Archives de la catégorie ‘Énergie’

Froid, énergie, chauffage

3 février 2012

On en entend parler partout ces derniers jours : la vague de froid. Ce froid implique beaucoup de chose : sans-abris, état des routes, etc. Un des secteurs qui en souffre aussi est celui de la fourniture d’électricité.

Le chauffage électrique ça sert à réchauffer les poissons des rivières

Belle coïncidence, le froid arrive l’hiver quand les jours sont assez courts. Les besoins de chauffage sont donc au maximum quand les besoins d’éclairage le sont aussi. La France détient le record européen des ménages chauffés à l’électricité, environ 30% des ménages français se chauffent par ce vecteur énergétique. Pendant qu’en France on continue à autoriser des constructions neuves de ce type, d’autres pays l’ont purement et simplement interdit, on peut citer le Danemark. En Suisse, c’est partiellement interdit.

Il faut savoir que le rendement d’une centrale nucléaire est de l’ordre de 33%. Cela signifie qu’un tiers de l’énergie est effectivement transformée en électricité, les deux tiers restants sont rejetés dans l’environnement. 80% de l’électricité produite en France l’est par la filière nucléaire. Ainsi, pour chauffer ces 30% de foyers français, on chauffe nettement plus l’environnement qu’autre chose. Au doigt mouillé, on peut dire que pour 100 joules de chauffage dans une maison chauffée à l’électricité, un peu plus de 160 joules sont rejetés et chauffent les oiseaux et les poissons.

Le problème du réseau

Un autre aspect des choses aggrave la situation. En France, il y a de forts déséquilibres entre les zones de productions d’électricité et les zones de consommations.

Carte des centrales nucléaires françaises. Crédit : Sting & Roulex 45 CC By SA

Carte des centrales nucléaires françaises. Crédit : Sting & Roulex 45 CC By SA

Cette carte ne représente que les centrales nucléaires. Grossièrement, le nucléaire c’est 80% de ce qui est produit , le reste c’est moitié-moitié entre les barrages hydroélectriques et les centrales à fioul, charbon et gaz. On remarque assez vite que la répartition des centrales nucléaires est loin d’être homogène sur le territoire français. Il y a des zones avec une forte concentration de réacteurs ; les vallées du Rhône et de la Loire par exemple. On est allé chercher une source froide où il y en avait : les cours d’eau. Comme dit précédemment, une centrale nucléaire sert avant tout à réchauffer l’environnement. On en trouve aussi quelques-unes au bord de la Manche, il y avait de la place et peu de dégâts collatéraux sur le tourisme (amis nordistes et normands, je m’excuse pour cette vacherie).

Le problème réside dans l’acheminement de l’électricité, celle-ci est produite à un endroit et est acheminée par le réseau vers les sites de consommation. Plus le réseau doit faire passer d’électricité, plus il chauffe ; plus il est au bord de la rupture. En effet, si j’augmente le courant électrique dans un câble, celui-ci chauffe et se dilate. Ainsi l’hiver quand les câbles à très haute tension sont très sollicités, ils se dilatent plus qu’à l’accoutumé. En se dilatant, ils se rapprochent du sol, au contact du sol il se produit un court-circuit et tout le réseau tombe. En 2003, ce procédé a privé 56 millions de personnes d’électricité ; une première ligne disjoncte au passage d’un col dans les Alpes, mettant en surcharge une seconde sur un autre col ; le réseau italien tombe.

En France, il y a principalement deux zones qui souffrent de cette situation : le grand ouest avec comme extrême la Bretagne et la Côte d’Azur. Deux régions, mais deux raisons pas complètement identiques.

La Bretagne est une région plus densément peuplée que la moyenne française. On y trouve des industries consommatrices d’électricité, quelques grandes agglomérations ; la région a une demande conséquence d’électricité. Prenons une ville comme Brest, elle est située à 230 kilomètres du plus proche site de production d’électricité – dont la production ne soit pas assimilable à de l’erreur statistique – il s’agit de la centrale à fioul et charbon de Cordemais. La plus proche centrale nucléaire est à 340 kilomètres. Le réseau peine vraiment à soutenir la charge lors de ces périodes de fortes consommation. Pour tenter de diminuer le problème, un projet de centrale au gaz est à l’étude dans le Finistère.

Sur la Cote d’Azur, le mécanisme est un peu le même ; forte densité de population donc importante demande. Les sites de productions sont moins éloignés. En revanche, le transport d’électricité ne se fait ici que le long de la cote sur une ligne. Un projet de ligne à travers le Vercors est gelé par des oppositions environnementales. La distance est moins grande, mais le nombre de ligne est plus problématique.

Alerte orange

La situation est telle que cette semaine la Préfecture de Bretagne publiait un communiqué de presse parlant d’alerte orange EcoWatt. Il s’agit de demander aux habitants de le Bretagne de freiner leur consommation d’électricité. Le gestionnaire du réseau (RTE) en est à freiner ses clients pour pouvoir maintenir le service.

Situation problématique

Récement je visitais un appartement en France. Une construction neuve chauffée à l’électricité. J’ai posé la question quant aux performances thermiques du bâtiment ; classe D m’a-t-on répondu. On sait faire – sans que le surcoût soit exorbitant – le même logement mais avec une consommation trois fois inférieure.

En France, on a fait le choix de privilégier le chauffage électrique des locaux. Lors des périodes de fortes consommation, le réseau (production, distribution) arrive à ses limites. Si rien n’est fait il y a fort à parier que des coupures dans le réseau arriveront tôt ou tard.

Situation problématique, alors que des solutions existent : renforcement des normes sur les constructions neuves, aides à la rénovation, incitation à chauffer autrement (PAC, bois, réseau de chaleur, etc), etc.

Un truc m’échappe, ou pas.

Confusion énergie / puissance

1 février 2012

L’énergétique est mon métier, alors quand j’entends ou lis des erreurs ou des approximations à ce sujet je ne peux rarement m’empêcher de corriger. Ce matin j’ai lu quelqu’un évoquer une actualité liée à la Formule 1 et à la présentation d’une nouvelle voiture et commettre cette confusion. Il a tenu ses propos :

elle a un récupérateur d’énergie au freinage, qui permet de délivrer 50ch à chaque tour

J’expliquerai l’erreur de cette phrase plus bas. Dans un premier temps, je souhaite préciser que je ne veux nullement montrer du doigt la personne en question. Cette confusion, énergie/puissance, on la trouve très régulièrement y compris dans des journaux jugés sérieux. Disons que la discussion de ce matin m’a motivé à écrire un rapide billet pour préciser les choses.

Alors, allons y !

L’énergie c’est la puissance multipliée par le temps.

La puissance est une valeur instantanée. Elle peut correspondre à la puissance (en Watt et multiples) qu’une centrale nucléaire produit à un instant précis. Elle peut correspondre à la puissance du moteur d’une voiture (souvent exprimée en ch), c’est une puissance correspondante à un cas précis, etc.

Quant à elle, l’énergie est fonction du temps. Si je reviens à ma centrale nucléaire, je dois préciser pendant quel laps de temps elle produit telle quantité d’énergie. Donner une énergie produite sans préciser l’intervalle de temps ne veut quasi rien dire. Pour ma voiture, quand je parle de la quantité d’énergie j’évoque non pas un temps, mais une distance. Ma voiture consomme 5 litres pour 100 kilomètres ; les valeurs énergétiques des carburants sont normalisées donner un volume d’essence c’est donner une quantité d’énergie. Ici j’ai donc une quantité d’énergie bornée sur une étendue (100 km).

Ainsi, l’énergie électrique que j’ai consommée pour écrire ce billet, c’est la puissance électrique que mon ordinateur soutirait au réseau multipliée par le temps que cela m’a été nécessaire. En termes de chiffres, dans le cas présent on peut dire que mon ordinateur prélevait 100 Watt sur le réseau (ordre de grandeur et chiffre rond…). Je suis un peu lent, il m’a donc fallu une heure pour l’écrire. Avec une puissance prélevée de 100 Watt pendant une heure, j’ai consommée une énergie de 100 Watt.heure, qu’on peut noter o,1 kWh.

À mon sens, une des raisons de la confusion vient probablement du fait que le Watt est une unité de puissance et le Watt.heure une unité d’énergie. La trop forte similitude à l’oreille génère des confusions ou des imprécisions. Cela induit chez beaucoup de personnes une incompréhension de quelle unité correspond à quoi. Je ne listerai pas ici le nombre de fois où j’ai pu lire ou entendre dans des médias des phrases du type : la centrale de XX produisant 1500 MW d’énergie électrique, ou d’une puissance de 20 KWh, etc. etc.

Notre Formule 1

elle a un récupérateur d’énergie au freinage, qui permet de délivrer 50ch à chaque tour

Notre Formule 1 a effectivement un récupérateur d’énergie. On parle d’énergie cinétique (masse de la voiture multipliée par le carré de la vitesse, le tout divisé par deux) pour quantifier l’énergie d’un corps qui se déplace. Plus la vitesse est importante, plus cette énergie l’est. Un freinage de voiture, c’est transformer cette énergie cinétique en chaleur. On serre les freins, la voiture ralentit, les freins chauffent. En Formule 1, on va utiliser une bobine électrique qui s’opposant au mouvement de rotation des roues (les ralentissant) va créer de l’électricité. Cette électricité est stockée en batteries pour être réutilisée dans un moteur électrique pour servir d’appoint d’accélération.

Donc, notre Formule 1 à chaque freinage génère de l’électricité qu’elle stocke en batterie. Ce système de récupération d’énergie – appelé KERS – peut ponctuellement délivrer une puissance supplémentaire en se servant de cette énergie. Effectivement, il peut ponctuellement (à un instant t, un infiniment petit) générer 50 ch supplémentaires à la voiture. Mais dire qu’il génère 50 ch à chaque tour, non. À chaque tour, il permet de délivrer une quantité d’énergie (en Joule, Wh, calorie, etc.). Il serait d’ailleurs intéressant de savoir quelle est cette quantité d’énergie que l’on pourrait comparer au volume d’essence consommé sur un tour, qui lui aussi est une quantité d’énergie.

Résumé

Pour faire court :

  • la puissance s’exprime en Watt, mais aussi en cheval vapeur (ch) ;
  • l’énergie s’exprime en Joule, Watt.heure et calorie ;
  • l’énergie c’est la puissance multipliée par le temps ;
  • une puissance est donc une énergie divisée par un temps ;
  • une puissance est donc toujours instantanée ;
  • si l’on évoque une grandeur consommée ou produite au cours d’un intervalle de temps, il ne peut s’agir que d’une énergie et non d’une puissance.

Voili, voilà.

Note pour nos amis français ; la puissance fiscale d’une voiture (celle de votre carte grise) est tout sauf une unité de puissance. Il s’agit d’un barème fiscal et rien d’autre. Ce n’est pas représentatif de la puissance réelle de votre voiture.

Attaque de centrale nucléaire

7 décembre 2011

Lundi matin des militants de Greenpeace France se sont introduits dans une centrale nucléaire exploitée par EDF. Les médias nous disent que 9 personnes se sont introduites dans le périmètre de la centrale et que parmi eux deux sont parvenus à monter sur le toit du bâtiment hébergeant le réacteur nucléaire.

Greenpeace France nous annonce que leur action montre que le nucléaire sûr n’existe pas. Pour ma part, je suis un peu dubitatif quant à l’action et à la conclusion tirée.

Le séisme au Japon en mars dernier, le tsunami qui l’a suivi et leurs conséquences sur les installations nucléaires de Fukushima ont montré au grand public que le point faible d’une centrale nucléaire n’est pas le réacteur mais son système de refroidissement. Il semble en effet que les bâtiments dans lesquels se trouvent les réacteurs n’ont pas trop mal supporté la secousse et le raz-de-marée. Le gros problème est en fait venu des installations garantissant le refroidissement des réacteurs : pompes et circuit notamment. En rendant inopérant le système de refroidissement, l’événement (séisme + tsunami) a provoqué un accident allant jusqu’à la fusion des réacteurs. On en connait maintenant une partie des conséquences.

J’en reviens à Greenpeace et à son action sur la centrale de Nogent. Ils se sont introduits dans la centrale et sont montés sur le toit d’un réacteur. Et ? J’ai du mal à concevoir que deux personnes sur le toit d’un bâtiment abritant un réacteur nucléaire puissent parvenir à faire plus de dégâts qu’un tremblement de terre de magnitude 9. Même deux types avec des ceintures d’explosifs ne parviendraient pas à faire une brèche dans un mur comme ça.

Là où Greenpeace France a raté le coche, à mon avis, c’est qu’ils auraient du montrer qu’ils pouvaient (?) – en pénétrant dans la centrale – paralyser le système de refroidissement des réacteurs. Le grand public a découvert les conséquences d’une paralysie de refroidissement d’un réacteur. Il aurait été tellement parlant de lui montrer qu’en France on pouvait atteindre ces points sensibles …

Bref, je crois que Greenpeace France a préféré faire dans la pure démagogie plutôt que dans le vraiment instructif. Dommage.

Consommer moins d’électricité ?

27 mai 2011

Dans le billet précédent j’ai évoqué le fait qu’une des clefs de la sortie du nucléaire passerait par une baisse de la consommation électrique. Est-ce réellement faisable ?

Une réponse

Je vais donner une réponse basée sur ma seule expérience du quotidien. Ce n’est donc pas LA réponse.

Je vis dans un immeuble collectif avec deux appartements par niveaux. Au niveau 0 et 1 les appartements sont globalement identiques, au niveau 2 les appartements sont plus grands (duplex dans les combles). Le 12 avril dernier je me suis amusé à faire un relevé des compteurs électriques de tout l’immeuble, mes voisins et moi.  J’ai refait ce relevé ce matin. En voici un détail :

  • niveau 0 – gauche : 282 kWh en 45 jours ;
  • niveau 0 – droit : 202 kWh en 45 jours ;
  • niveau 1 – gauche : 272 kWh en 45 jours ;
  • niveau 1 – droit : 252 kWh en 45 jours ;
  • niveau 2 – gauche : 134 kWh en 45 jours ;
  • niveau 2 – droit : 336 kWh en 45 jours ;

Ces comparaisons sont à prendre avec des pincettes. En premier lieu, la période d’étude est très courte, ainsi un appartement vide pendant une semaine ou deux (vacances) ça fausse tout. L’idéal serait de le faire sur une période contiguë de 12 mois afin de niveler tous ces aléas. Ensuite, parmi ces 6 appartements un (niveau 2 – droit) n’utilise pas la buanderie commune mais dispose d’une machine à lavée le linge et d’un sèche-linge privatif. Ainsi les besoins liés au linge apparaissent dans les charges communes pour les 5 autres, mais dans le relevé privatif pour celui-ci.

Je vais donc exclure l’appartement "niveau 2 – droit" de la comparaison parce que sa sur-consommation est très probablement due – en partie – à des appareils que les autres appartements utilisent sur les charges communes. Donc comparons !

Quatre appartements ont une consommation regroupés entre 202 et 282 kWh. Un autre est plutôt faible consommateur à 132 kWh. Étrangement l’appartement consommant le moins – niveau 2 – gauche – est le plus grand des 5. En fait, je le connais bien, c’est le mien. Sa consommation est pratiquement la moitié de celle des autres : toutes les ampoules y sont à économie d’énergie, ses occupants tendent à éteindre au maximum les appareils quand ils servent pas (je sais, parfois j’oublie…).

Pour ma part, j’en conclue qu’il y a une réelle influence de l’occupant et de sa volonté sur la consommation. La comparaison vaut ce qu’elle vaut, je la referai le 12 avril 2012 pour avoir une période de 12 mois.

Faut-il que j’aborde la chose avec mes voisins ? (surtout avec ceux qui ne veulent pas d’éoliennes à la sortie du village…)

La Suisse sans nucléaire ?

26 mai 2011

Hier Doris Leuthard, la cheffe du DETEC (département fédéral ayant en charge notamment l’énergie et l’environnement), annonce au nom du Conseil fédéral la fin programmée du nucléaire civil en Suisse. La décision doit encore passer par le parlement, mais il semblerait que vu la couleur des chambres, une majorité soutenant cette décision sera trouvée.

Que dit cette annonce ?

En fait, lors de la conférence de presse, il a été annoncé que les 5 réacteurs nucléaires (industriels) seraient arrêtés après 50 ans de vie et ne seraient pas renouvelés. Ainsi, dans l’ordre, Beznau I sera arrêté en 2019, Beznau II et Mühleberg en 2022, Gösgen en 2029 et Leibstadt en 2034. Selon cette annonce, en 2034 la Suisse n’aura plus de réacteurs nucléaires pour produire de l’électricité sur le réseau. Je nuance ici car effet cela ne concerne a priori pas les réacteurs de recherche.

Comment faire sans ces 5 réacteurs ? Est-ce possible ? Un petit focus sur la situation actuelle est nécessaire.

L’énergie en Suisse :

Je vous invite à lire l’article énergie en Suisse sur Wikipédia. Parlons d’abord de la consommation électrique du pays, celle-ci est relativement stable depuis 2004, avec une diminution de 2% entre 2008 et 2009 (les chiffres de 2010 ne sont pas encore publiés). Le volume total consommé se monte à 57,5 milliards de kWh pour 2009.

Parlons de l’origine de cette électricité. Il faut casser le dos à une idée reçue. Un pays n’importe pas juste le surplus d’électricité qu’il n’arrive pas à produire. Au sein de l’Europe les flux d’électricité sont permanents et incessants. Ainsi un pays comme la Suisse importe quasi autant d’électricité qu’il n’en produit mais dans la même année en exporte autant et en consomme de même. Donnons quelques chiffres pour 2009 :

  • Production nationale nette : 63 971 GWh ;
  • Importation : 52 002 GWh ;
  • Consommation du pays : 61 814 GWh ;
  • Exportation : 54 159 GWh.

Pourquoi tant d’échanges ? Notamment parce qu’on boursicote avec le prix du kWh sur le marché européen. Les réacteurs nucléaires ne pouvant soutenir de forte variation de production, la France se retrouve très surproductrice la nuit. Elle ne sait pas quoi faire de son électricité, elle la vend à des prix ridicules sur le marché. Ainsi la nuit, en Suisse on achète de l’électricité nucléaire française et on s’en sert pour pomper de l’eau dans les vallées et la faire remonter dans les lacs d’accumulation en altitude. Quelques heures plus tard, en début de journée, la consommation augmente fortement. Là aussi les réacteurs nucléaires peinent à suivre cette forte demande. Du coup, les producteurs suisses revendent de l’électricité en turbinant l’eau qu’ils ont pompée quelques heures avant. Cette électricité est bien sûr revendue beaucoup plus chère qu’elle n’a été achetée. Ce mécanisme fonctionne globalement à travers toute l’Europe. Certains pays disposant de nombreuses centrales thermiques (charbon, fioul, gaz) peuvent aussi augmenter très rapidement leur production, cette technologie le permettant.

Maintenant qu’est posée l’idée qu’un marché électrique est tout sauf national, je vais revenir sur l’origine de le production d’électricité en Suisse. En 2009 – les chiffres sont stables d’une année sur l’autre – la production nationale se répartit comme suit :

  • 39,3% pour le nucléaire ;
  • 55,8% pour l’hydroélectrique (dont 24,2% pour l’accumulation et 31,6% pour le fil de l’eau) ;
  • 4,2% pour le thermique classique (pétrole, gaz) ;
  • 0,6% pour les énergies renouvelables diverses (solaire, éolien).

Le conseil fédéral souhaite donc se séparer de ces 39,3% de production nucléaire, pour 2034. On comprend très vite que c’est juste une mesure interne. A cette date, si le pays est parvenu à garder une balance pseudo nulle entre production et consommation, il y aura toujours de l’électricité d’origine nucléaire dans les lignes suisses (échanges commerciaux avec la France cités plus haut). L’autosuffisance est une chose, l’autarcie en est une autre.

39,3% de production nucléaire (soit 26 119 GWh) à ne plus produire

Cela ne veut pas dire produire cette même quantité d’énergie autrement ou l’acheter ailleurs, cela veut dire produire autrement ET consommer moins.

En ce qui concerne la baisse de la consommation, beaucoup de choses sont possibles, certaines évoquées hier lors de la conférence de presse, par exemple des exigences minimales en ce qui concerne les appareils électriques (téléviseur, four, etc.). Il a aussi été évoqué des systèmes de bonus-malus sur les fournisseurs d’électricité afin que le consommateur ait une réelle incitation financière à moins consommer. On parle aussi de l’accentuation du programme SuisseEnergie. Bref tout un ensemble de mesure, toutes pas encore définies, qui pourront faire diminuer la consommation d’électricité.

Reste maintenant à voir comment produire de l’électricité. L’hydroélectricité en Suisse est quasiment saturée, il n’y a plus la place pour faire de grands barrages. Il reste encore des projets pour exhausser le mur de certains barrages, d’autres barrages connaissent des travaux pour retrouver 100% de leur capacité (barrage des Toules notamment). Reste la mini-hydroélectricité, ressource assez faible en regard des volumes totaux.La production d’origine hydroélectrique va pouvoir augmenter mais bien entendu loin d’être suffisante à elle seule. Il y aussi le développement de l’éolien où là tout reste à faire.

Et, le sujet qui fâche, le thermique (gaz, pétrole). Pour cet objectif de sortie de sortie du nucléaire la confédération entend aussi passer par du thermique. Alors il s’agit dans un premier temps de couplage chaleur-force : un moteur thermique produisant l’électricité avec un alternateur et on récupère la chaleur pour chauffer des locaux, le rendement de telles installations est excellent : proche de 95%. Il est aussi évoqué des centrales à gaz classique. Le conseil fédéral annonce qu’elle entend respecter ses engagements climatiques (réduction des émissions de CO2).

Voilà tout un ensemble de proposition pour diminuer la consommation totale et diversifier le mix-énergétique en l’absence de nucléaire. Effectivement le développement de nouvelles technologies, un changement sociétal, etc. tout cela coute cher. Le prix du kWh suisse va augmenter.

Le conseil fédéral annonce aussi que cette sortie pourra passer par des importations (y comprendre un solde importation-exportation négatif). Néanmoins Doris Leuthard rajoute fort justement que tout le parc de production européen va arriver en fin de vie pendant la période au cours de laquelle la Suisse souhaite sortir du nucléaire.  Ce renouvellement induira quoi qu’il en soit une hausse significative des couts de production (même si simple renouvellement du parc nucléaire). Donc le kWh électrique va de toutes façons couter plus cher dans les années à venir. Ainsi que ce soit dans un pays ultra-nucléarisé comme la France, ou en Suisse le coût du kWh va monter, probablement un peu plus en Suisse.

Conclusion

L’objectif à atteindre est conséquent. L’opinion publique est divisée sur le sujet. L’objectif sera-t-il atteint en 2034 ? Le poids économique, aujourd’hui annoncé comme supportable, le sera-t-il ? Il est évident que ces questions ne pourront obtenir de réponses qu’avec le temps. Je n’aurai pas la prétention de dire que c’est bien ou pas bien.

Pour ma part, je trouve que c’est un bel objectif. Il répond à une demande croissante de la population. Une partie du chemin à prendre est très sain : baisse de la consommation, optimisation énergétique, booster le renouvelable, etc. Même si certains points sont critiquables : utilisation du gaz à des fins électrogènes.

Question d’emballage

28 juillet 2009

Je crois que ce billet va faire rire notre ami canidé. En effet, lors d’une soirée bien arrosée comme la Suisse romande les connait,  je l’avais déjà saoulé avec cette histoire.

Quel emballage choisir pour sa bière ? La question peut paraitre étonnante, mais je vous assure que la réponse peut l’être tout autant. Regardez la photo ci-dessous.

Deux bières

Il ne s’agit pas de juger des qualités aromatiques d’un breuvage par rapport à l’autre mais de se poser la question de l’emballage. Lequel choisir ? La bouteille en verre à gauche ou la canette en aluminium à droite ? Quel contenant est le plus gourmand en énergie ?

J’ai pris deux  contenants de même volume afin que la comparaison ait un sens. Il s’agit dans les deux cas d’un volume de 0,5 litre, votre conseiller en énergétique ne fait pas les choses à moitié. Après avoir vidé les deux récipients, je les pèse :

  • environ 20 grammes pour la canette aluminium ;
  • environ 200 grammes pour la bouteille en verre.

Premier constat, l’emballage en verre est 10 fois plus gourmand en matière que celui en aluminium, en termes de masse.  On pourrait donc se dire qu’il faut privilégier l’aluminium. Allons plus loin dans la réflexion. Quelle quantité d’énergie est nécessaire pour produire ces emballages ?

Des bouteilles de verre (neuves) demandent 10 MJ/kg de matière, avec 50% de verre recyclé on arrive à 7 MJ/kg. La production d’aluminium neuf consomme 250 MJ/kg de matière (source : RAVEL manuel de l’industrie, Notions et données d’économies énergétiques).

Ainsi, avec des matériaux neufs ma bouteille en verre demande 2 MJ pour être produite, ma canette en aluminium demande 5 MJ. Premier enseignement : ce n’est pas parce que l’emballage d’aluminium est moins massif qu’il est plus économe en termes d’énergie. Pour le même volume de bière je consomme 2 fois et demi plus d’énergie avec l’alu que le verre.

Dans ce premier raisonnement j’avais pris des matières neuves. Faisons le même avec des matières recyclées.  Selon l’Office fédéral de l’environnement, l’aluminium recyclé ne consomme que 5% de l’énergie à consommer pour l’aluminium neuf. Selon ce même site, 35% de l’aluminium est recyclé. Cela donne pour ma bière avec du verre recyclé à 50%, qu’il me faut 1,4 MJ et pour de l’aluminium recyclé à 35 %, il faut 3,33 MJ.

Dans les deux cas le verre est toujours gagnant malgré son net sur poids. Les  emballages en aluminium ne sont donc avantageux que si un très fort recyclage est mis en place. Ce n’est qu’un petit exercice sur un cas particulier, mais je crois que mon lectorat est assez consommateur de bières, donc ça devrait lui parler.

Dans cette petite réflexion je n’ai pas pris en considération l’énergie consommée dans le transport des matières premières (céréales pour la bière …), dans le transport entre la brasserie, le lieu de vente et le lieu de consommation. Beaucoup de choses à considérer.

Pour ma part, j’ai des voisins qui brassent au rez-de-chaussée de l’immeuble. Du coup j’achète de la bière dans des bouteilles en verre, de la bière brassée 7 ou 8 mètres sous mon salon. J’économise dans l’emballage et dans les transports. Et en plus, elle est plutôt bonne. Vous venez gouter ?

SantéSanté,

Ludo

Retour,

28 juillet 2009

Bonjour à tous,

Petit billet de retour de vacances. En fait cela fait déjà une dizaine de jours que je suis rentré de vacances, mais différent trucs à faire ne m’ont pas permis de reprendre en main ce blog. Merci à Popo d’avoir maintenu le lien ouvert pendant les vacances.

J’avais quitté Wikipédia un peu fâché par différents trucs. On est toujours en pétard après le bordel du namespace "Wikipédia" et puis c’est toujours des liens rouges ou des ébauches indigentes qui font craquer et revenir.

J’ai donc plein de projet d’articles en tête. Dans les semaines à venir, je dois fignoler Géographie de la Suisse. Les vacances en Finlande m’ont montré que plein d’entités géographiques de la région n’avaient pas d’articles, je vais donc m’y mettre. J’ai aussi un très bel article sur le delta commun de la Meuse et du Rhin sur le feu. Bref, je ne manque pas d’occupations saines sur Wikipédia.

Au sujet de ce blog, pendant les vacances j’ai eu une petite idée pour écrire des billets à la fois sur Wikipédia et sur l’énergie. Cette idée m’est venue de Perky, comme quoi. En effet, il y a quelques temps notre amie découvrait que son ordinateur consommait de l’électricité. J’ai l’idée de faire quelques billets sur le coût énergétique de la rédaction d’un article !!! Ce sera du pur travail inédit, mais je crois que je vais m’amuser. Je vous montre ça d’ici peu.

Ludo

Diantre

6 juillet 2009

Vient un moment où l’on s’attend tellement à tout trouver sur Wikipédia que quand on ne trouve pas, c’est une énorme déception.

Mais si au contraire on trouve tout sauf l’information que l’on cherche, c’est carrément frustrant…

Étiquette énergie sur un climatiseur, Ispahan.

Étiquette énergie sur un climatiseur, Ispahan. Le lecteur appréciera la qualité de la photo.

Si quelqu’un a de quoi remplir la section climatiseurs de l’article Étiquette-énergie, je suis preneur.

Mon POV sur le nucléaire (3)

1 juillet 2009

Bon, le Fribourgeois bretonnant m’a laissé les clefs de la maison pour la durée de ses vacances. Consignes: "Si tu as envie de faire des billets avec un oeil plus naif que le mien sur les problématiques d’NRJ."

Ca tombe bien, la naïveté c’est mon dada. Et les problèmes aussi.

Sauf que comme je n’y connais rien en énergie, je vais plutôt vous parler de mes dernières vacances problématiques. Elles m’ont, je l’ai dit ailleurs, entrainé ici:

Certaines destinations permettent d'oublier le boulot plus vite que d'autres.

Certaines destinations permettent d'oublier le boulot plus vite que d'autres.

Là où je me suis dit que ça n’était vraiment pas des vacances comme les autres, c’est qu’au moment où on est passés devant ce qui ressemblait à une base militaire, notre taxi s’est écrié "Bush, Ahmadinejad, boom, ah ah ah!".

Nous étions devant le centre d’enrichissement de Natanz.

Le Wikipédien en moi s’est alors dit "l’image du jour de Commons est à portée de main!"

Bon, je dois bien admettre que dégainer l’appareil et prendre une photo en roulant à tombeau ouvert tout en essayant de passer inaperçu sur une route déserte demande plus de pratique que ce qu’on pourrait, au premier abord, penser:

Le centre d'enrichissement

Le centre d'enrichissement...

La défense du centre d'enrichissement...

et la défense du centre d'enrichissement.

Le résultat est un peu flou. Je n’ai donc pas chargé ces photos sur Commons parce que, figurez-vous, quelqu’un l’avait déjà fait (et, soyons honnêtes, en mieux).

Autant vous dire qu’après tout ça, on a du mal à croire à la version pacifique sur l’usage qu’en ferait le paisible gouvernement local. Surtout quand vous tenez dans la main une liasse de beaux billets qui ressemblent à ça:

50'000 riels

50'000 riels (env. 5 CHF/3.5 euros)

On a aussi croisé plus tard quelques ingénieurs russes à Bushehr, plus au sud sur la côte, où se construit la centrale. Des gens assez discrets, si l’on fait abstraction de leur peau rose et de leurs chemises à fleurs.

Bref. Tout ça pour dire que oui, on a une nouvelle puissance nucléaire régionale qui s’annonce et l’annonce. Je n’ai, contrairement au titre, pas de POV particulier là-dessus, parce que comme le souligne David Monniaux je n’ai pas vraiment les moyens de proposer mieux qu’une impression assez superficielle du genre "c’est pas de bon augure".

Ma seule certitude, c’est que je suis vraiment mauvais pour les photos.

Mon POV sur le nucléaire (2)

26 juin 2009

Comme annoncé, ce billet est la suite du précédent. Dans le billet en question, j’essayais de présenter mon sentiment actuel quant à l’utilisation de cette énergie. Finalement je pense avoir un point de vue ni radicalement pour, ni radicalement contre.

Le but du présent billet est plus de regarder un peu les articles nucléaires sur Wikipédia. Je pars d’un premier constat qu’avait fait Alainr il y a de cela quelques temps. Ces articles sont, en règle générale, très tournés vers l’homme et les applications qu’il peut faire de cette forme d’énergie.

Prenons l’exemple de l’article [[Énergie nucléaire]]. Dans ce domaine, je dirai que c’est l’article chapeau, celui qui doit aborder tous les aspects du domaine et renvoyer le lecteur vers d’éventuels articles plus détaillés. L’article s’articule autour de 5 grandes partie :

  • Les réactions nucléaires
  • Applications
  • L’industrie du nucléaire
  • Le débat sur l’énergie nucléaire
  • La recherche dans le domaine de l’énergie nucléaire

La première partie, Les réactions nucléaires , évoque brièvement la fission, la fusion et la radioactivité. Ensuite on passe tout de suite aux applications humaines, découpées en deux grandes parties : les réactions controlées et les réactions nucléaires explosives. Petit truc très dôle on trouve une partie emploi civil dans réactions nucléaires explosives, du terrassement à la bombe H ? Ensuite viennent les parties sur l’industrie, le débat et la recherche.

L’article tourne totalement autour de l’aspect humain de la chose. Il y a un fait assez marrant, le mot Soleil est présent une fois dans l’article. Le mot Soleil est présent dans une phrase pour parler des sondes spatiales utilisant une forme de radiocativité pour se déplacer. Les réactions thermonucléaires sont le combustile du Soleil, mais on n’en parle pas. On ne va pas détailler, ici, point par point cet article. Allez le lire vous même, vous constaterez un déséquilibre criant. Ca c’est le premier constat. On peut en faire un second. Au sein même des applications humaines, il y a un déséquilibre. La médecine nucléaire n’a le droit qu’à un petit bout de phrase, la propulsion navale plusieurs paragraphes.

 Bref, à la lecture de tout ça on a l’impression que l’énergie nucléaire se résume à fournir de l’électricité, déplacer des navires militaires et faire des armes. Le fait que l’énergie nucléaire fournit la chaleur solaire, soit le moteur du climat sur Terre, ou même soit utiliser pour tenter de soigner des gens, tout ça ne semble pas exister. C’est dommage.

Dans mon premier billet sur le sujet, je disais que l’utilisation humaine de l’énergie générait des craintes, des peurs. La lecture des commentaires montrent que ces sentiments sont assez généralisés. La population globale a une certaine peur de cette énergie et ça ce ressent sur les articles de Wikipédia. Les contributions dans les articles sur le sujet sont le plus souvent tournées dans le sens de cette peur. Au cours de l’été 2006, le contributeur Calmos a créé toute une série d’articles sur des centrales nucléaires, principalement en France. Quelques exemples des pages, lors de leurs créations :

  • celle de Fessenheim, l’article ne contient quasi que le paragraphe sur le risque sismique ;
  • celle de Paluel, l’article contient juste une intro et des liens externes pour parler d’incidents ;
  • celle de Civaux, l’article est monopolisé par un paragraphe incident.

Je ne vais toutes les faire, ça ne sert à rien. Ca montre juste que les contributions sur le nucléaire sont souvent induites d’un biais pour montrer que c’est mal. Je crois qu’aucune autre industrie ne souffre d’un tel déséquilibre. Fait-on un article sur chaque raffinerie pétrolière en détaillant le nombre de foyers vivant sous les fumées des dites raffineries ? J’ai écrit l’article sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, déséquilibre-t-on le contenu en centrant l’article sur l’usage intensif de l’amiante durant plusieurs décenies et sur la polution aux métaux lourds générée par les peintures des navires ? Je ne crois pas. Dans ces exemples, les dégats sanitaires et environnementaux sont palpables et réels.

Cette peur du nucléaire est communément admise, du coup elle induit qu’il est normal pour la plupart d’entre nous de tolérer ce flagrant déséquilibre dans ce thème précis. On accorde une place à nos peurs en déséquilibrant les articles. Un militant extrémiste a donc tout loisir de venir faire son travail sur Wikipédia, parce que la majorité des contributeurs a une certaine sympathie pour les idéaux défendus. Inconsciement d’opposer à cette personne, c’est s’opposer à ses idées et promouvoir l’inverse.

En résumé, nos articles sur le nucléaire souffrent d’un déséquilibre thématique sur l’homme, mais aussi d’un second déséquilibre visant à donner une image négative de la chose.

Voilà pour la deuxième mouture. Je n’en suis pas trop satisfait, du coup j’en ferai peut-être une troisième. ;-)

Ludo


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