Archives de la catégorie ‘Énergie’

Le mythe de la voiture individuelle

4 octobre 2012

Récemment, je voyais quelqu’un se gargariser de la nouvelle voiture Renault, la Renault Zoé, une voiture électrique. Souvent on présente la voiture électrique comme une alternative à son homologue thermique. Le prix du carburant augmente depuis des années, il est acquis par le plus grand nombre que nous avons atteint le pic pétrolier. Les quantités de carburants disponibles sur le marché vont aller en diminuant. Il est donc naturel de chercher un suppléant à notre voiture individuelle. La voiture électrique est souvent présentée comme tel. Celle-ci ne s’est pas développée par le passé car elle était (est) techniquement incapable d’offrir les mêmes services que la voiture thermique en termes d’autonomie, de vitesse, et d’accélération. Aujourd’hui, on s’y intéresse de plus en plus de part les futurs problèmes pétroliers. Mais dans une société pourra-t-elle globalement remplacer les moteurs thermiques ?

Quelques différences entre voiture électrique et voiture thermique

Un moteur thermique est principalement un chauffage, la grosse majorité de l’énergie fournie à un moteur de voiture (diesel ou essence) génère de la chaleur, une petite partie sert à mouvoir le véhicule. Le rendement optimal d’un moteur essence est de 35%, 45% pour un moteur diesel. À cela il faut considérer que le moteur n’est que rarement utilisé à son régime optimal, il est aussi nécessaire de considérer toute l’électronique de bord. Bref, le rendement d’une voiture thermique est de l’ordre de 12%. Sur 100 litres d’essence, 12 servent effectivement à déplacer la voiture, les 88 restants sont principalement dégagés en chaleur dans l’atmosphère.

La voiture électrique est beaucoup plus performante en termes de rendement. Le rendement du moteur électrique est nettement plus performant ; de l’ordre de 95%. Là aussi il faut considérer quelques pertes (frottement des roues, électronique de bord, etc.), le rendement global de la voiture électrique est quant à lui plutôt proche de 80%.

Quelles sont les quantités d’énergies consommées par les transports

À noter qu’en Suisse les carburants d’aviation représentent 22,6% de la consommation totale des carburants. Dans la mesure où il n’existe a priori aucune technologie pour faire voler un avion de ligne à l’électricité, je ne les considère pas dans la suite du calcul.

En Suisse, en 2012, 298 060 TJ de produits pétroliers ont été consommés pour les transports, 230 760 TJ en omettant l’aviation. Avec le rendement de 12% des voitures thermiques, l’énergie efficace au transport est d’environ 37 700 TJ. Avec le rendement de 80% des voitures électriques, il faudrait donc environ 35 000 TJ d’électricité pour assurer le même service.

Une partie du lectorat de ce blog est française, je lui ai donc trouvé les mêmes chiffres. En France, la consommation annuelle de produits pétroliers pour le transport est de 49 MTEP, n’ayant pas trouvé la consommation hors aviation j’ai pris le même pourcentage qu’en Suisse. Cette approximation ne doit pas être si éloignée de la vérité que ça. Avec les mêmes calculs, on obtient donc environ 229 000 TJ d’électricité pour remplacer l’usage des carburants automobiles en France.

Combien de nouvelles centrales ?

L’électricité ne poussant pas encore dans les champs, il faut produire cette électricité supplémentaire.

En Suisse, en 2011, on a fournit au consommateur final 210 960 TJ d’électricité aux consommateurs finaux. Il faudrait donc dans le cas présent rajouter 16,6 % d’électricité sur le réseaux, un tiers du parc nucléaire existant dans le pays. En valeur brute, cela revient à rajouter une centrale nucléaire comme celle de Leibstadt.

Pour la France, on obtient une augmentation de l’électricité à injecter sur le réseau de l’ordre de 11,2 %. Il s’agit ici de rajouter sept à huit réacteurs nucléaires, deux grosses centrales nucléaires.

Changer la mobilité ?

Ainsi donc permuter notre mobilité de la voiture individuelle thermique à son homologue électrique reviendrait à se suréquiper en centrales nucléaires. Je n’ai pas évoqué les énergies renouvelables, l’éolien peine pour le moment à produire quelque chose de statistiquement non négligeable. Pour accroitre d’un tel niveau la production, le nucléaire serait très surement la seule alternative possible.

Qui plus est la demande en électricité pour ces voitures poserait quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait en effet accroitre un peu plus le réseau de transport d’électricité (les cables à très haute tension), les périodes de mises en charge des voitures seraient très probablement réparties de façon non homogène sur une journée induisant donc des pics supplémentaires de consommation (ce que le réseau actuel a déjà du mal à suivre).

Bref, imaginer qu’un jour notre voiture essence sera remplacée par une voiture électrique n’est très probablement qu’un doux rêve. Le transport futur sera très probablement électrique, mais surement pas individuel. Je pense que la voiture individuelle ne sera évoquée, dans quelques décennies, plus qu’au passé.

Addendum

Après coup, ce billet me rappelle une rencontre que j’avais fait il y a quelques années à un salon sur l’énergie. J’y avais rencontré Isabelle Chevalley faisant la promotion de la voiture électrique individuelle ; pour ce faire elle se promenait autour du salon avec un prototype. Quelques jours plus tard j’entendais à la radio cette même personne militer pour la sortie du nucléaire…

Montebourg, pas bon en histoire

27 août 2012

Hier, dimanche 26 août, Arnaud Montebourg – le ministre du redressement productif de la France – a fait quelques déclarations relatives à la politique énergétique française.

En résumé, le fond de son discours c’est la France ne sort pas du nucléaire. Citons le directement :

le nucléaire est une filière d’avenir.

Certains se félicitent d’un tel discours, d’autres pas. Pour ma part, je me suis arrêté sur une phrase de Montebourg :

Grâce au nucléaire, l’industrie française a pu passer les épreuves, y compris les chocs pétroliers, la crise…, a-t-il ajouté, c’est une énergie abordable.

Hum, je crois que monsieur Montebourg a besoin de quelques cours d’histoire. Le premier choc pétrolier a lieu en 1973, le prix du barril de brut quadruple entre octobre 1973 et janvier 1974. Le second a lieu en 1979, le prix du barril triplant quasiment entre mi 1978 et 1981. Pour rappel, la part du nucléaire dans la production d’électricité en France se montait à 8,2% en 1973 et 16,7% en 1979.

J’ai quand même du mal à concevoir que le nucléaire ait pu avoir une influence sur la gestion des chocs pétroliers vu l’importance faible qu’il avait ces années là. Il ne faut pas non oublier qu’il s’agit de la part sur la production d’électricité et non sur l’ensemble d’énergie consommée en France ces années. L’influence du nucléaire y est donc encore plus négligeable.

Alors effectivement, le nucléaire a été présenté comme une solution à la montée du prix du pétrole. C’est notamment pour cela que cette filière a été développé en France, mais il ne faut pas dire qu’elle avait une influence en 1973 ou 1979.

Abonnement électrique 100% renouvelable ?

27 juillet 2012

Il y a un ou deux ans un ami genevois m’évoquait que son fournisseur d’électricité lui proposait un abonnement fournissant 100% d’électricité renouvelable. J’avais bien rigolé. Lui me rétorquait que c’est bien ce que les plaquettes de communication évoquaient. Très récemment un autre ami genevois me taquinait sur le même sujet en me montrant l’image ci-dessous.

Oh le joli texte mensonger.

On va être clair, ce texte est mensonger.

Explications

Il y a un fait, un principe physique même, les électrons dans un circuit électrique ne se trient pas. Le réseau électrique genevois est connecté au reste du réseau électrique de la Suisse, et à celui de l’Europe qui plus est. On ne peut pas mettre des flics sur les files électriques à Bardonnex pour empêcher tel ou tel type d’électrons d’entrer dans le canton de Genève. Les électrons produits par une centrale nucléaire rentrent à Genève, comme les autres.

Quand on vous dit que 55% de l’électricité suisse est d’origine hydraulique, il faut y comprendre qu’en Suisse on produit un volume d’électricité correspond à 55% de ce qui y est produit. Cela ne signifie pas forcément que 55% de ce qui y est consommé est hydraulique.

Un réseau électrique c’est un savant équilibre ; la puissance produite sur le réseau doit correspondre à tout moment à ce qui y est consommé. Le volume de consommation est très loin d’être stable. Il y a des variations d’un moment à l’autre de la journée, d’un moment à l’autre de l’année. Grossièrement, on utilise le nucléaire et les barrages au fil de l’eau pour faire une production de fond. Ensuite, pour fournir les pics de consommation ; on utilise les barrages à chute d’eau ou les diesels. Ce sont des centrales qui peuvent passer de 0 à 100% de la production en un laps de temps très court ; idéal quand 2 millions de cafetières s’allument en même temps.

Ainsi, nous sommes dans un système que l’on peut schématiser en : la France nucléarisée fournit une grosse production de fond sur le marché européen. La Suisse et ses très nombreux barrages d’accumulation joue un role important pour étaler les pics de consommation.

Et donc, Genève ?

Genève est totalement présente dans ce système. Elle est connectée à ce vaste réseau électrique et possède assez peu de sites de production sur son sol. À moins de 100 kilomètres de Genève, on trouve notamment la centrale nucléaire du Bugey. Le Bugey c’est 3 724 MW, soit onze fois la puissance de Mühleberg ; c’est à peu près la capacité totale des installations hydroélectriques de Suisse. Sur un réseau électrique, on est globalement plus dépendant des producteurs proches que de ceux qui sont éloignés. Donc Genève est totalement arrosée par l’électricité du Bugey.

Et toi, consommateur particulier ?

Et bien toi, quelque soit  la nature de ton abonnement électrique, si tu es connecté au réseau des SIG tu consommes de l’électricité en partie nucléaire.

Prenons un beau dimanche de février, les industries et les services sont en partie à l’arrêt de part le congé dominical, la demande est donc plus faible que 3 jours avant. Il fait froid depuis quelques semaines, les centrales nucléaires sont donc au taquet en production.  C’est l’hiver, les barrages commencent à manquer d’eau. Tu habites Genève, tu allumes ton ordinateur pour lire ce blog, ton mix énergétique (la provenance de ton électricité) n’a surement rien à envier au 75% de nucléaire français.

Mais alors ?

Ben oui, tu payes plus cher pour avoir la même électricité que les autres… En fait, ce type d’abonnement électrique fonctionne notamment avec des label type Nature made. On met un label type 100% renouvelable à des sites des entités produisant de l’électricité.

Du coup, les SIG achètent le volume d’électricité ayant un label correspondant aux abonnements qu’il a avec ses clients. Mais en aucun cas, les SIG ont des fils spéciaux pour amener l’électricité depuis ce site de production renouvelable jusqu’au client final.

Finalité

La finalité de ce type d’abonnement est bonne. Par sa généralisation, si effet de masse il y a, on peut pousser le marché des producteurs à aller dans un sens particulier. Mais que l’on cesse de faire croire au consommateur lambda qu’il ne consomme pas d’électricité nucléaire.

Débat politique dans la sixième circonscription des Français établis hors de France

15 mai 2012

Fait nouveau cette année, les français établis hors de France vont pouvoir voter pour élire des représentants à l’assemblée nationale. Ainsi, le reste du monde a été découpé en onze circonscriptions législatives parmi lesquelles on trouve la sixième qui regroupe la Suisse et le Liechtenstein.

Le parti des Verts Libéraux du canton de Vaud a eu la bonne idée de proposer hier soir un débat entre tous les candidats à cette circonscription ; deux sujets pour le débat :

  • la libre circulation ;
  • la politique énergétique.

Tous les candidats ne sont pas venus, il manquait notamment les représentantes de l’UMP et du PS ; la première excusée, la seconde avait dépêché son suppléant. La soirée a été découpée en deux discussions de une heure avec un lot de candidats différents.

Libre circulation, espace Schengen :

Dans un premier temps, Pierre-Jean Duvivier (indépendant), Laïla Barki (Parti Radical de Gauche), Joseph Kuszli (Parti Social Démocrate pour la Grande-Europe), Micheline Spoerri (droite indépendante) et Louis Lepioufle (suppléant de la candidate du Parti socialiste) ont débattu sur la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen. En fait, assez rapidement, le débat m’a semblé partir sur Y’a-t-il trop d’étrangers en France. Plusieurs fois, il a été tenté de recentrer le débat sur ce qui peut aussi concerner les français établis hors de France : Qu’est-ce que nous apporte Schengen et comment ferait-on sans ? Cette partie de la soirée ne m’a pas franchement passionnée ; entre la candidate de la droite indépendante que j’ai trouvé ultra-agressive dans ses propos envers les autres candidats et le public, entre la candidate du Parti Radical de Gauche qui ne sait pas parler assez en fort en public (du coup, je n’ai pas entendu un traitre mot de sa part), entre le suppléant de la candidate PS que j’ai trouvé sans charisme (Je suis venu parce que ma cheffe m’a dit, hein, mais je ne sais pas pourquoi je suis là), etc, ce fut un grand moment de politique.

J’ai néanmoins noté deux échanges qui m’ont plus. À un moment, le candidat indépendant relève des propos et dit :

C’est tout le problème de la politique, les candidats en campagne font des promesses qu’ils sont incapables de tenir et naturellement ne les tiennent pas.

Réponse d’un autre candidat :

Ah mais c’est normal monsieur, c’est de la politique.

Donc mentir dans sa campagne pour tenter d’être élu est quelque chose de normal. J’aime la politique …

L’autre échange que j’ai relevé est croustillant. Les candidats parlent des résidants étrangers en France, une personne évoque le chiffre de 5% d’étrangers en France. Sur quoi mon voisin de derrière rebondit par un :

Ah, mais 5% c’est déjà trop !

Ce cher monsieur est français et il vit en Suisse. Les débats avaient lieu à Lausanne, dans le canton de Vaud. Le pourcentage de résidants permanents du canton de Vaud de nationalité étrangère est de … 30%. 5% d’étrangers dans un pays dans lequel il ne vit pas c’est trop, 30% dans celui dans lequel il vit – en étant étranger – ne le gène pas. On mesurera tous l’ironie de la situation.

Politique énergétique : pour ou contre le nucléaire

La seconde partie de la soirée m’intéressait beaucoup plus, en fait. Didier Salavert (Indépendant libéral), Marie-Françoise d’Anglemont de Tassigny (Parti Radical de droite), Magali Orsini (Front de Gauche), Ximena Kaiser-Morris (Europe Ecologie – Les Verts) et Odile Mojon (Solidarité et Progrès) ont donc débattu de la politique énergétique. On notera la malice du plan de table d’avoir placé la candidate des Verts à coté de celle de Solidarité et Progrès, ce dernier est le parti qui milite ouvertement pour un renforcement du nucléaire ; vous savez le parti de Jacques Cheminade.

Ce débat a été totalement phagocyté par la question du nucléaire : pour ou contre. Je ne vais pas refaire ici le match, on connait tous les arguments des uns et des autres. Je relève juste le discours de la candidate de Solidarité et Progrès qui de son coté nous a gratifié d’un :

Ah, mais il n’y a pas eu de morts à Fukushima !

Je salue l’exploit sportif de l’acte. Le tollé suscité dans la salle par cette phrase fut l’évènement de la soirée.

Plus sérieusement, j’ai été un peu déçu que de vraies questions viennent en fait très tard, ou pas du tout. La question des économies d’énergie est arrivée en tout fin de débat, la mobilité et donc les transports n’ont pas été évoqués, pas un mot sur la rénovation du parc immobilier en France (chauffage), Kyoto et le CO2 pas plus. Pour ou contre le nucléaire a été omniprésent dans le débat, avec des discussions sur comment produire autrement de l’électricité.

Dans ce cadre, il y a eu un échange très intéressant entre M. Salavert (Indépendant libéral) et Mme Orsini (Front de Gauche). M. Salavert nous explique qu’actuellement nous sommes dans une situation verticale entre la production et la consommation d’électricité : une entité productrice, peu de sites de productions qui distribuent en bas à des consommateurs. Il y a donc le niveau supérieur : société productrice, le niveau inférieur : consommateur. Le système actuel ne permet pas à un privé de produire de l’électricité et de la revendre à son voisin. Il nous explique que son idéal serait une situation horizontale dans laquelle chaque consommateur pourrait être producteur, ainsi un particulier pourrait produire de l’électricité dans sa propriété (éolien, solaire, hydro, etc) et revendre cette dernière à ces voisins, sans devoir passer par l’entité centrale. Une situation à reproduire sur l’ensemble du territoire ; à ce titre je vous invite à lire ce billet que j’avais écrit. La candidate du front de gauche s’est vivement opposée à cette idée. Elle conçoit l’idée de son concurrent visiblement comme de l’ultralibéralisme économique et non comme une réponse aux problèmes de distribution et de polarisation du réseau électrique français ; on peut tenter d’éclater le réseau de production et de distribution tout en y mettant des verrous en termes de prix. Ainsi elle se positionne ouvertement pour un système ultra centralisateur, et fait – à mon avis – complètement le jeu du tout nucléaire.

Conclusion 

J’ai donc découvert une partie des candidats aux législatives dans ma circonscription. La candidate qui visiblement emportera le lot final n’était pas là (Mme Schmid, UMP). Bref, entre les candidats qui disent devant leurs électeurs que oui ils mentent dans leurs campagnes, entre ceux qui ne connaissent visiblement pas les sujets de débat de la soirée, etc, ça me donne une très piètre image de la politique de mon pays.

Ca donne plus envie de m’investir dans celle du pays qui m’accueille.

Elections

26 avril 2012

Dans 10 jours, dimanche 6 mai, je dois aller voter pour le second tour des élections présidentielles françaises. J’ai le choix entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le vote blanc étant considéré comme un vote non-valide, ça revient à ne pas aller voter. Je ne le considère pas comme un choix.

J’ai beaucoup de contacts avec des personnes vivants en France, notamment parce que j’y ai vécu 28 ans. Via Facebook ou le téléphone (vous savez le truc avec lequel on gardait contact quand FB n’existait pas), je vois comment certains français vont voter à cette élection. J’ai l’impression qu’on est pas du tout dans un débat d’idées ou d’opinions, mais plus dans une démarche : voter contre le petit nerveux aux talonnettes ou contre flamby. Ca me désole un peu.

Au premier tour, je n’avais voté ni pour l’un ni pour l’autre de ces deux candidats. Hier soir, j’ai pris soin de lire les programmes de ces deux candidats ; ce que j’ai reçu par la poste mais aussi les programmes détaillés présents sur les sites webs. Je me suis attardé sur une problématique que – pour ma part – je juge importante voire fondamentale : je parle de l’énergie. Je vais ici détailler la lecture que j’en ai eu.

Le programme de François Hollande est découpé en 60 points, les considérations énergétiques occupent les points 41, 42 et 43. Je note que c’est déjà bien relegué au fond. Il axe son programme énergétique sur trois idées principales :

  • la fourniture d’électricité : préserver l’indépendance énergétique de la France, passer le nucléaire de 75 à 50% (horizon 2025), soutien au développement des énergies renouvelables, modernisation de l’outil nucléaire ; tout cela avec Kyoto en toile de fond ;
  • tarification progressive de l’eau, l’électricité et le gaz, pour inciter à faire des économies et pour sortir de la précarité énergétique des foyers français ;
  • rénovation des bâtiments pour en réduire la consommation de chauffage, avec l’idée de créer des emplois pour cela et d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages.

Dès le premier point – préserver l’indépendance énergétique de la France - je me suis étranglé. Le minerai d’uranium a effectivement peu de valeur énergétique quand il est extrait d’une mine. C’est son enrichissement qui lui donne une plus-value considérable. Tout l’uranium utilisé en France est importé, il est ensuite enrichi en France. Sous le prétexte que l’enrichissement soit fait en France, on comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie dite indigène, donc non-importée. C’est oublier que l’uranium est importé d’Australie, du Canada, du Gabon et du Niger, principalement. Bref, en termes d’électricité la France n’est pas et n’a jamais été indépendante. Et de façon globale sur l’énergie, la dépendance aux produits pétroliers – quasi intégralement importés – fait que la France n’a aucune indépendance énergétique. Ici ce programme me donne l’impression de vouloir se mettre personne à dos, on joue sur les deux tableaux : nucléaire et énergies renouvelables.

Le second point est intéressant, il s’agit d’inciter par le porte-monnaie à réduire la consommation énergétique. Il faut néanmoins faire attention, tous les français n’ont pas la maitrise des biens qu’ils utilisent. Je pense notamment à des locataires dans un appartement mal isolé. Le propriétaire ne paye pas les charges, il n’a aucune pression pour rénover son bien. L’idée est très bonne, mais elle nécessite surement quelques adaptations.

Le troisième point est très bon. Ceci dit, ce n’est pas François Hollande qui a la paternité de l’idée. Cela fait des années que tout le monde dit qu’il faudrait un vaste programme de rénovation thermique des locaux en France. La différence entre ce que les bâtiments consomment aujourd’hui et ce qu’il est possible de faire est colossale.

Le programme de Nicolas Sarkozy est découpé en 18 grands thèmes, la partie relative à l’énergie est la … dernière. Même remarque que pour François Hollande, c’est mis bien au fond. Dans ce thème, quatre parties distinctes sont évoquées :

  • confirmer le choix du nucléaire pour éviter toute augmentation de la facture d’électricité des ménages, on y vante le fait que cette énergie est la moins émettrice de CO2 et qu’elle fournit du travail à 400 000 personnes en France ;
  • création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, avec pour finalité de mobiliser la communauté internationale
    autour des enjeux du développement durable ;
  • tenir l’objectif de 23%  de notre consommation finale en énergies renouvelables en 2020 ;
  • développement des filières industrielles en lien avec le développement durable.
Pareil que pour François Hollande, je me suis étranglé dès le premier point. Les centrales nucléaires françaises commencent toutes à avoir de l’âge, il va falloir les remplacer. En Normandie, il se construit l’EPR (une centrale nucléaire de nouvelle génération). La puissance électrique de l’EPR n’est pas sensiblement très supérieure à celle des derniers réacteurs de génération précédente mise en service. La quantité d’électricité fournie par un EPR ne sera donc pas beaucoup supérieure à ce qu’il se fait aujourd’hui. En revanche, le coup unitaire de construction est très supérieur. Il faudrait donc arrêter de mentir. L’EPR va augmenter le prix de l’électricité  ; ce qui est aussi le cas des énergies renouvelables, je suis d’accord. En ce qui concerne les emplois, certes le nucléaire fournit des emplois, mais quand la SNCF a passé ses locomotives du pétrole et l’électricité, je crois qu’elle a laissé des conducteurs dedans. Changer de vecteur énergétique signifie aussi migrer les emplois de l’un à l’autre.
Une Organisation Mondiale de l’Environnement est une belle idée, qui n’a pas attendu la campagne présidentielle pour être proposée. Peut-être faudrait-il pousser un projet qui existe déjà plutôt que de vouloir réinventer la roue.
L’objectif de 23% de la consommation finale en énergies renouvelables en 2020, ça sent bon le chiffre balancé comme ça. On ne donne pas cette part aujourd’hui, afin de juger où est l’objectif par rapport à notre situation actuelle. On donne donc un objectif dans donner le point de départ et sans même évoquer un embryon de moyen pour y parvenir. Ca donne l’impression qu’il fallait une phrase de plus où placer énergie renouvelable.
En dernier lieu, on nous parle de Développer toutes les filières industrielles en lien avec le développement durable. Chez François Hollande, il y avait un message similaire : Je favoriserai la montée en puissance des énergies renouvelables en soutenant la création et le développement de filières industrielles dans ce secteur. Ca donne l’impression qu’en fait le message est le même. Le programme qu’il soit de l’UMP ou du PS est – pour ce domaine – le même. C’est aussi intéressant de noter que les deux évoquent l’industrie, personne n’évoque les petites entreprises. Le futur de l’énergie ce n’est pas un ou deux gros poles de production pour toute la France, c’est plutôt un éclatement des sites de production, on le voit avec les énergies renouvelables. Il me semble donc qu’il serait intéressant aussi d’aider les petites entreprises locales ; que ce soit par rapport à la problématique énergétique, mais aussi en termes d’emplois locaux.
Conclusion
Les deux programmes m’ont l’air en fait très creux. Ils proposent de vagues idées générales, sans réels objectifs innovants ou percutants. J’ai comme l’impression qu’en 2017, la France sera pour ce secteur dans la même situation qu’aujourd’hui, avec rien de fait.

Compensation carbone de son blog

17 avril 2012

Ce matin, une amie blogueuse lausannoise, Funambuline, me questionne sur Twitter à propos d’une démarche dont elle vient de prendre connaissance ; il s’agirait de compenser la consommation en CO2 de son blog. Démarche très intéressante. Si je me lance dans de la sociologie au doigt mouillé, j’ai tout de même l’impression que le blogueur moyen – pour celui que je côtoie - est légèrement bobo et est soucieux de l’environnement. Lui proposer de continuer ses facéties sur le net, tout en atténuant son impact sur l’environnement : du bonheur.

Funambuline étant curieuse, elle me questionne sur le sérieux de la chose. Je vais donc parcourir ce site web. Les explications scientifiques y sont claires et pertinentes. Il y a des chiffres, que je n’ai pas vérifiés dans les détails mais qui semblent justes. Ces chiffres se basent sur des valeurs moyennes de consommation électriques. Chose très intéressante, il n’est pas seulement compté votre consommation pour surfer, il est compté la consommation des serveurs hébergeant votre blog, sur une base (moyenne) de 15 000 vues par mois.

Cette démarche propose donc de planter un arbre dans la région de Rennes en France afin de compenser ce que l’électricité nécessaire au fonctionnement de votre blog va rejeter comme quantité de CO2. L’essence et le lieu de plantation sont tels que l’arbre planté assimilera plus de CO2 que ce rejet de CO2 moyen par blog. Bien !

Oui, mais…

Les arbres, il faut les payer ; les pépiniéristes qui vont les planter, aussi. J’ai parcouru le site internet, mais je n’ai trouvé au sujet du financement. Il y a seulement cette phrase

Nous avons d’ores et déjà décidé de planter jusqu’à 1000 arbres, pour les premiers 1000 blogs qui accepteront de participer à l’opération Blog zéro Carbone.

Cela sous-entend que la plantation serait offerte (?) pour les 1000 premières demandes. Quid, après ? D’un naturel curieux je suis, mon téléphone j’ai pris. J’ai téléphoné au numéro mis dans les contacts, histoire d’en savoir plus sur le financement. Je tombe sur une société de placement financier à Paris, société qui ne connait même pas le nom de Bonial ; société promotrice de ce projet. La mise en confiance commence à tendre vers 0. De fait, il y a aussi une adresse mail en contact. Je n’ai pas fait de mail, quand on triche sur le téléphone, il n’est pas trop compliqué de tricher sur le mail.

Voulant tout de même en savoir plus, j’ai continué à creuser. Bonial fait planter les arbres en question par une société pépiniériste. J’ai été voir le site web de la société ; aucune implantation apparente en Bretagne. J’ai fini par avoir un échange téléphonique avec un responsable de cette société pépiniériste, au cours duquel on m’a bien confirmé que des arbres allaient être plantés en région rennaise pour Bonial. Ouf !

Il semble donc que des arbres soient réellement plantés dans le cadre de ce projet. La démarche n’est donc pas inutile. En revanche, le promoteur du projet gagnerait très surement à être beaucoup plus clair sur le financement de la chose. Je veux bien mettre un joli badge sur mon blog pour un idéal écologique, mais j’ai aussi besoin de savoir qui se cache derrière.

 

 

L’Atome !

19 mars 2012

L’Atome, c’est souvent ce mot qui est utilisé par les opposants à l’utilisation de l’énergie nucléaire pour désigner celle-ci. Je dois avouer, je n’aime pas. Je n’aime pas parce que je trouve cela imprécis et faux.

J’ai plusieurs fois été taxé de promoteur de l’atome. Moi, l’atome, il ne m’a rien fait, je n’ai rien contre lui. J’en suis même constitué de … beaucoup ; un quadrilliard (10^27) parait-il. Des isotopes radioactifs, j’en ai aussi pas mal dans mon corps. C’est grâce au carbone 14 – isotope radioactif – présent dans mon corps que des archéologues pourront dater ma mort lorsqu’ils trouveront mon corps dans 2 ou 3000 ans.

Bref, pour moi l’atome c’est une particule à la base de tout dans l’univers, pas un process industriel pour produire de l’énergie. Je conçois que ce terme soit passé dans le langage courant pour cette désignation. J’accepte, mais je dis pourquoi je trouve l’usage mauvais.

Je n’aime pas être un qualifié de partisan de l’atome. Je n’aime pas non plus être qualifié d’antinuk ; pour des raisons très similaires en fait.

C’était la réflexion totalement inconsistante du lundi midi.

 

Japon, sortie du nucléaire

13 mars 2012

Avec l’anniversaire du tremblement de terre au Japon et les conséquences de ce dernier sur les installations nucléaires de Fukushima, on parle beaucoup de la situation énergétique du Japon. De nombreux médias se font l’écho du fait qu’un an après ces événements, seuls deux réacteurs nucléaires sont encore en fonctionnement sur un total de 54 présents dans le pays. Une conclusion est parfois tirée ; on peut sortir du nucléaire en un an.

Je vais me permettre de légèrement nuancer ces propos et de donner quelques chiffres supplémentaires.

Préambule sur les données

Je cherchais des chiffres sur l’énergie, la population et l’économie du Japon. J’ai trouvé un très bon outil web présent sur le site de l’université canadienne de Sherbrooke. Il permet de sortir un paquet de chiffres et de graphiques pour différents pays. Selon ce site web, ces chiffres viennent de différents rapports des Nations-Unis ou d’agences telles que l’Energy Information Administration (agence américaine de l’énergie).

Préambule sur la situation très atypique du réseau électrique japonais.

Il est assez aisé de changer la tension de l’électricité, beaucoup moins d’en changer la fréquence. En Europe, on tend à transporter l’électricité sur un réseau à 400 000 volt, elle est consommée à 200 volt. En revanche, elle est toujours à une fréquence de 50 Hz.

Le Japon a en fait deux réseaux électriques différents : l’un à 50Hz, l’autre à 60Hz. Le nord-est du Japon (Tokyo, Kawasaki, Sapporo, Yokohama et le Sendai notamment) est à 50Hz, le sud-ouest (Okinawa, Osaka, Kyoto, Kobe, Nagoya, Hiroshima) est à 60Hz. Entre les deux, quelques transformateurs de fréquence mais les échanges ne peuvent pas être importants. La délicatesse de cette situation a été mis en exergue dans les premières semaines qui ont suivi le tremblement de terre. Toutes les centrales du nord-est étaient à l’arrêt, les solutions de rechange pas encore en route, mais le sud-ouest était dans la quasi impossibilité de fournir le nord-est.

Pour la petite histoire, la partie sud-ouest a été développée en collaboration avec la société américaine General Electric, qui a en quelque sorte imposé sa fréquence de 60 Hz (celle du réseau US). Le nord-est l’a été avec la société allemande AEG, qui est venu avec son 50Hz (celui du réseau européen).

Enfin, la situation insulaire du Japon ne permet pas les échanges d’électricité avec ces voisins.

Situation antérieure à mars 2011

Avant Fukushima, l’électricité nucléaire au Japon c’est 30 à 31 % du total de la production ; part en légère augmentation depuis 5 ans.

Part du nucléaire dans la production d'électricité.

Ce graphique montre que la part du nucléaire a fortement augmenté dans les années septante et a atteint un pic à la fin des années nonante. Entre 1997 et 2010, elle a connu différentes phases d’augmentation et de baisse autour d’une valeur médiane à 26%. En 2009, le Japon produit donc 26% de son électricité avec la filière nucléaire. Comment est ventilée, à cette date, la production totale :

  • 28% de gaz ;
  • 27% de nucléaire ;
  • 27% de charbon ;
  • 9% pétrole ;
  • 8 % d’hydroélectricité ;
  • 2% pour le reste.

Intéressons-nous maintenant à la consommation d’électricité et à son évolution avant 2011.

Consommation d'électricité totale et par habitant.

Première chose, tout-à-fait classique, une forte augmentation de la consommation au cours des années 1960, 1970, 1980, 1990 : croissance économique, augmentation de la population. Tous les pays dits industrialisés ont connu ça. En revanche, ce graphique montre quelque chose de particulier et de très intéressant : une baisse significative de la consommation électrique du pays depuis 2006. La baisse est significative et tendancielle, on la retrouve plusieurs années de suite avant 2011. Au cours de cette période, la population est en très légère baisse mais dans des proportions nettement plus basses que cette baisse de la consommation électrique.

En fait, en 2006 le gouvernement japonais a sorti un plan stratégique sur l’énergie. L’objectif principal de ce plan était de réduire la part du pétrole dans le mix énergétique du pays. Le Japon a une très forte dépendance au pétrole et importe ce dernier à plus de 75% depuis le Moyen-Orient. La volonté était en 2006 de diminuer les impacts de cette région, politiquement pas toujours stable. Ce plan de réduction de la dépendance au pétrole est passé par des actions sur le secteur des transports, évidement, mais aussi sur celui de l’électricité.

Il est intéressant de noter qu’une réduction de consommation d’électricité dans ce pays n’a pas entrainé de baisse du PIB. Celui-ci a toujours été croissant entre 2006 et 2011, il a juste diminué en 2009 mais les causes ne sont pas propres au Japon (crise économique globale). Ainsi, on peut en conclure qu’un pays qui souhaite se donner les moyens de baisser sa consommation électrique ne bride pas forcément son économie.

Voilà pour un état des lieux pré-Fukushima.

Depuis Fukushima :

Depuis le mois de mars 2011, chaque fois qu’un réacteur nucléaire est arrêté pour maintenance il se voit refuser son autorisation de remise en exploitation. Ainsi, en mai prochain, il n’y aura plus un seul réacteur en service au Japon. Comment aura été gérée la disparition des 27 à 30 % de production nucléaire dans l’électricité japonaise ?

Le gouvernement japonais a fixé des objectifs de réduction de la consommation d’électricité, 15% sur un an. À la lecture de différents articles il semblerait que ces objectifs soient bien suivis par la population. Cette dernière semble émettre la volonté de vouloir grandement réduire sa consommation d’électricité.

Enfin, le reste de l’électricité manquante est produite par une augmentation de la production thermique fossile : en important massivement du gaz et du charbon depuis la Russie notamment.

Le Japon est-il sorti du nucléaire en 14 mois ?

Les mécanismes et la volonté étatique de réduire la consommation d’électricité étaient en place bien avant mars 2011. Cette consommation était en baisse depuis quelques années. Le Japon n’a donc pas démarré sa course réellement en mars 2011. Un évènement majeur et traumatisant a touché le peuple japonais, cela doit jouer dans les esprits et les motivations pour les économies d’énergies et d’électricité. Les japonais ont une motivation assez inimaginable pour parvenir à cet objectif ; se passer du nucléaire. Le Japon fait un recours assez important à des énergies fossiles (gaz, charbon). Les problématiques de rejets de CO2 (protocole de Kyoto) sont passées à un second plan.

Bref, il ne faut pas dire que le Japon est sorti du nucléaire en l’espace de 14 mois, c’est un peu plus compliqué. Mais cela montre que pour y arriver les possibilités d’économies d’énergies sont réellement possibles. Si on souhaite transposer cette situation à la Suisse, il ne faut pas oublier que la part du nucléaire y est plus importante (44%) qu’au Japon pré-Fukushima.

On notera aussi qu’une solution pour se sortir très rapidement du nucléaire est de passer par un usage important des énergies fossiles.

Le nucléaire, l’ennemi du bien pour la gestion d’un réseau électrique ?

21 février 2012

Titre probablement un brin provocateur, on gagne des lecteurs comme on peut. :)

La France a centré sa production d’électricité sur la filière nucléaire. En Suisse, 45% de l’électricité provient de cette filière. On peut néanmoins faire une analogie commune aux deux pays : dans les deux cas la production de chaque unité a augmenté au fil du temps. Et cela est source – à mon sens – de problèmes.

Doublement à triplement des puissances de réacteurs

En France, dans les années 1960, des réacteurs d’environ 500 MW (puissance électrique) ont été mis en service dans les centrales de Chinon, Saint-Laurent et du Bugey. Ils sont tous aujourd’hui arrêtés. Dans les réacteurs encore en activité, il y a Fessenheim avec des réacteurs de 880 MW pour finir par Chooz avec 1500 MW. En un peu plus de dix ans, la puissance unitaire d’un réacteur a été multiplié par 1,7.

En Suisse, le constat est le même. Entre Beznau et Leibstadt, en l’espace de 15 ans, la puissance unitaire d’un réacteur mis en service est passée de 365 MW à 1165 MW. Ici on a un triplement de la puissance.

Plus ça produit mieux c’est

Pour un producteur d’électricité, il y a de réels avantages à ce que sa centrale ait la puissance la plus élevée possible. En doublant la puissance d’un réacteur, on ne double pas la surface de la centrale au sol : il faudra toujours une installation de refroidissement, un alternateur, des locaux administratifs, etc. Bref, un entrepreneur s’il doit s’enquiquiner avec les autorisations, les oppositions, les manifestations, etc. il va faire en sorte de le faire pour un seul site et que ce site produise le plus possible. On pourrait rajouter aussi la contrainte de ressources humaines : une centrale quelle que soit sa puissance va demander moins de personnel que deux centrales. Bref, aux yeux du propriétaire tout pousse à ce que la centrale ait la puissance la plus élevée possible.

En France, la consommation d’électricité tend globalement à se stabiliser : 1% d’augmentation entre 2005 et 2010 selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Électricité). La Suisse suit aussi cette logique. Ainsi, l’augmentation de la puissance des réacteurs nucléaires ne vise surement pas à palier une forte augmentation de la demande. Cette augmentation doit avoir comme conséquence une diminution du nombre des unités de productions. On se dirige vers un système basé sur moins de réacteurs, mais plus puissants.

Cela est illustré par les projets en cours ; en travaux ou abandonné. En France, l’EPR en construction à Flamanville doit avoir une puissance de 1650 MW. En Suisse, avant que Fukushima ne vienne stopper tous projets, il y avait le projet d’une centrale nucléaire dans le Niederamt avec un réacteur mais deux puissances à l’étude : soit 1100 MW soit 1600 MW.

Mais cela soulève des problèmes

Dans un précédent billet, j’expliquais en quoi en France le déséquilibre dans la répartition des sites de production et de consommation pouvait mettre le réseau en difficulté. Réduire encore le nombre de sites de production, c’est augmenter encore la distance moyenne entre producteur et consommateur. Et donc aggraver le problème déjà présent. Le réseau électrique français a un problème structurel, mais on tend à agir dans le sens aggravant. Allez comprendre…

Le conseil fédéral suisse a officiellement annoncé l’arrêt des actuels centrales nucléaires à échéance de leurs durées de vies, sans qu’elles soient renouvelées. Néanmoins avant cette annonce, il y avait ce projet de centrale dans le Niederamt qui soulève un autre problème. En Suisse à l’heure actuelle nous avons 4 centrales pour 5 réacteurs nucléaires. Avec une consommation stable, si la puissance unitaire augmente, le nombre de réacteur diminue. À termes cela aurait signifié quoi pour la Suisse ? Deux, trois réacteurs pour la totalité du réseau ? Le problème est là. En cas de mis à l’arrêt du réacteur (toute installation a besoin de maintenance de temps en temps), on prive le réseau d’une part de plus en plus importante de la production ; fragilisant encore la capacité à fournir tous les consommateurs.

Le nucléaire, l’ennemi du bien pour la gestion d’un réseau électrique ?

En fait, le titre n’est pas si provocateur. Il montre du doigt un réel problème : on polarise le réseau sur quelques sites de productions, cette situation ayant les deux inconvénients cités plus haut ; inconvénients qui – il me semble – ne sont pas négligeables.

En termes de solution, à la lecture de ce billet, on pourrait préconiser la dissémination de plein de réacteurs nucléaires de puissance moyenne à travers le territoire. Ce n’est pas forcément là que je voulais en venir. Ne serait-il pas temps de vraiment mettre en avant les petites productions d’électricité mais de façon très large et étendue : mini-hydro par ci, éolienne par là, solaire à côté. À mon avis, un éclatement de la production est vraiment une voie à mettre en avant, plutôt qu’une polarisation.

Reste le problème du NIMBY (Not In My Back Yard), tout le monde veut de l’électricité mais personne ne veut voir d’éoliennes, de tour de centrale nucléaire, etc. au travers de sa fenêtre. On veut l’électricité sans en voir les désagréments. Et là, le nucléaire a un avantage colossal sur le reste des vecteurs énergétiques, il occupe peu de place au sol pour une très grosse production, donc peu de monde à embêter.

Energie et environnement

6 février 2012

Comme évoqué dans le billet précédent, je visitais récemment un appartement en France voisine (y comprendre les quelques kilomètres de France le long de la Suisse). J’ai effectivement demandé au promoteur les performances énergétiques du bâtiment. Il m’a été répondu qu’il était en classe D ; comme évoqué dans les commentaires du billet c’est même à se demander si un tel bâtiment respecte la réglementation en vigueur.

Ce qui est intéressant c’est aussi la suite de la réponse. Le monsieur me dit donc que le bâtiment est en classe D, dans la mesure où le chauffage est électrique il me donne un montant mensuel pour les frais de chauffage. Et il finit par :

Mais il est en classe B pour les rejets de CO2

L’appartement consomme beaucoup, mais rejette peu de CO2. Comment est-ce possible ? Il produit son chauffage avec de l’électricité à 80% nucléaire. Même s’il consomme beaucoup, son vecteur énergétique étant très peu producteur de CO2, il est bien classé selon ce critère. Quand on se renseigne sur la forte consommation énergétique du bâtiment le contre-argument donné est la bonne situation en termes de rejets de dioxyde de carbone.

L’argument environnementaliste des bas rejets de CO2 ne peut-être avancé que grâce au nucléaire. C’est en fait très ironique.

Les personnes pour lesquelles l’aspect CO2 est important sont à mon avis des personnes qui ont eu une sensibilité environnementale et donc qui ne sont pas forcément fans du nucléaire (euphémisme…).

Combien de personnes savent que leurs faibles rejets de CO2 pour le chauffage de leurs habitations sont dus à une forte nucléarisation de la France ?


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.