Dans 10 jours, dimanche 6 mai, je dois aller voter pour le second tour des élections présidentielles françaises. J’ai le choix entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le vote blanc étant considéré comme un vote non-valide, ça revient à ne pas aller voter. Je ne le considère pas comme un choix.
J’ai beaucoup de contacts avec des personnes vivants en France, notamment parce que j’y ai vécu 28 ans. Via Facebook ou le téléphone (vous savez le truc avec lequel on gardait contact quand FB n’existait pas), je vois comment certains français vont voter à cette élection. J’ai l’impression qu’on est pas du tout dans un débat d’idées ou d’opinions, mais plus dans une démarche : voter contre le petit nerveux aux talonnettes ou contre flamby. Ca me désole un peu.
Au premier tour, je n’avais voté ni pour l’un ni pour l’autre de ces deux candidats. Hier soir, j’ai pris soin de lire les programmes de ces deux candidats ; ce que j’ai reçu par la poste mais aussi les programmes détaillés présents sur les sites webs. Je me suis attardé sur une problématique que – pour ma part – je juge importante voire fondamentale : je parle de l’énergie. Je vais ici détailler la lecture que j’en ai eu.
Le programme de François Hollande est découpé en 60 points, les considérations énergétiques occupent les points 41, 42 et 43. Je note que c’est déjà bien relegué au fond. Il axe son programme énergétique sur trois idées principales :
- la fourniture d’électricité : préserver l’indépendance énergétique de la France, passer le nucléaire de 75 à 50% (horizon 2025), soutien au développement des énergies renouvelables, modernisation de l’outil nucléaire ; tout cela avec Kyoto en toile de fond ;
- tarification progressive de l’eau, l’électricité et le gaz, pour inciter à faire des économies et pour sortir de la précarité énergétique des foyers français ;
- rénovation des bâtiments pour en réduire la consommation de chauffage, avec l’idée de créer des emplois pour cela et d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages.
Dès le premier point – préserver l’indépendance énergétique de la France - je me suis étranglé. Le minerai d’uranium a effectivement peu de valeur énergétique quand il est extrait d’une mine. C’est son enrichissement qui lui donne une plus-value considérable. Tout l’uranium utilisé en France est importé, il est ensuite enrichi en France. Sous le prétexte que l’enrichissement soit fait en France, on comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie dite indigène, donc non-importée. C’est oublier que l’uranium est importé d’Australie, du Canada, du Gabon et du Niger, principalement. Bref, en termes d’électricité la France n’est pas et n’a jamais été indépendante. Et de façon globale sur l’énergie, la dépendance aux produits pétroliers – quasi intégralement importés – fait que la France n’a aucune indépendance énergétique. Ici ce programme me donne l’impression de vouloir se mettre personne à dos, on joue sur les deux tableaux : nucléaire et énergies renouvelables.
Le second point est intéressant, il s’agit d’inciter par le porte-monnaie à réduire la consommation énergétique. Il faut néanmoins faire attention, tous les français n’ont pas la maitrise des biens qu’ils utilisent. Je pense notamment à des locataires dans un appartement mal isolé. Le propriétaire ne paye pas les charges, il n’a aucune pression pour rénover son bien. L’idée est très bonne, mais elle nécessite surement quelques adaptations.
Le troisième point est très bon. Ceci dit, ce n’est pas François Hollande qui a la paternité de l’idée. Cela fait des années que tout le monde dit qu’il faudrait un vaste programme de rénovation thermique des locaux en France. La différence entre ce que les bâtiments consomment aujourd’hui et ce qu’il est possible de faire est colossale.
Le programme de Nicolas Sarkozy est découpé en 18 grands thèmes, la partie relative à l’énergie est la … dernière. Même remarque que pour François Hollande, c’est mis bien au fond. Dans ce thème, quatre parties distinctes sont évoquées :
- confirmer le choix du nucléaire pour éviter toute augmentation de la facture d’électricité des ménages, on y vante le fait que cette énergie est la moins émettrice de CO2 et qu’elle fournit du travail à 400 000 personnes en France ;
- création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, avec pour finalité de mobiliser la communauté internationale
autour des enjeux du développement durable ; - tenir l’objectif de 23% de notre consommation finale en énergies renouvelables en 2020 ;
- développement des filières industrielles en lien avec le développement durable.
Tags: Énergie, électricité, environnement, France
26 avril 2012 à 14 h 30 min |
Très intéressante analyse. Pour ma part, j’ai voté au 1er tour en espérant que ma voix pourrait avoir une influence sur la composition du futur gouvernement.
Au delà des promesses de campagnes, j’imagine que la politique énergétique de la France sera influencée par les personnalités qui seront nommées aux postes stratégiques (ministères de l’environnement, de l’industrie, de l’énergie…).
ps : il n’y a rien sur les gaz de schiste dans les 2 programmes ?
26 avril 2012 à 14 h 36 min |
Moi aussi j’ai voté avec la même démarche que toi. Et non, il n’y a rien sur les gaz de schiste.
26 avril 2012 à 21 h 10 min |
Intéressant. Merci.
27 avril 2012 à 0 h 57 min |
> Les deux programmes m’ont l’air en fait très creux. Ils proposent de vagues idées générales, sans réels objectifs innovants ou percutants.
Comme tous les programmes politiques, non ?
27 avril 2012 à 8 h 04 min |
Non. Sur la thématique énergie, certains programmes n’étaient pas creux.
Sur la politique générale certains programmes sont loins d’être creux, le problème est qu’il faut aller les chercher dans les extrêmes.