussures prévues à cet effet. Bref, j’habite en Suisse et je ne peux pas vraiment profiter des pentes enneigées.

Et puis l’autre jour lors d’une balade en raquette j’ai vu un truc que je ne connaissais pas ; un snowcoot. Pour faire simple, c’est un mélange de ski et de vélo.

Dans un grand élan de narcissisme, moi même sur un tel engin.
Dans un grand élan de narcissisme, moi-même sur un tel engin.

N’ayant jamais fait de ski, je ne peux pas comparer. En revanche, je peux comparer avec le vélo. Et de façon assez marrante, il y a des points de comparaisons avec le vélo ; notamment dans la façon d’appréhender les virages. Il faut par exemple ne se servir du guidon qu’en sortie de virage et pas à l’entrée. Il faut prévoir ses trajectoires en regardant la direction où l’on va et tout le reste suit (je ne sais pas trop comment mais ça suit).

Par contre, là où la comparaison s’arrête avec le vélo c’est sur la stabilité. Je me suis pris un nombre de boites totalement dingue. C’est tombé dans tous les sens ; de chaque coté, par derrière, par dessus le guidon. La dernière a été celle de trop, je ne sais pas trop comment, j’ai atterri le dos et la tête la première contre la pente, la tête vers le bas. J’ai noté qu’il fallait prévoir un casque.

Sinon, ce truc est affreusement lourd. Je dirai bien une quinzaine de kilo. Et on passe son temps à devoir le maintenir droit. J’ai des courbatures partout.

À ceux qui voudraient essayer, prévoir : une très bonne condition physique et un casque.