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Le mythe de la voiture individuelle

4 octobre 2012

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

Erika. Totalement jugé, finalement coupable.

25 septembre 2012

Ce mardi 25 septembre Total a donc été condamné dans l’affaire concernant le naufrage de l’Erika. C’est marrant mais j’ai entendu l’information sans que cela me touche plus que ça.

Exxon Valdez

Mon premier souvenir de marée noire concerne celle de l’Exxon Valdez, échoué en mars 1989 en Alaska. J’avais un peu moins de dix ans. J’ai suivi cela par la télé. J’ai encore ces souvenirs d’images très contrastées entre le blanc de la neige (ou de la glace) et le noir du pétrole. C’était loin sur un autre continent, on sent que c’est grave. Je pense que j’ai surement un peu développé une certaine conscience de l’environnement à ce moment là.

Pour l’anecdote, l’Exxon Valdez a continué à naviguer jusqu’en 2012, il a été posé sur une plage d’Alang en Inde le 2 août dernier pour y être découpé. Paix à son âme.

Erika

L’Erika, j’avais 20 ans, j’étais étudiant. Je me souviens me lever un dimanche matin, le 12 décembre, lendemain d’un samedi soir étudiant, je vais prendre mon petit déjeuner assez tard, j’écoute la radio des parents. J’entends qu’un pétrolier est en deux au large de Penmarc’h. Merde. Dans les heures qui suivent, on est tous attentif aux informations. Puis les choses s’enchainent assez vite. La partie avant coule, la partie arrière est remorquée par l’Abeille Flandres. Elle coule aussi peu après.

Dans les jours qui suivent, les médias nous disent qu’une partie de la cargaison se balade en mer. Différents bateaux de lutte anti-pollution sont envoyés sur place pour tenter de pomper le pétrole. On commence à apprendre qu’en fait ce n’est pas du pétrole mais un résidu de distillation ; donc très visqueux, donc très difficile à pomper. On attend. Puis arrive Lothar, la fameuse tempête de fin 1999. Le coup de vent ayant été annoncé, tous les navires de lutte anti-pollution viennent se mettre à l’abri dans le port de Saint-Nazaire. Je pars les voir avec mon père. Là on a vraiment compris ce qu’on allait se prendre sur la figure. Ces bateaux, de gros remorqueurs en quelque sorte, sont tous mis en quarantaine dans un coin du port, avec cordons de bouée autour d’eux, histoire qu’ils ne polluent pas trop le reste du port. Et puis je me rappelle voir un membre d’équipage d’un bateau espagnol nettoyer au Karcher la proue de son navire. En fait, il ne faisait que décoller le pétrole afin qu’on puisse tout de même lire le nom de son bateau. Ces bateaux étaient tous recouverts de fioul, bien collé sur la coque, au point que les noms étaient illisibles. Drôle d’ambiance.

Dans le même temps, les premières galettes commencent à arriver sur la côte. On commence à avoir des images à la télé des cotes – que l’on connait – souillées. À l’arrivée de ces premières galettes, il y aura ce très bon mot de Dominique Voynet, alors ministre de l’environnement :

Ce n’est pas la catastrophe écologique du siècle.

Sacré Dominique, et tu étais élue écologiste… Que ce ne soit pas la catastrophe écologiste du siècle possiblement, mais j’ai comme un doute que les sinistrés locaux aient besoin d’entendre ça à ce moment là. Être ministre de l’environnement et tirer vers le bas la gravité d’un évènement comme celui-ci, on a vu mieux comme message pour rassurer la population.

À ce moment, les médias t’abreuvent d’images de cotes souillées, cherchent des responsables, etc. Très vite Total est montré du doigt. Tout le monde veut boycotter total. Et puis tu réfléchis. Et tu te rends compte que tu si veux vraiment boycotter Total, tu ne peux même pas mettre d’essence dans ta voiture pour aller nettoyer les plages. Ben oui, les carburants que tu achètes au supermarché, ils viennent de la raffinerie pétrolière la plus proche, raffinerie qui appartient à … Total.  Bref, tu vas faire le plein et tu continues à engraisser Total pour aller nettoyer ses cochonneries sur tes plages. Ironique, n’est-ce pas ?

Nettoyage des plages ?

Ben oui, il a fallu nettoyer. Ce travail a été assuré en très grosse partie par des bénévoles. En fait, on a tous un peu nettoyé la plage en bas de chez soi. Le sentiment de révolte face à l’évènement en cours fait que rapidement tu trouves la motivation pour participer à la tache. Tu te renseignes dans le journal pour savoir comment s’est organisé. Et te voilà parti, rendez-vous en début de marée descendante.

À l’arrivée sur la plage, des personnes t’attendent pour te donner une fine combinaison et des gants. Et effectivement, pour 1 kg de pétrole retiré de la plage, il faut balancer 10 kg de déchets à la benne à ordure ; le sable collé, les algues, les déchets divers qui se promenaient en mer (ben oui faut pas déconner c’est quand même pas Total qui a inventé la pollution), les oiseaux morts, etc.

Après avoir bossé un bon moment, on finit par te dire d’arrêter. Tu es assez content du job réalisé, la plage est quand même beaucoup plus propre qu’avant d’arriver. Grosse satisfaction. En fait, on te demande d’arrêter parce qu’on arrive à l’étale de basse mer. La marée est en train de remonter. Tu restes trainer un peu et tu vois pourquoi il fallait s’arrêter de bosser. En remontant, la mer ramène au moins autant de merde que ce que tu as précédemment retiré. Ce mécanisme est un éternel recommencement à chaque marée, tant que la mer a encore de la merde à vomir.

La révolte fait place à la lassitude. Oui, les plages sont dégueulasses, mais j’ai autre chose à faire cette après-midi. Du coup, tu n’y vas plus quand tu peux. Faut quand même être con pour se peler le cul sur la plage en plein mois de janvier. Je me rappelle d’un truc marrant. Le campus dans lequel je faisais mes études était grossomodo à 2 ou 3 kilomètres de la cote. Le jeudi après-midi était normalement réservé au sport. Pendant les mois de janvier et février, l’université offrait le repas de midi au restaurant universitaire pour ceux qui allaient ensuite nettoyer les plages. C’était l’occupation sport de l’époque.

Ievoli Sun

Le Ievoli Sun est un chimiquier qui a fait naufrage fin octobre 2000 au nord de la Bretagne. Là encore je me souviens bien des circonstances dans lesquelles j’ai appris ça. Gros sentiment de révolte. 9 ou 10 mois auparavant tu nettoyais les plages de l’Erika et là un chimiquier qui coule avec notamment du styrène. Tu te dis que ce n’est qu’un éternel recommencement. Les médias passent à autre chose, toi aussi.

Prestige

En 2002, il y a eu le naufrage du Prestige. Là aussi désastre écologique, principalement sur les cotes portugaises et espagnoles. En Bretagne on a eu un peu de pétrole aussi, mais pas beaucoup ; quelques petites boulettes sur les plages, juste un truc à se salir les chaussures en allant marcher sur la plage. Oui mais nous on avait eu l’Erika. Du coup, je savais nettoyer des chaussures souillées au pétrole, ou dérivés. Un peu de gasoil – oui le gasoil est très bon pour détacher du pétrole – un chiffon sec et hop, les chaussures sont comme neuves. En Bretagne on a du pétrole et des idées. Hein !

Procès de l’Erika

Le procès a débuté en février 2007, sept années après le naufrage. Bien sûr, ils sont tous innocents, ils n’y peuvent rien, etc. J’ai suivi de très loin ce procès, lisant quelques articles de synthèse et voilà. Une première fois jugé coupable Total a bien sûr fait appel. Aujourd’hui l’appel a été cassé. 13 ans après le naufrage Total se voit donc obligé de payer une amende de 375 000 euros au motif de pollution maritime.

Je crois que depuis 13 ans, je me suis totalement blasé de ce genre d’évènement. Il en est arrivé tant, il en arrivera encore d’autres (Hein Deepwater Horizon…). C’est la vie.

Ah oui et puis 375 000 euros d’amende, ça ne fait jamais que 0,0002 % du chiffre d’affaire annuel de Total. Et pour 20 000 tonnes de produits pétroliers en mer, ça ne fait que 2% de la quantité d’hydrocarbure qu’il resterait au large de la Bretagne dans diverses épaves non nettoyées. (Chiffre que je tiens d’une étude publiée dans le magazine Science & Vie à l’époque)

Mais pourquoi on en parle tant en fait ?

(Désolé, c’était mon billet cynique de l’année)

Francocentrisme

8 septembre 2012

Hier soir je dinais sur Paris avec d’autres personnes investis dans Wikipédia. Nous avons eu des discussions diverses et variées sur Wikipédia et sur d’autres choses. Avec des suisses d’un coté et des français de l’autre, nous avons naturellement un peu abordé les problèmes de francocentrisme. Le francocentrisme est cette capacité à écrire un article en mettant la France au centre de tout. Cette discussion, très sympa, m’a donné envie d’écrire un billet sur le sujet. Ainsi donc, ce matin, me voilà à débuter la rédaction.

Les besoins primaires de la vie m’ont interrompu et nous voilà parti au marché pour faire les courses du week-end. Me voilà ce samedi matin au marché de Clichy, avec mon idée de billet de blog qui traine dans la tête.

Et puis j’arrive chez le fromager, j’y suis avec la fille de l’amie chez qui je passe le week-end. Voyant une Tête de Moine, celle-ci me demande ce que c’est.

De la Tête de Moine. Crédit : Mike Lehmann CC By SA

Je commence à lui expliquer qu’il s’agit d’un fromage du Jura. Et là le fromager me coupe gentiment et me dit :

Non, la Tête de Moine n’est pas un fromage du Jura, c’est un fromage suisse.

Et me voilà donc à expliquer que non le Jura n’est pas que en France, et que les suisses ont même donné ce nom à un de leurs cantons.

Bref, le francocentrisme n’est pas la propriété des wikipédiens.

Montebourg, pas bon en histoire

27 août 2012

Hier, dimanche 26 août, Arnaud Montebourg – le ministre du redressement productif de la France – a fait quelques déclarations relatives à la politique énergétique française.

En résumé, le fond de son discours c’est la France ne sort pas du nucléaire. Citons le directement :

le nucléaire est une filière d’avenir.

Certains se félicitent d’un tel discours, d’autres pas. Pour ma part, je me suis arrêté sur une phrase de Montebourg :

Grâce au nucléaire, l’industrie française a pu passer les épreuves, y compris les chocs pétroliers, la crise…, a-t-il ajouté, c’est une énergie abordable.

Hum, je crois que monsieur Montebourg a besoin de quelques cours d’histoire. Le premier choc pétrolier a lieu en 1973, le prix du barril de brut quadruple entre octobre 1973 et janvier 1974. Le second a lieu en 1979, le prix du barril triplant quasiment entre mi 1978 et 1981. Pour rappel, la part du nucléaire dans la production d’électricité en France se montait à 8,2% en 1973 et 16,7% en 1979.

J’ai quand même du mal à concevoir que le nucléaire ait pu avoir une influence sur la gestion des chocs pétroliers vu l’importance faible qu’il avait ces années là. Il ne faut pas non oublier qu’il s’agit de la part sur la production d’électricité et non sur l’ensemble d’énergie consommée en France ces années. L’influence du nucléaire y est donc encore plus négligeable.

Alors effectivement, le nucléaire a été présenté comme une solution à la montée du prix du pétrole. C’est notamment pour cela que cette filière a été développé en France, mais il ne faut pas dire qu’elle avait une influence en 1973 ou 1979.

Débat politique dans la sixième circonscription des Français établis hors de France

15 mai 2012

Fait nouveau cette année, les français établis hors de France vont pouvoir voter pour élire des représentants à l’assemblée nationale. Ainsi, le reste du monde a été découpé en onze circonscriptions législatives parmi lesquelles on trouve la sixième qui regroupe la Suisse et le Liechtenstein.

Le parti des Verts Libéraux du canton de Vaud a eu la bonne idée de proposer hier soir un débat entre tous les candidats à cette circonscription ; deux sujets pour le débat :

  • la libre circulation ;
  • la politique énergétique.

Tous les candidats ne sont pas venus, il manquait notamment les représentantes de l’UMP et du PS ; la première excusée, la seconde avait dépêché son suppléant. La soirée a été découpée en deux discussions de une heure avec un lot de candidats différents.

Libre circulation, espace Schengen :

Dans un premier temps, Pierre-Jean Duvivier (indépendant), Laïla Barki (Parti Radical de Gauche), Joseph Kuszli (Parti Social Démocrate pour la Grande-Europe), Micheline Spoerri (droite indépendante) et Louis Lepioufle (suppléant de la candidate du Parti socialiste) ont débattu sur la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen. En fait, assez rapidement, le débat m’a semblé partir sur Y’a-t-il trop d’étrangers en France. Plusieurs fois, il a été tenté de recentrer le débat sur ce qui peut aussi concerner les français établis hors de France : Qu’est-ce que nous apporte Schengen et comment ferait-on sans ? Cette partie de la soirée ne m’a pas franchement passionnée ; entre la candidate de la droite indépendante que j’ai trouvé ultra-agressive dans ses propos envers les autres candidats et le public, entre la candidate du Parti Radical de Gauche qui ne sait pas parler assez en fort en public (du coup, je n’ai pas entendu un traitre mot de sa part), entre le suppléant de la candidate PS que j’ai trouvé sans charisme (Je suis venu parce que ma cheffe m’a dit, hein, mais je ne sais pas pourquoi je suis là), etc, ce fut un grand moment de politique.

J’ai néanmoins noté deux échanges qui m’ont plus. À un moment, le candidat indépendant relève des propos et dit :

C’est tout le problème de la politique, les candidats en campagne font des promesses qu’ils sont incapables de tenir et naturellement ne les tiennent pas.

Réponse d’un autre candidat :

Ah mais c’est normal monsieur, c’est de la politique.

Donc mentir dans sa campagne pour tenter d’être élu est quelque chose de normal. J’aime la politique …

L’autre échange que j’ai relevé est croustillant. Les candidats parlent des résidants étrangers en France, une personne évoque le chiffre de 5% d’étrangers en France. Sur quoi mon voisin de derrière rebondit par un :

Ah, mais 5% c’est déjà trop !

Ce cher monsieur est français et il vit en Suisse. Les débats avaient lieu à Lausanne, dans le canton de Vaud. Le pourcentage de résidants permanents du canton de Vaud de nationalité étrangère est de … 30%. 5% d’étrangers dans un pays dans lequel il ne vit pas c’est trop, 30% dans celui dans lequel il vit – en étant étranger – ne le gène pas. On mesurera tous l’ironie de la situation.

Politique énergétique : pour ou contre le nucléaire

La seconde partie de la soirée m’intéressait beaucoup plus, en fait. Didier Salavert (Indépendant libéral), Marie-Françoise d’Anglemont de Tassigny (Parti Radical de droite), Magali Orsini (Front de Gauche), Ximena Kaiser-Morris (Europe Ecologie – Les Verts) et Odile Mojon (Solidarité et Progrès) ont donc débattu de la politique énergétique. On notera la malice du plan de table d’avoir placé la candidate des Verts à coté de celle de Solidarité et Progrès, ce dernier est le parti qui milite ouvertement pour un renforcement du nucléaire ; vous savez le parti de Jacques Cheminade.

Ce débat a été totalement phagocyté par la question du nucléaire : pour ou contre. Je ne vais pas refaire ici le match, on connait tous les arguments des uns et des autres. Je relève juste le discours de la candidate de Solidarité et Progrès qui de son coté nous a gratifié d’un :

Ah, mais il n’y a pas eu de morts à Fukushima !

Je salue l’exploit sportif de l’acte. Le tollé suscité dans la salle par cette phrase fut l’évènement de la soirée.

Plus sérieusement, j’ai été un peu déçu que de vraies questions viennent en fait très tard, ou pas du tout. La question des économies d’énergie est arrivée en tout fin de débat, la mobilité et donc les transports n’ont pas été évoqués, pas un mot sur la rénovation du parc immobilier en France (chauffage), Kyoto et le CO2 pas plus. Pour ou contre le nucléaire a été omniprésent dans le débat, avec des discussions sur comment produire autrement de l’électricité.

Dans ce cadre, il y a eu un échange très intéressant entre M. Salavert (Indépendant libéral) et Mme Orsini (Front de Gauche). M. Salavert nous explique qu’actuellement nous sommes dans une situation verticale entre la production et la consommation d’électricité : une entité productrice, peu de sites de productions qui distribuent en bas à des consommateurs. Il y a donc le niveau supérieur : société productrice, le niveau inférieur : consommateur. Le système actuel ne permet pas à un privé de produire de l’électricité et de la revendre à son voisin. Il nous explique que son idéal serait une situation horizontale dans laquelle chaque consommateur pourrait être producteur, ainsi un particulier pourrait produire de l’électricité dans sa propriété (éolien, solaire, hydro, etc) et revendre cette dernière à ces voisins, sans devoir passer par l’entité centrale. Une situation à reproduire sur l’ensemble du territoire ; à ce titre je vous invite à lire ce billet que j’avais écrit. La candidate du front de gauche s’est vivement opposée à cette idée. Elle conçoit l’idée de son concurrent visiblement comme de l’ultralibéralisme économique et non comme une réponse aux problèmes de distribution et de polarisation du réseau électrique français ; on peut tenter d’éclater le réseau de production et de distribution tout en y mettant des verrous en termes de prix. Ainsi elle se positionne ouvertement pour un système ultra centralisateur, et fait – à mon avis – complètement le jeu du tout nucléaire.

Conclusion 

J’ai donc découvert une partie des candidats aux législatives dans ma circonscription. La candidate qui visiblement emportera le lot final n’était pas là (Mme Schmid, UMP). Bref, entre les candidats qui disent devant leurs électeurs que oui ils mentent dans leurs campagnes, entre ceux qui ne connaissent visiblement pas les sujets de débat de la soirée, etc, ça me donne une très piètre image de la politique de mon pays.

Ca donne plus envie de m’investir dans celle du pays qui m’accueille.

Elections

26 avril 2012

Dans 10 jours, dimanche 6 mai, je dois aller voter pour le second tour des élections présidentielles françaises. J’ai le choix entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le vote blanc étant considéré comme un vote non-valide, ça revient à ne pas aller voter. Je ne le considère pas comme un choix.

J’ai beaucoup de contacts avec des personnes vivants en France, notamment parce que j’y ai vécu 28 ans. Via Facebook ou le téléphone (vous savez le truc avec lequel on gardait contact quand FB n’existait pas), je vois comment certains français vont voter à cette élection. J’ai l’impression qu’on est pas du tout dans un débat d’idées ou d’opinions, mais plus dans une démarche : voter contre le petit nerveux aux talonnettes ou contre flamby. Ca me désole un peu.

Au premier tour, je n’avais voté ni pour l’un ni pour l’autre de ces deux candidats. Hier soir, j’ai pris soin de lire les programmes de ces deux candidats ; ce que j’ai reçu par la poste mais aussi les programmes détaillés présents sur les sites webs. Je me suis attardé sur une problématique que – pour ma part – je juge importante voire fondamentale : je parle de l’énergie. Je vais ici détailler la lecture que j’en ai eu.

Le programme de François Hollande est découpé en 60 points, les considérations énergétiques occupent les points 41, 42 et 43. Je note que c’est déjà bien relegué au fond. Il axe son programme énergétique sur trois idées principales :

  • la fourniture d’électricité : préserver l’indépendance énergétique de la France, passer le nucléaire de 75 à 50% (horizon 2025), soutien au développement des énergies renouvelables, modernisation de l’outil nucléaire ; tout cela avec Kyoto en toile de fond ;
  • tarification progressive de l’eau, l’électricité et le gaz, pour inciter à faire des économies et pour sortir de la précarité énergétique des foyers français ;
  • rénovation des bâtiments pour en réduire la consommation de chauffage, avec l’idée de créer des emplois pour cela et d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages.

Dès le premier point – préserver l’indépendance énergétique de la France - je me suis étranglé. Le minerai d’uranium a effectivement peu de valeur énergétique quand il est extrait d’une mine. C’est son enrichissement qui lui donne une plus-value considérable. Tout l’uranium utilisé en France est importé, il est ensuite enrichi en France. Sous le prétexte que l’enrichissement soit fait en France, on comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie dite indigène, donc non-importée. C’est oublier que l’uranium est importé d’Australie, du Canada, du Gabon et du Niger, principalement. Bref, en termes d’électricité la France n’est pas et n’a jamais été indépendante. Et de façon globale sur l’énergie, la dépendance aux produits pétroliers – quasi intégralement importés – fait que la France n’a aucune indépendance énergétique. Ici ce programme me donne l’impression de vouloir se mettre personne à dos, on joue sur les deux tableaux : nucléaire et énergies renouvelables.

Le second point est intéressant, il s’agit d’inciter par le porte-monnaie à réduire la consommation énergétique. Il faut néanmoins faire attention, tous les français n’ont pas la maitrise des biens qu’ils utilisent. Je pense notamment à des locataires dans un appartement mal isolé. Le propriétaire ne paye pas les charges, il n’a aucune pression pour rénover son bien. L’idée est très bonne, mais elle nécessite surement quelques adaptations.

Le troisième point est très bon. Ceci dit, ce n’est pas François Hollande qui a la paternité de l’idée. Cela fait des années que tout le monde dit qu’il faudrait un vaste programme de rénovation thermique des locaux en France. La différence entre ce que les bâtiments consomment aujourd’hui et ce qu’il est possible de faire est colossale.

Le programme de Nicolas Sarkozy est découpé en 18 grands thèmes, la partie relative à l’énergie est la … dernière. Même remarque que pour François Hollande, c’est mis bien au fond. Dans ce thème, quatre parties distinctes sont évoquées :

  • confirmer le choix du nucléaire pour éviter toute augmentation de la facture d’électricité des ménages, on y vante le fait que cette énergie est la moins émettrice de CO2 et qu’elle fournit du travail à 400 000 personnes en France ;
  • création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, avec pour finalité de mobiliser la communauté internationale
    autour des enjeux du développement durable ;
  • tenir l’objectif de 23%  de notre consommation finale en énergies renouvelables en 2020 ;
  • développement des filières industrielles en lien avec le développement durable.
Pareil que pour François Hollande, je me suis étranglé dès le premier point. Les centrales nucléaires françaises commencent toutes à avoir de l’âge, il va falloir les remplacer. En Normandie, il se construit l’EPR (une centrale nucléaire de nouvelle génération). La puissance électrique de l’EPR n’est pas sensiblement très supérieure à celle des derniers réacteurs de génération précédente mise en service. La quantité d’électricité fournie par un EPR ne sera donc pas beaucoup supérieure à ce qu’il se fait aujourd’hui. En revanche, le coup unitaire de construction est très supérieur. Il faudrait donc arrêter de mentir. L’EPR va augmenter le prix de l’électricité  ; ce qui est aussi le cas des énergies renouvelables, je suis d’accord. En ce qui concerne les emplois, certes le nucléaire fournit des emplois, mais quand la SNCF a passé ses locomotives du pétrole et l’électricité, je crois qu’elle a laissé des conducteurs dedans. Changer de vecteur énergétique signifie aussi migrer les emplois de l’un à l’autre.
Une Organisation Mondiale de l’Environnement est une belle idée, qui n’a pas attendu la campagne présidentielle pour être proposée. Peut-être faudrait-il pousser un projet qui existe déjà plutôt que de vouloir réinventer la roue.
L’objectif de 23% de la consommation finale en énergies renouvelables en 2020, ça sent bon le chiffre balancé comme ça. On ne donne pas cette part aujourd’hui, afin de juger où est l’objectif par rapport à notre situation actuelle. On donne donc un objectif dans donner le point de départ et sans même évoquer un embryon de moyen pour y parvenir. Ca donne l’impression qu’il fallait une phrase de plus où placer énergie renouvelable.
En dernier lieu, on nous parle de Développer toutes les filières industrielles en lien avec le développement durable. Chez François Hollande, il y avait un message similaire : Je favoriserai la montée en puissance des énergies renouvelables en soutenant la création et le développement de filières industrielles dans ce secteur. Ca donne l’impression qu’en fait le message est le même. Le programme qu’il soit de l’UMP ou du PS est – pour ce domaine – le même. C’est aussi intéressant de noter que les deux évoquent l’industrie, personne n’évoque les petites entreprises. Le futur de l’énergie ce n’est pas un ou deux gros poles de production pour toute la France, c’est plutôt un éclatement des sites de production, on le voit avec les énergies renouvelables. Il me semble donc qu’il serait intéressant aussi d’aider les petites entreprises locales ; que ce soit par rapport à la problématique énergétique, mais aussi en termes d’emplois locaux.
Conclusion
Les deux programmes m’ont l’air en fait très creux. Ils proposent de vagues idées générales, sans réels objectifs innovants ou percutants. J’ai comme l’impression qu’en 2017, la France sera pour ce secteur dans la même situation qu’aujourd’hui, avec rien de fait.

Paradoxe

14 avril 2012

Dans une semaine a lieu le premier tour des élections présidentielles françaises. Je suis inscrit sur le registre des français à l’étranger, j’ai donc le droit de voter pour ces élections depuis la Suisse. Il s’agit des troisièmes élections présidentielles auxquelles je vais voter : après celles de 2002 et 2007.

C’est très paradoxal, mais en fait il a fallu que je vienne habiter à l’étranger pour me rapprocher de mon bureau de vote. En effet, lors des précédentes élections j’étais plutôt loin de mon bureau de vote, quelques kilomètres. En Suisse, j’habite dans une petite commune de 8500 habitants et je vais avoir la joie de trouver mon bureau de vote dans le village, tout proche de la maison.

Bref, fallait venir à l’étranger pour avoir un bureau de vote proche, paradoxal.

Petit rajout du 22 avril 2012  (jour du vote) ; je me rend compte qu’en fait c’est la première fois que je voterai par moi même aux présidentielles françaises. En 2002 et 2007, j’avais voté par procuration.

Le nucléaire, l’ennemi du bien pour la gestion d’un réseau électrique ?

21 février 2012

Titre probablement un brin provocateur, on gagne des lecteurs comme on peut. :)

La France a centré sa production d’électricité sur la filière nucléaire. En Suisse, 45% de l’électricité provient de cette filière. On peut néanmoins faire une analogie commune aux deux pays : dans les deux cas la production de chaque unité a augmenté au fil du temps. Et cela est source – à mon sens – de problèmes.

Doublement à triplement des puissances de réacteurs

En France, dans les années 1960, des réacteurs d’environ 500 MW (puissance électrique) ont été mis en service dans les centrales de Chinon, Saint-Laurent et du Bugey. Ils sont tous aujourd’hui arrêtés. Dans les réacteurs encore en activité, il y a Fessenheim avec des réacteurs de 880 MW pour finir par Chooz avec 1500 MW. En un peu plus de dix ans, la puissance unitaire d’un réacteur a été multiplié par 1,7.

En Suisse, le constat est le même. Entre Beznau et Leibstadt, en l’espace de 15 ans, la puissance unitaire d’un réacteur mis en service est passée de 365 MW à 1165 MW. Ici on a un triplement de la puissance.

Plus ça produit mieux c’est

Pour un producteur d’électricité, il y a de réels avantages à ce que sa centrale ait la puissance la plus élevée possible. En doublant la puissance d’un réacteur, on ne double pas la surface de la centrale au sol : il faudra toujours une installation de refroidissement, un alternateur, des locaux administratifs, etc. Bref, un entrepreneur s’il doit s’enquiquiner avec les autorisations, les oppositions, les manifestations, etc. il va faire en sorte de le faire pour un seul site et que ce site produise le plus possible. On pourrait rajouter aussi la contrainte de ressources humaines : une centrale quelle que soit sa puissance va demander moins de personnel que deux centrales. Bref, aux yeux du propriétaire tout pousse à ce que la centrale ait la puissance la plus élevée possible.

En France, la consommation d’électricité tend globalement à se stabiliser : 1% d’augmentation entre 2005 et 2010 selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Électricité). La Suisse suit aussi cette logique. Ainsi, l’augmentation de la puissance des réacteurs nucléaires ne vise surement pas à palier une forte augmentation de la demande. Cette augmentation doit avoir comme conséquence une diminution du nombre des unités de productions. On se dirige vers un système basé sur moins de réacteurs, mais plus puissants.

Cela est illustré par les projets en cours ; en travaux ou abandonné. En France, l’EPR en construction à Flamanville doit avoir une puissance de 1650 MW. En Suisse, avant que Fukushima ne vienne stopper tous projets, il y avait le projet d’une centrale nucléaire dans le Niederamt avec un réacteur mais deux puissances à l’étude : soit 1100 MW soit 1600 MW.

Mais cela soulève des problèmes

Dans un précédent billet, j’expliquais en quoi en France le déséquilibre dans la répartition des sites de production et de consommation pouvait mettre le réseau en difficulté. Réduire encore le nombre de sites de production, c’est augmenter encore la distance moyenne entre producteur et consommateur. Et donc aggraver le problème déjà présent. Le réseau électrique français a un problème structurel, mais on tend à agir dans le sens aggravant. Allez comprendre…

Le conseil fédéral suisse a officiellement annoncé l’arrêt des actuels centrales nucléaires à échéance de leurs durées de vies, sans qu’elles soient renouvelées. Néanmoins avant cette annonce, il y avait ce projet de centrale dans le Niederamt qui soulève un autre problème. En Suisse à l’heure actuelle nous avons 4 centrales pour 5 réacteurs nucléaires. Avec une consommation stable, si la puissance unitaire augmente, le nombre de réacteur diminue. À termes cela aurait signifié quoi pour la Suisse ? Deux, trois réacteurs pour la totalité du réseau ? Le problème est là. En cas de mis à l’arrêt du réacteur (toute installation a besoin de maintenance de temps en temps), on prive le réseau d’une part de plus en plus importante de la production ; fragilisant encore la capacité à fournir tous les consommateurs.

Le nucléaire, l’ennemi du bien pour la gestion d’un réseau électrique ?

En fait, le titre n’est pas si provocateur. Il montre du doigt un réel problème : on polarise le réseau sur quelques sites de productions, cette situation ayant les deux inconvénients cités plus haut ; inconvénients qui – il me semble – ne sont pas négligeables.

En termes de solution, à la lecture de ce billet, on pourrait préconiser la dissémination de plein de réacteurs nucléaires de puissance moyenne à travers le territoire. Ce n’est pas forcément là que je voulais en venir. Ne serait-il pas temps de vraiment mettre en avant les petites productions d’électricité mais de façon très large et étendue : mini-hydro par ci, éolienne par là, solaire à côté. À mon avis, un éclatement de la production est vraiment une voie à mettre en avant, plutôt qu’une polarisation.

Reste le problème du NIMBY (Not In My Back Yard), tout le monde veut de l’électricité mais personne ne veut voir d’éoliennes, de tour de centrale nucléaire, etc. au travers de sa fenêtre. On veut l’électricité sans en voir les désagréments. Et là, le nucléaire a un avantage colossal sur le reste des vecteurs énergétiques, il occupe peu de place au sol pour une très grosse production, donc peu de monde à embêter.

Froid, énergie, chauffage

3 février 2012

On en entend parler partout ces derniers jours : la vague de froid. Ce froid implique beaucoup de chose : sans-abris, état des routes, etc. Un des secteurs qui en souffre aussi est celui de la fourniture d’électricité.

Le chauffage électrique ça sert à réchauffer les poissons des rivières

Belle coïncidence, le froid arrive l’hiver quand les jours sont assez courts. Les besoins de chauffage sont donc au maximum quand les besoins d’éclairage le sont aussi. La France détient le record européen des ménages chauffés à l’électricité, environ 30% des ménages français se chauffent par ce vecteur énergétique. Pendant qu’en France on continue à autoriser des constructions neuves de ce type, d’autres pays l’ont purement et simplement interdit, on peut citer le Danemark. En Suisse, c’est partiellement interdit.

Il faut savoir que le rendement d’une centrale nucléaire est de l’ordre de 33%. Cela signifie qu’un tiers de l’énergie est effectivement transformée en électricité, les deux tiers restants sont rejetés dans l’environnement. 80% de l’électricité produite en France l’est par la filière nucléaire. Ainsi, pour chauffer ces 30% de foyers français, on chauffe nettement plus l’environnement qu’autre chose. Au doigt mouillé, on peut dire que pour 100 joules de chauffage dans une maison chauffée à l’électricité, un peu plus de 160 joules sont rejetés et chauffent les oiseaux et les poissons.

Le problème du réseau

Un autre aspect des choses aggrave la situation. En France, il y a de forts déséquilibres entre les zones de productions d’électricité et les zones de consommations.

Carte des centrales nucléaires françaises. Crédit : Sting & Roulex 45 CC By SA

Carte des centrales nucléaires françaises. Crédit : Sting & Roulex 45 CC By SA

Cette carte ne représente que les centrales nucléaires. Grossièrement, le nucléaire c’est 80% de ce qui est produit , le reste c’est moitié-moitié entre les barrages hydroélectriques et les centrales à fioul, charbon et gaz. On remarque assez vite que la répartition des centrales nucléaires est loin d’être homogène sur le territoire français. Il y a des zones avec une forte concentration de réacteurs ; les vallées du Rhône et de la Loire par exemple. On est allé chercher une source froide où il y en avait : les cours d’eau. Comme dit précédemment, une centrale nucléaire sert avant tout à réchauffer l’environnement. On en trouve aussi quelques-unes au bord de la Manche, il y avait de la place et peu de dégâts collatéraux sur le tourisme (amis nordistes et normands, je m’excuse pour cette vacherie).

Le problème réside dans l’acheminement de l’électricité, celle-ci est produite à un endroit et est acheminée par le réseau vers les sites de consommation. Plus le réseau doit faire passer d’électricité, plus il chauffe ; plus il est au bord de la rupture. En effet, si j’augmente le courant électrique dans un câble, celui-ci chauffe et se dilate. Ainsi l’hiver quand les câbles à très haute tension sont très sollicités, ils se dilatent plus qu’à l’accoutumé. En se dilatant, ils se rapprochent du sol, au contact du sol il se produit un court-circuit et tout le réseau tombe. En 2003, ce procédé a privé 56 millions de personnes d’électricité ; une première ligne disjoncte au passage d’un col dans les Alpes, mettant en surcharge une seconde sur un autre col ; le réseau italien tombe.

En France, il y a principalement deux zones qui souffrent de cette situation : le grand ouest avec comme extrême la Bretagne et la Côte d’Azur. Deux régions, mais deux raisons pas complètement identiques.

La Bretagne est une région plus densément peuplée que la moyenne française. On y trouve des industries consommatrices d’électricité, quelques grandes agglomérations ; la région a une demande conséquence d’électricité. Prenons une ville comme Brest, elle est située à 230 kilomètres du plus proche site de production d’électricité – dont la production ne soit pas assimilable à de l’erreur statistique – il s’agit de la centrale à fioul et charbon de Cordemais. La plus proche centrale nucléaire est à 340 kilomètres. Le réseau peine vraiment à soutenir la charge lors de ces périodes de fortes consommation. Pour tenter de diminuer le problème, un projet de centrale au gaz est à l’étude dans le Finistère.

Sur la Cote d’Azur, le mécanisme est un peu le même ; forte densité de population donc importante demande. Les sites de productions sont moins éloignés. En revanche, le transport d’électricité ne se fait ici que le long de la cote sur une ligne. Un projet de ligne à travers le Vercors est gelé par des oppositions environnementales. La distance est moins grande, mais le nombre de ligne est plus problématique.

Alerte orange

La situation est telle que cette semaine la Préfecture de Bretagne publiait un communiqué de presse parlant d’alerte orange EcoWatt. Il s’agit de demander aux habitants de le Bretagne de freiner leur consommation d’électricité. Le gestionnaire du réseau (RTE) en est à freiner ses clients pour pouvoir maintenir le service.

Situation problématique

Récement je visitais un appartement en France. Une construction neuve chauffée à l’électricité. J’ai posé la question quant aux performances thermiques du bâtiment ; classe D m’a-t-on répondu. On sait faire – sans que le surcoût soit exorbitant – le même logement mais avec une consommation trois fois inférieure.

En France, on a fait le choix de privilégier le chauffage électrique des locaux. Lors des périodes de fortes consommation, le réseau (production, distribution) arrive à ses limites. Si rien n’est fait il y a fort à parier que des coupures dans le réseau arriveront tôt ou tard.

Situation problématique, alors que des solutions existent : renforcement des normes sur les constructions neuves, aides à la rénovation, incitation à chauffer autrement (PAC, bois, réseau de chaleur, etc), etc.

Un truc m’échappe, ou pas.

Attaque de centrale nucléaire

7 décembre 2011

Lundi matin des militants de Greenpeace France se sont introduits dans une centrale nucléaire exploitée par EDF. Les médias nous disent que 9 personnes se sont introduites dans le périmètre de la centrale et que parmi eux deux sont parvenus à monter sur le toit du bâtiment hébergeant le réacteur nucléaire.

Greenpeace France nous annonce que leur action montre que le nucléaire sûr n’existe pas. Pour ma part, je suis un peu dubitatif quant à l’action et à la conclusion tirée.

Le séisme au Japon en mars dernier, le tsunami qui l’a suivi et leurs conséquences sur les installations nucléaires de Fukushima ont montré au grand public que le point faible d’une centrale nucléaire n’est pas le réacteur mais son système de refroidissement. Il semble en effet que les bâtiments dans lesquels se trouvent les réacteurs n’ont pas trop mal supporté la secousse et le raz-de-marée. Le gros problème est en fait venu des installations garantissant le refroidissement des réacteurs : pompes et circuit notamment. En rendant inopérant le système de refroidissement, l’événement (séisme + tsunami) a provoqué un accident allant jusqu’à la fusion des réacteurs. On en connait maintenant une partie des conséquences.

J’en reviens à Greenpeace et à son action sur la centrale de Nogent. Ils se sont introduits dans la centrale et sont montés sur le toit d’un réacteur. Et ? J’ai du mal à concevoir que deux personnes sur le toit d’un bâtiment abritant un réacteur nucléaire puissent parvenir à faire plus de dégâts qu’un tremblement de terre de magnitude 9. Même deux types avec des ceintures d’explosifs ne parviendraient pas à faire une brèche dans un mur comme ça.

Là où Greenpeace France a raté le coche, à mon avis, c’est qu’ils auraient du montrer qu’ils pouvaient (?) – en pénétrant dans la centrale – paralyser le système de refroidissement des réacteurs. Le grand public a découvert les conséquences d’une paralysie de refroidissement d’un réacteur. Il aurait été tellement parlant de lui montrer qu’en France on pouvait atteindre ces points sensibles …

Bref, je crois que Greenpeace France a préféré faire dans la pure démagogie plutôt que dans le vraiment instructif. Dommage.


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