Titre probablement un brin provocateur, on gagne des lecteurs comme on peut.
La France a centré sa production d’électricité sur la filière nucléaire. En Suisse, 45% de l’électricité provient de cette filière. On peut néanmoins faire une analogie commune aux deux pays : dans les deux cas la production de chaque unité a augmenté au fil du temps. Et cela est source – à mon sens – de problèmes.
Doublement à triplement des puissances de réacteurs
En France, dans les années 1960, des réacteurs d’environ 500 MW (puissance électrique) ont été mis en service dans les centrales de Chinon, Saint-Laurent et du Bugey. Ils sont tous aujourd’hui arrêtés. Dans les réacteurs encore en activité, il y a Fessenheim avec des réacteurs de 880 MW pour finir par Chooz avec 1500 MW. En un peu plus de dix ans, la puissance unitaire d’un réacteur a été multiplié par 1,7.
En Suisse, le constat est le même. Entre Beznau et Leibstadt, en l’espace de 15 ans, la puissance unitaire d’un réacteur mis en service est passée de 365 MW à 1165 MW. Ici on a un triplement de la puissance.
Plus ça produit mieux c’est
Pour un producteur d’électricité, il y a de réels avantages à ce que sa centrale ait la puissance la plus élevée possible. En doublant la puissance d’un réacteur, on ne double pas la surface de la centrale au sol : il faudra toujours une installation de refroidissement, un alternateur, des locaux administratifs, etc. Bref, un entrepreneur s’il doit s’enquiquiner avec les autorisations, les oppositions, les manifestations, etc. il va faire en sorte de le faire pour un seul site et que ce site produise le plus possible. On pourrait rajouter aussi la contrainte de ressources humaines : une centrale quelle que soit sa puissance va demander moins de personnel que deux centrales. Bref, aux yeux du propriétaire tout pousse à ce que la centrale ait la puissance la plus élevée possible.
En France, la consommation d’électricité tend globalement à se stabiliser : 1% d’augmentation entre 2005 et 2010 selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Électricité). La Suisse suit aussi cette logique. Ainsi, l’augmentation de la puissance des réacteurs nucléaires ne vise surement pas à palier une forte augmentation de la demande. Cette augmentation doit avoir comme conséquence une diminution du nombre des unités de productions. On se dirige vers un système basé sur moins de réacteurs, mais plus puissants.
Cela est illustré par les projets en cours ; en travaux ou abandonné. En France, l’EPR en construction à Flamanville doit avoir une puissance de 1650 MW. En Suisse, avant que Fukushima ne vienne stopper tous projets, il y avait le projet d’une centrale nucléaire dans le Niederamt avec un réacteur mais deux puissances à l’étude : soit 1100 MW soit 1600 MW.
Mais cela soulève des problèmes
Dans un précédent billet, j’expliquais en quoi en France le déséquilibre dans la répartition des sites de production et de consommation pouvait mettre le réseau en difficulté. Réduire encore le nombre de sites de production, c’est augmenter encore la distance moyenne entre producteur et consommateur. Et donc aggraver le problème déjà présent. Le réseau électrique français a un problème structurel, mais on tend à agir dans le sens aggravant. Allez comprendre…
Le conseil fédéral suisse a officiellement annoncé l’arrêt des actuels centrales nucléaires à échéance de leurs durées de vies, sans qu’elles soient renouvelées. Néanmoins avant cette annonce, il y avait ce projet de centrale dans le Niederamt qui soulève un autre problème. En Suisse à l’heure actuelle nous avons 4 centrales pour 5 réacteurs nucléaires. Avec une consommation stable, si la puissance unitaire augmente, le nombre de réacteur diminue. À termes cela aurait signifié quoi pour la Suisse ? Deux, trois réacteurs pour la totalité du réseau ? Le problème est là. En cas de mis à l’arrêt du réacteur (toute installation a besoin de maintenance de temps en temps), on prive le réseau d’une part de plus en plus importante de la production ; fragilisant encore la capacité à fournir tous les consommateurs.
Le nucléaire, l’ennemi du bien pour la gestion d’un réseau électrique ?
En fait, le titre n’est pas si provocateur. Il montre du doigt un réel problème : on polarise le réseau sur quelques sites de productions, cette situation ayant les deux inconvénients cités plus haut ; inconvénients qui – il me semble – ne sont pas négligeables.
En termes de solution, à la lecture de ce billet, on pourrait préconiser la dissémination de plein de réacteurs nucléaires de puissance moyenne à travers le territoire. Ce n’est pas forcément là que je voulais en venir. Ne serait-il pas temps de vraiment mettre en avant les petites productions d’électricité mais de façon très large et étendue : mini-hydro par ci, éolienne par là, solaire à côté. À mon avis, un éclatement de la production est vraiment une voie à mettre en avant, plutôt qu’une polarisation.
Reste le problème du NIMBY (Not In My Back Yard), tout le monde veut de l’électricité mais personne ne veut voir d’éoliennes, de tour de centrale nucléaire, etc. au travers de sa fenêtre. On veut l’électricité sans en voir les désagréments. Et là, le nucléaire a un avantage colossal sur le reste des vecteurs énergétiques, il occupe peu de place au sol pour une très grosse production, donc peu de monde à embêter.