L’art de tirer le portrait

J’aime aller au cinéma et il m’arrive de participer à des avants-premières en présence de l’équipe du film. Cinématographiquement parlant, je trouve cela plus enrichissant qu’une séance « normale ». Mais cela me pose des cas de conscience wikimédiens. En effet, je me dis que cela pourrait être l’occasion de photographier certaines personnes qui ne sont pas (ou peu) sur Commons. En théorie, « yaka » faire les photos. En pratique, c’est un peu plus compliqué pour moi (je rappelle que ce n’est pas Ludo qui écrit ce message mais Erdrokan). 

Pour commencer, j’ai du mal à oser prendre des gens en photos. Le faire en douce me met mal à l’aise et leur demander c’est pire. Ensuite, il faut savoir que je n’ai pas un appareil photo « de compétition ». J’ai un modeste mais correct compact DMC TZ7 que j’utilise presqu’exclusivement en mode automatique (« intelligent » qu’il dit mais je n’irais pas jusque là). Je pense avoir un certain « regard » pour la photo mais je ne le cultive pas vraiment et j’en ai un peu honte car il est vrai que « Sans travail, un don n’est rien qu’une sale manie ».
En fait, je suis vraiment un enfant du numérique car j’ai commencé à faire de la photo vers mes trente ans. Avant cela, je ne faisais pas vraiment de photos. Pas trop envie surtout de devoir remplir la pellicule puis aller la faire développer, attendre et aller la rechercher. [1]. Depuis que j’ai un numérique, je m’y suis « vraiment » mis (par rapport à avant, c’était facile) et j’apprécie énormément la facilité qu’apportent les appareils. Pour autant, comme je disais plus haut, je ne m’intéresse que peu à la technique[2] et quand j’entends parler d’objectifs en chiffres, je ne comprends rien. Donc, le plus souvent, c’est mode automatique, clic clac puis je ne modifie que peu les photos (encore que grâce à Coyau, j’ai  « dépenché » quelques édifices). 

Lundi dernier, j’assiste à une avant-première. Je regarde l’article Wikipédia sur l’acteur invité (en escomptant sur le fait que si son article n’est pas illustré alors il n’y a rien non plus le concernant sur Commons) et pas de photo. Zut, je me sens coupable d’avance de ne pas combler ce manque. Dans le passé, j’ai bien tenté de faire des photos en douce (sans flash, du fond de mon fauteuil et sans me faire remarquer) mais cela n’a rien donné de bon. Le soir venu, comme il m’arrive d’être un tantinet borné, je retente la même tactique… et obtiens les mêmes résultats. A la fin de la soirée, les gens se lèvent et certains vont parler à l’acteur voire vont le prendre en photo. Il s’y prête d’ailleurs de bonne grâce. Je profite du meilleur éclairage et du fait qu’il pose pour ajouter mon cliché à ceux des autres. Le résultat est moins pire qu’avant mais reste passable (trop loin, pas le bon angle ni le bon moment). 

Je patiente un peu pour parler avec le responsable du cinéma, car nous avons une conversation en cours sur les films de 2011 (il a adoré Shame que j’ai trouvé un peu creux, en restant poli), tout en écoutant ce qui se dit du coté de l’acteur. Quand un spectateur pose une question sur l’époque de tournage, j’ajoute mon grain de sel. Cela me permet en plus d’entrer « naturellement » dans la conversation (et d’avoir ma réponse). Au bout d’une petite minute de dialogue, j’ose demander si je peux prendre une photo de lui. Il me dit « Bien sur ! » et je m’exécute. A ce moment là, une dame me dit « Vous voulez une photo avec lui ?? Alleïïï, je vais la prendre ». Je commence à bredouiller que c’est gentil mais que cela ne m’intéresse pas vraiment mais elle insiste. Je me dis que c’est moins fatigant d’obtempérer et de passer à autre chose dans vingt secondes plus que d’expliquer « Photo, wikipédia, commons, licence libre, toussa ». 

Le bilan de la soirée :
  1. L’article a une photo correcte, j’en suis presque fier.
  2. Il est quasi impossible au vu de mon matériel et de mes connaissances techniques d’espérer avoir un résultat honorable en prenant une photo en loucedé.
  3. Si on ne demande pas, il est miraculeux d’avoir la bonne occasion de faire une photo potable.
  4. A moins d’avoir beaucoup de temps, de sentir un terrain favorable ou de vouloir établir une relation à long terme avec l’endroit/la personne qui vous accueille, il vaut mieux faire comme si c’était pour sa collection photo perso.


Je ne sais pas si j’aurais le « courage » de faire pareil la prochaine fois, cela dit.

[1] Cela me fait penser à cette scène des Randonneurs (1997) : cette bande de bras cassés « fait » le GR20 en été (pour les fans de mon billet précédent, je précise que la Corse est dans l’hémisphère nord) et lors d’un passage délicat de torrent, une personne prend Philippe Harel en photo. Ce dernier bougon saisit l’appareil et l’envoie au loin. Réaction : « Oh non, y avait les photos de Noël dernier dessus ». Tellement vrai….

[2] Pourtant c’était une des mes quatre matières à l’option physique du bac B… J’ai eu 16/20 mais je suis tombé sur l’astronomie


(Trop bien ici y a le tag « photo » et « photographie », j’ose pas demander ce qu’est la différence)

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3 réflexions sur “L’art de tirer le portrait

  1. Bravo Erdrokan pour l’initiative de chercher ces portraits, pour le travail accompli, et pour le billet de blog ! J’ai vécu la même situation (c’est moi qui ai commis le portrait qui illustre l’article sur Marjane Satrapi). Mes observations :

    1) Les salles de cinéma sont très sombres. Je veux dire, même avec les lumières allumées. En conséquence, il est indispensable d’utiliser soit un flash, soit un objectif à forte ouverture (f/2 au minimum).

    1.1) Le flash ne va pas marcher : soit il est direct (la lumière part d’à côté de l’objectif et rebondit directement vers l’appareil: visage en « fromage blanc », yeux rouges et ombres disgrâcieuses assurées) ; soit c’est le gros modèle orientable pour « taper » au plafond et doucher le sujet avec de la lumière par en haut, mais les salles de cinéma sont tellement grandes que la lumière se perd trop avant de revenir sur le sujet)

    1.2) Les objectifs à forte ouverture devront être ouverts à fond, ce qui donne une profondeur de champs très faible (trop faible). De plus, pour faire un portrait sans déformer le visage du sujet, il faut une longue focale, minimum 80 mm (en 24×36). Mais les longues focales amplifient les mouvements de l’appareil : avec un 85mm, une pause plus longue que 1/125s va occasionner du flou de bougé. Or, les cinémas sont tellement sombres que même à f/1.8 et ISO 3200, on peut s’attendre à du 1/30s.

    2) Les portraits sont souvent bons sur le vif, aussi on pourrait vouloir prendre plusieurs photos du sujet pendant qu’il discute ou fait son discours, pour choisir la meilleure. D’un autre côté, les personnalités du show-biz ont l’habitude de poser, elles produisent donc des expressions assez photogéniques sur demande.

    En situation, j’ai tendance à utiliser un réflexe professionnel avec un zoom 70-200mm f/2.8, sans flash. Je cherche de loin le contact avec les yeux du sujet ; je tiens l’appareil de façon voyante, de sorte que si le sujet ne veut pas se faire photographier, il me le fait savoir par une simple expression du visage. Si j’ai son accord, j’essaye d’avoir une bonne photo sur 20, en appuyant l’objectif à un siège pour le stabiliser un peu et pouvoir me permettre des pauses un peu plus longues.

    Cela dit, c’est un environnement atroce pour la photographie, et le problème du portrait en avant-première en grande salle n’a probablement pas de vraie solution.

  2. Un grand merci pour ce commentaire et ces données (même les techniques ^^). Quelque part ça me « ravit » de savoir que ce n’est pas un sujet facile. Mais c’est quand même dommage car une avant première, c’est l’occasion d’avoir le portrait d’une personne dans de meilleures conditions a priori qu’un bain de foule en sortant du palais des festivals.

    Là où je me mets peu la pression c’est que si c’est raté, ce n’est pas si grave, je jette. Alors que si c’est dans le cadre d’un partenariat avec un musée, je suis « tenu » de faire du bon travail. C’est ce que j’avais dit à Prangins l’été dernier lors de la réunion GLAM. Et j’imagine que prendre correctement en photos des insectes, des silex ou des armes (ou des panneaux du château de Versailles), cela n’est pas non plus à la portée du premier venu.

  3. Il y a des choses à savoir, mais une fois qu’on les a bien entraînées, c’est un algorithme que l’on applique. En portrait, il faut avoir un peu de chance pour que le sujet ait une expression photogénique, et il arrive même qu’on puisse exprimer du talent en rendant sa personalité dans une atmosphère. Ces problèmes ne se posent pas dans la photographie scientifique ou documentaire.

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