Japon, sortie du nucléaire

Avec l’anniversaire du tremblement de terre au Japon et les conséquences de ce dernier sur les installations nucléaires de Fukushima, on parle beaucoup de la situation énergétique du Japon. De nombreux médias se font l’écho du fait qu’un an après ces événements, seuls deux réacteurs nucléaires sont encore en fonctionnement sur un total de 54 présents dans le pays. Une conclusion est parfois tirée ; on peut sortir du nucléaire en un an.

Je vais me permettre de légèrement nuancer ces propos et de donner quelques chiffres supplémentaires.

Préambule sur les données

Je cherchais des chiffres sur l’énergie, la population et l’économie du Japon. J’ai trouvé un très bon outil web présent sur le site de l’université canadienne de Sherbrooke. Il permet de sortir un paquet de chiffres et de graphiques pour différents pays. Selon ce site web, ces chiffres viennent de différents rapports des Nations-Unis ou d’agences telles que l’Energy Information Administration (agence américaine de l’énergie).

Préambule sur la situation très atypique du réseau électrique japonais.

Il est assez aisé de changer la tension de l’électricité, beaucoup moins d’en changer la fréquence. En Europe, on tend à transporter l’électricité sur un réseau à 400 000 volt, elle est consommée à 200 volt. En revanche, elle est toujours à une fréquence de 50 Hz.

Le Japon a en fait deux réseaux électriques différents : l’un à 50Hz, l’autre à 60Hz. Le nord-est du Japon (Tokyo, Kawasaki, Sapporo, Yokohama et le Sendai notamment) est à 50Hz, le sud-ouest (Okinawa, Osaka, Kyoto, Kobe, Nagoya, Hiroshima) est à 60Hz. Entre les deux, quelques transformateurs de fréquence mais les échanges ne peuvent pas être importants. La délicatesse de cette situation a été mis en exergue dans les premières semaines qui ont suivi le tremblement de terre. Toutes les centrales du nord-est étaient à l’arrêt, les solutions de rechange pas encore en route, mais le sud-ouest était dans la quasi impossibilité de fournir le nord-est.

Pour la petite histoire, la partie sud-ouest a été développée en collaboration avec la société américaine General Electric, qui a en quelque sorte imposé sa fréquence de 60 Hz (celle du réseau US). Le nord-est l’a été avec la société allemande AEG, qui est venu avec son 50Hz (celui du réseau européen).

Enfin, la situation insulaire du Japon ne permet pas les échanges d’électricité avec ces voisins.

Situation antérieure à mars 2011

Avant Fukushima, l’électricité nucléaire au Japon c’est 30 à 31 % du total de la production ; part en légère augmentation depuis 5 ans.

Part du nucléaire dans la production d'électricité.

Ce graphique montre que la part du nucléaire a fortement augmenté dans les années septante et a atteint un pic à la fin des années nonante. Entre 1997 et 2010, elle a connu différentes phases d’augmentation et de baisse autour d’une valeur médiane à 26%. En 2009, le Japon produit donc 26% de son électricité avec la filière nucléaire. Comment est ventilée, à cette date, la production totale :

  • 28% de gaz ;
  • 27% de nucléaire ;
  • 27% de charbon ;
  • 9% pétrole ;
  • 8 % d’hydroélectricité ;
  • 2% pour le reste.

Intéressons-nous maintenant à la consommation d’électricité et à son évolution avant 2011.

Consommation d'électricité totale et par habitant.

Première chose, tout-à-fait classique, une forte augmentation de la consommation au cours des années 1960, 1970, 1980, 1990 : croissance économique, augmentation de la population. Tous les pays dits industrialisés ont connu ça. En revanche, ce graphique montre quelque chose de particulier et de très intéressant : une baisse significative de la consommation électrique du pays depuis 2006. La baisse est significative et tendancielle, on la retrouve plusieurs années de suite avant 2011. Au cours de cette période, la population est en très légère baisse mais dans des proportions nettement plus basses que cette baisse de la consommation électrique.

En fait, en 2006 le gouvernement japonais a sorti un plan stratégique sur l’énergie. L’objectif principal de ce plan était de réduire la part du pétrole dans le mix énergétique du pays. Le Japon a une très forte dépendance au pétrole et importe ce dernier à plus de 75% depuis le Moyen-Orient. La volonté était en 2006 de diminuer les impacts de cette région, politiquement pas toujours stable. Ce plan de réduction de la dépendance au pétrole est passé par des actions sur le secteur des transports, évidement, mais aussi sur celui de l’électricité.

Il est intéressant de noter qu’une réduction de consommation d’électricité dans ce pays n’a pas entrainé de baisse du PIB. Celui-ci a toujours été croissant entre 2006 et 2011, il a juste diminué en 2009 mais les causes ne sont pas propres au Japon (crise économique globale). Ainsi, on peut en conclure qu’un pays qui souhaite se donner les moyens de baisser sa consommation électrique ne bride pas forcément son économie.

Voilà pour un état des lieux pré-Fukushima.

Depuis Fukushima :

Depuis le mois de mars 2011, chaque fois qu’un réacteur nucléaire est arrêté pour maintenance il se voit refuser son autorisation de remise en exploitation. Ainsi, en mai prochain, il n’y aura plus un seul réacteur en service au Japon. Comment aura été gérée la disparition des 27 à 30 % de production nucléaire dans l’électricité japonaise ?

Le gouvernement japonais a fixé des objectifs de réduction de la consommation d’électricité, 15% sur un an. À la lecture de différents articles il semblerait que ces objectifs soient bien suivis par la population. Cette dernière semble émettre la volonté de vouloir grandement réduire sa consommation d’électricité.

Enfin, le reste de l’électricité manquante est produite par une augmentation de la production thermique fossile : en important massivement du gaz et du charbon depuis la Russie notamment.

Le Japon est-il sorti du nucléaire en 14 mois ?

Les mécanismes et la volonté étatique de réduire la consommation d’électricité étaient en place bien avant mars 2011. Cette consommation était en baisse depuis quelques années. Le Japon n’a donc pas démarré sa course réellement en mars 2011. Un évènement majeur et traumatisant a touché le peuple japonais, cela doit jouer dans les esprits et les motivations pour les économies d’énergies et d’électricité. Les japonais ont une motivation assez inimaginable pour parvenir à cet objectif ; se passer du nucléaire. Le Japon fait un recours assez important à des énergies fossiles (gaz, charbon). Les problématiques de rejets de CO2 (protocole de Kyoto) sont passées à un second plan.

Bref, il ne faut pas dire que le Japon est sorti du nucléaire en l’espace de 14 mois, c’est un peu plus compliqué. Mais cela montre que pour y arriver les possibilités d’économies d’énergies sont réellement possibles. Si on souhaite transposer cette situation à la Suisse, il ne faut pas oublier que la part du nucléaire y est plus importante (44%) qu’au Japon pré-Fukushima.

On notera aussi qu’une solution pour se sortir très rapidement du nucléaire est de passer par un usage important des énergies fossiles.

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